‹ Fénelon, apologiste de la foi. Leçons données à l'Université catholique de Paris. Second centenaire de Fénelon, 1715-1915Chapitre 110 sur 122 · I. Œ. C, VII, p · texte numérisé non relu

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quand vous eu verrez la nécessité et que vous trouverez, des voies absolument sûres. » *" -*

La canipagne se termina par la reddition de Lille.

La frontière était ouverte. La France «paraissait prèS de succomber. Le cruel hiver de 1709 gela les blés dans le Nord, les oliviers dans le Midi. Une horrible famine, les révoltes des provinces poussèrent la détresse à la dernière limite. Tout travail avait cessé, les hôpitaux se remplissaient de malades, le roi était calomnié dans des pamphlets. Un cri sortait de toutes les bouches : « La paix et du pain. »

A Cambrai, Fénelon donnait du pain ; et c'est alors qu'il écrivit aux amis de Versailles ses fameux Mémoires sur la nécessité de la paix. Il veut la paix et la paix à tout prix.

Louis XIV demanda la paix. Les alliés exigèrent l'engagement du roi d'obliger « avec ses seules forces et dans le terme de deux mois » son petit-fils à céder l'Espagne et les Indes.

Mais déjà le ciel s'éclaircissait. La victoire de Villaviciosa venait de sauver l'Espagne, et l'Angleterre sortait de la coalition ; lady Marlborough encourait la disgrâcq^de la reine Anne, et sa ehute entraînait celle de son mari. Les tories succédaient aux whigs, le parti de la paix arrivait au pouvoir. La victoire de Denain permit au roi de terminer la guerre.

Dans la correspondance échangée pendant la guerre de succession d'Espagne, Fénelon reproche au duc de

Bourgogne — avec quelle hardiesse nous l'avons vu — sa timidité, son manque d'initiative, sa piété étroite et méticuleuse, son air rentermé. Il a le « cœur déchiré » de ces bruits un peu justifiés 'sans doute, il s'étonne d'entendre pareilles plaintes, il ne reconnaît plus son petit prince. Qui donc avait rendu le duc de Bourgogne ainsi faible et irrésolu ? Qui donc lui a donné cette piété monacale? Qui Ta rendu incapable de prendre une décision ?

C'est Fénelon, répètent à Tenvie les critiques, sans apporter le^moindre texte pour appuyer ce jugement '.

Les contemporains mêmes, étonnés et ravis du merveilleux résultat de l'éducation du duc de Bourgogne, résultat qu'ils attribuaient avee raison à l'archevêque de Cambrai, le rendirent responsable également de cette faiblesse de caractère.

La dévotion du prince, c'était la dévotion de Fénelon.

Ils ne s'imaginaient pas que c'était précisément la direction opposée que lui donnait le pieux abbé. Ils ne lisaient pas cette belle correspondance qui s'échangeait de l'un à l'autre. Ils n'avaient pas encore entre les mains ces Lettres de direction, si pratiques et si pleines du sens de la vie, adressées à Chevreuse, au vidame d'Amiens, à M"" de Gramont. Ils ne connaissaient pas la largeur d'esprit, la conscience éclairée, les vues élevées de Fénelon: la seule querelle du Quiétisme servait de base à leur jugement.

Nous pouvons mieux apprécier la formation du duc

1. Cf. Lauson, Histoire de la littérature française. — P. .\lbert, La littéralure française au XVII^ s.

de Bourgogne et rendre à chacun sa part de responsabilité.

Fénelon voulut former un roi sage, pieux, actif, courageux, un mélange de saint Louis et de Henri I\'. On sait comment il changea cette nature terrible, déployant une ardeur, une fécondité d'invention admirable. Douceur et force, louanges et critiques sanglantes, tendresses prodiguées, humiliations, intérêt toujours renouvelé, appel incessant à toutes les passions nobles pour tuer les autres : il n'est pas possible de pousser plus loin le siège d'une âme.

Ces sages intentions furent déjouées par la force du naturel du jeune prince, privé trop tôt de son précepteur, et surtout par la direction étroite du duc de Beauvilliers.

Ennemi delà superstition, dédaigneux de la dévotion formaliste, luttant contre l'étroitesse d'esprit etlasécheresse de cœur qu'amènent les pratiques minutieuses où le sentiment n'entre pour rien; n'estimant pour un culte véritable et salutaire que V amour de Dieu et l'application à se le rendre présent, Fénelon était loin d'appliquer son disciple à une forme de religion timide, mécanique et trompeuse. C'était le cœur même qu'il cherchait à gagner à la piété, le cœur qu'il aurait voulu pénétrer, inonder de cet amour dont son propre cœur était rempli. Par cet amour, il se flattait d'élargir le cœur, et de le dilater, de communiquer à l'esprit la sérénité et la joie dans la plus vraie et la plus profonde dévotion .

« Au nom de Dieu, lui dit-il, queToraison nourrisse votre cœur comme les repas nourrissent votre corps... Cette vue courte et amoureuse de Dieu ranime tout l'homme, calme les passions, porte avec soi la lumière

et le conseil dans les occasions importantes... Ne faites point de longueoraison ; mais faites-en un peu, au nom de Dieu, tous les matins, en quelque temps dérobé. Ce moment de provision vous nourrira toute la journée. Faites cette oraison plus du cœur que de l'esprit, moins par raisonnement que par simple affection : peu de considérations arrangées, beaucoup de foi et d'amour '. »

Comment une telle discipline pouvait-elle rabaisser et étouffer l'esprit du Prince? Cependant nous savons ce qui arriva.

La timidité, la défiance de soi, qui vinrent remplacer les explosions de colère d'autrefois, n'étaient pas faites pour un fils de roi destiné à commander aux hommes. . Se défiant trop de lui-même, gêné, contraint en public, le jeune homme se renferma de bonne heure dans une attitude silencieuse qui n'était pas exempte de gaucherie et avait, comme dit Saint-Simon, un je ne sais quoi de pincé qu'on ne comprenait pas. Dans son intérieur, il était d'une gaieté un peu enfantine, qui n'était pas mieux jugée que sa réserve au milieu de la cour. Passionné et extrême en tout, il poussa l'esprit de religion jusqu'au scrupule.

Ces inclinations se développèrent surtout après le départ de Fénelon. Le duc de Beauvilliers, sans le savoir et avec les meilleures intentions, favorisa ces travers d'esprit. Lesdéfauts, que Fénelon critique dans la correspondance pendant la guerre de Succession d'Espagne, sont précisément les défauts que les historiens remarquent dans Beauvilliers : timidité, attitude silencieuse et soli-

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