‹ Fénelon, apologiste de la foi. Leçons données à l'Université catholique de Paris. Second centenaire de Fénelon, 1715-1915Chapitre 117 sur 122 · Saint-Simon, Ecrits inédits, V · texte numérisé non relu

Saint-Simon, Ecrits inédits, V

toujours décente ; son commerce était enchanteur; sa piété facile, égale, n'effarouchait personne ; jamais il ne voulait avoir plus d'esprit que ceux auxquels il parlait. »

Avec les tournées épiscopales l'on a la vie extérieure de Fénelon ; mais l'on ne connaîtrait pas l'intérieur du palais épiscopal si l'on ignorait l'existence des amis de l'abbé de Fénelon à Versailles qui l'avaient suivi à Cambrai : les abbés de Langeron, de Beaumont et de Chanterac. L'abbé de Langeron n'avait jamais quitté Fénelon depuis les missions en Saintonge ; lecteur du duc de Bourgogne, il suivit son ami dans sa disgrâce et ne quitta jamais Cambrai. Esprit élevé, d'un commerce charmant par sa gaieté et sa bonne humeur, il embellit l'intérieur de Fénelon. « C'était un ami qui faisait la douceur de ma vie et qui avait, avec la vertu la plus exacte, tout ce qui contribue à l'agrément de la société. » M. de Beaumont, fils d'une sœur de Fénelon, sousprécepteur du duc de Bourgogne, quitta Versailles avec son oncle et devint grand vicaire de Cambrai. C'était l'homme de confiance ; quand il allait voir sa famille à Paris, il emportait la correspondance secrète pour les amis de la cour. Il surveillait la tenue de la maison pendant les absences de l'archevêque. Aussi nombreuses sont les lettres adressées à Panta, abrégé de Pantaléon, prénom de l'abbé de Beaumont.

Il était aussi parent de Fénelon, cet abbé de Chanterac dont le nom est intimement lié à la querelle du Quiétisme. Grand vicaire de Cambrai, il fut chargé d'aller à Rome défendre auprès du pape le livre des Maximes.

Instruit et d'un commerce agréable, grave et pieux, il eut le talent de se faire écouter. Il força l'admiration

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même de ses adversaires par sa tenue franche. Fénelon ne pouvait choisir un meilleur représentant. Le mandataire de l'évèque de Meaux, Tabbé Bossuet, son neveu, ne jouissait pas de la même autorité, loin de là.

Dans cette correspondance volumineuse entre Rome et Cambrai, on ne sait qui de Fénelon ou du grand vicaire est le plus intéressant. Les lettres de Chanterac ont peut-être plus de netteté, sans doute parce que Fénelon, loin du théâtre des discussions, ne pouvait juger de la lutte sourde que l'abbé Bossuet conduisait à Rome ; et ses réponses sont par là même hésitantes et timides. Chanterac était là, muni de pleins pouvoirs, voyant tout, sachant à qui il avait affaire, proportionnant la défense à l'attaque. Pendant deux ans il fut sur la brèche. Et la cause eût dû être gagnée, si elle avait pu être gagnée.

Avec ces trois abbés, si aimables et si distingués qu'on le suppose, avec l'ensemble des aumôniers, secrétaires et officiers de service, le palais épiscopal paraissait un peu silencieux. Heureusement pour Fénelon, les enfants égayaient ce cadre sévère. C'étaient ses neveux, et plus tard les enfants du duc de Chaulnes.

Le père de Fénelon avait eu quatorze enfants d'un premier mariage et trois d'un second ; l'aîné de ses neveux eut de nouveau treize enfants. Et donc il y avait toujours au palais épiscopal quelques membres de la cohorte familiale. C'était une consolation pour Fénelon, d'un naturel si animé et si expansif.

L'un de ces petits-neveux ne se sépare pas de la biographie de l'archevêque de Cambrai ; c'est le marquis de Fénelon. — Fanfan, dans la correspondance. —

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Fidèle et reconnaissant, le marquis de Fénelon s'occupa après la mort de son oncle de publier les œuvres du grand évoque et en plusieurs circonstances de venger sa mémoire. Les lettres doivent beaucoup à ce dévouement intelligent. Le vieil archevêque avait bien placé sa confiance .

« Heureux, dit Mentor à Télémaque, ceux qui se divertissent ens'instruisant, et qui se plaisent à cultiver leur esprit par les sciences. En quelque endroit que la fortune ennemie les jette, ils portent toujours avec eux de quoi s'entretenir, et l'ennuî, qui dévore les autres hommes au milieu même des délices, est inconnu à ceux qui savent s'occuper par quelque lecture '. »

Fénelon n'oublia pas les lettres, qui sont l'embeUissement de la vie ; que dis-je ? c'est à Cambrai qu'il s'adonna à cette grande jouissance qui ne laisse point d'amertume et qui ne trahit point. Parmi toutes les occupations de sa charge, pendant cette longue lutte contre le jansénisme renaissant, au milieu des guerres qui se faisaient dans les Flandres, au crépuscule du grand siècle finissant, les dix-huit années de Cambrai sont marquées par une activité littéraire prodigieuse. Une correspondance multiple et diverse, spirituelle et politique, ne le détourne pas de ce commerce délicat et patient avec sa chère antiquité.

Avant Cambrai nous avons déjà le Traité de r Éducation des Filles et le Ministère des Pasteurs ; mais c'est pendant

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