X^ LEÇON
FÉNELON A Cambrai
Mesdames, Messieurs,
Fénelon à Cambrai ! Ces mots résonnent comme un air d'exil aux oreilles des hommes depuis Saint-Simon. C'était peut-être vrai pour les contemporains de Louis XIV pour qui c'était l'exil tout ce qui n'était pas Versailles. Il n'y a qu'à lire les lettres de Bussy-Rabutin disgracié, ou celles du cardinal de Bouillon, lorsqu'il fut passé à l'étranger, pour comprendre comment c'était il y a deux siècles, un vrai malheur d'être banni de la cour pour celui qui y avait vécu .
Fénelon ressentit vivement, à n'en pas douter, le changement de vie. La coiir si animée de Louis XIV ne ressemblait en rien à yne ville paisible de province. Et quand l'affaire du Quiétisme fut terminée, le grand silence qui se fit pour un temps autour de Fénelon dut paraître singulièrement triste à cet esprit habitué à la société et qui avait un besoin si impérieux de mouvement et d'activité. Il jeta, en partant pour Cambrai, un long regard de tristesse sur Versailles. Il y laissait tous ses amis.
Il était reconnaissant au roi de sa nomination : « C'est une des plus grandes gtcâces, écrit-il le 17 février 1695, qu'on puisse recevoir des hommes, mais tout ce que les hommes donnent n'est que vaniiè et affliction d'esprit, selon les termes de l'Ecclésiaste. J'ai passé une jeunesse douce, libre, pleine d'études agréables et de commerce avec des amis délicieux. J'entre dans un état de servitude perpétuelle en terre étrangère. Quelquefois je sens un peu ce changement ; mais je serais bien fâché de tenir ni à ma santé, ni à ma liberté, ni à mes amis, ni à aucune consolation '. »
Fénelon n'a donc pas attendu sa disgrâce, comme l'ont imaginé certains historiens, pour trouver le changement de vie dur et pénible pour son cœur. Cet homme du Midi où la lumière est si pure s'accoutumerait-il aux brumes du Nord? Il ne pense pas à cela; s'il en souffre, il se taira. Il n'allait pas à Cambrai en dilettante, mais en apôtre.
Louis XIV ordonne bientôt au nouvel archevêque de ne plus revenir à la cour. Le loyal sujet obéit en silence et il écrit une dernière fois à Versailles : « Humilions-nous, et au lieu de raisonner sur l'oraison, songeons à la faire; c'est en la faisant que nous la défendrons, c'est dans le silence que sera notre force. »
Fénelon ne devait plus sortir de son diocèse. Mais un diocèse, qu'est-ce ? une assemblée d'âmes, et peut-on parler d'exil oia il y a des âmes à sauver et quand l'exilé est un évêque. Fénelon ne prit pas l'éloignement de la cour à la façon d'un courtisan. Il fut évêque avant tout.