I. Œ. C, VIII
FÉKELON A CAMBRAI 371
Je tiens atout d'une certaine façon... Au reste, je ne puis expliquer mon fond ! Il m'échappe, il me paraît changer à toute heure. Je n'en saurais guère rien dire qui ne me paraisse faux un moment après. Le défaut subsistant et facile à dire, c'est que je tiens à moi et que l'amour-propre me décide souvent '. » Et le reste. Le -vrai Fénelon apparaît avec toute sa complexité d'âme si vivante et si mystérieuse dans cette admirable lettre; ' Pendant toute sa vie, Fénelon essaya de vaincre les défauts inhérents à une riche nature, trop riche peut-être, mais le cas est si rare ! Il lutta avec une alternative de succès et de revers, mais sans jamais s'abandonner, en se rapprochant toujours du magnifique idéal religieux qui était le sien. L'on pourrait citer d'autres textes. Que prouveraient-ils ? Que Fénelon, malgré sa haute vertu, n'est pas sans défauts. Il reste humain. Ses imperfections le rapprochent de nous et on l'aime davantage.
L'homme resta toujours vivant en Fénelon, et il eut sa part des faiblesses communes à tous ceux qui passent sur la terre ; mais jamais cœur plus noble ne battit pour le bien et pour le beau.
Et ces retours de désirs humains, cette ambition inavouée pour le bien public, cette opiniâtreté à défendre même les torts de ses amis, toutes ces impressions si vives sur les événements, donnentun attrait de plus à ce caractère qui n'écrase pas l'humanité, malgré la hauteur à laquelle il s'élève. A suivre cette vie de Fénelon, on sent tout ce que lui a coûté de luttes et d'efforts cette poursuite un peu haletante de la perfection.