I. Revue des Deux-Mondes (i^'^sept
ouvert, prévenant, accessible et sociable. Il faut qu'il détrompe le public sur les scrupules qu'on lui in^pute, qu'il soit régulier en son particulier, et qu'il ne fasse point craindre à la cour une réforme sévère dont le monde n'est pas capable, et qu'il ne faudrait même mener qu'insensiblement si elle était possible... Au reste, point de puérilités ni de minuties en dévotion. On apprend plus pour gouverner en étudiant les hommes qu'en étudiant les livres \ »
Les recommandations étaient devenues inutiles. Le jeune héritier du trône, dégagé de la gêne que lui imposait la défiance non dissimulée de son père, sortit enfin de sa réserve ordinaire, et tout le monde fut étonné de voir un homme d'une vertu si rigoureuse, qu'on s'était plu à représenter comme enfoui dans une dévotion morose, déployer envers tous un mélange de dignité et de bienveillance, et tenir son rang, sans hauteur ni faste. Ce fut, pour la cour attristée de Louis XIV, un spectacle auquel elle n'était pas habituée.
La foudre éclata tout à toup dans cette brillante et sereine aurore. Le 12 février 1712, la duchesse de Bourgogne meurt. Le duc de Bourgogne succombe le 18. Leur fils aîné les suit de près. L'édifice s'écroule, le rêve s'évanouit. La consternation publique ne peut plus se décrire. La mort, l'implacable mort enlève dans sa fleur le jeune homme devenu le dernier appui du grand roi qui penchait aussi vers sa tombe « Tous mes liens sont rompus... rien ne m'attache plus à la terre », s'écrie Fénelon. Il avait tout perdu.