‹ Fénelon, apologiste de la foi. Leçons données à l'Université catholique de Paris. Second centenaire de Fénelon, 1715-1915Chapitre 113 sur 122 · I. Œ. C, VII, p · texte numérisé non relu

I. Œ. C, VII, p

De belles espérances tombèrent en un seul jour. « Fénelon faillit former un saint en voulant former un roi «, a dit quelque critique. Où donc serait le danger ? La France a subi de plus mauvais gouvernements que ceux de Charlemagne et de Saint Louis.

On sait quelle mâle piété voulait Fénelon pour cet héritier de France. Si la société intime du pieux Beauvillïers fut cause de défauts graves chez un prince destiné à régner, il dut à Fénelon de s'en corriger. Il ne fut pas guerrier. Qui s'en plaindra ? Un roi pacifique est- il inférieur à un conquérant ? Les rois n'ont en vue que le bonheur des peuples, et la guerre est le fléau des nations. Fénelon, l'ami de la paix, a formé un roi qui n'estimait pas la guerre comme ses aïeux ni même comme ses contemporains. Qui s'en plaindra encore ?

Le duc de Bourgogne avait d'autres idées : « Il projetait une réforme générale de la société française, empremte de l'esprit aristocratique et chrétien des ducs de Beauvilliers et de Chevreuse. Il méditait l'application d'idées politiques et économiques conformes aux propositions de Fénelon. Il devait à ce dernier de montrer pour le peuple une âme généreuse et compatissante, de décréter l'égalité de. tous les citoyens devant la loi, de soumettre à l'impôt le clergé et la noblesse, de soulager ainsi le reste de la nation* qui supportait toutes les charges du trésor. »

Sous la bienfaisante influence de son illustre guide, « il réformait les monstrueux abus du régime financier, il régénérait l'agriculture et le commerce, devinait le grand rôle de l'industrie et lui frayait la route. Il comprenait que la paix est la vie des sociétés et il gémissait

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de cette longue guerre qui ensanglantait l'Europe en Tendeuillant et en l'appauvrissant.

« Ces projets contiennent des pensées et des aspirations qui décèlent une grande âme '. » *

Hélas ! le Prince mourut et la France se réveilla avec le Régent et Louis XV. Saint-Simon a, dans un récit dramatique, narré la mort du duc de Bourgogne. C'est un long déchirement d'âme, un cri d'admiration et de désolation ^ :

« Le jeudi matin 18 février (1712), j'appris dès le grand matin que le Dauphin, qui avait attendu minuit avec impatience, avait ouï la messe bientôt après, y avait communié, avait passé deux heures dans une grande communication avec Dieu, que la tête s'était après embarrassée ; et M"'^ de Saint-Simon me dit ensuite qu'il avait reçu l'Extrème-Onction, qu'il était mort à 8 h. 1/2. . . »

Cette mort. Mesdames et Messieurs, est pour nous un amer désespoir, parce que nous la jugeons à la lumière des événements passés.

Tant que les imaginations françaises en appelleront de la fatalité des choses accomplies au rêve de l'histoire recommencée et de l'histoire heureuse, nous aimerons à nous figurer le règne du duc de Bourgogne empêchant celui de Louis XV, ou plutôt portant luimême ce nom de Louis XV qui serait devenu le symbole de la piété couronnée.

Cela suffit pour nous fiire aimer Fénelon.

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