‹ Fénelon, apologiste de la foi. Leçons données à l'Université catholique de Paris. Second centenaire de Fénelon, 1715-1915Chapitre 19 sur 122 · I. Œ. C, I, p. 150, Traité du Ministère des Pasteurs, ch. i · texte numérisé non relu

I. Œ. C, I, p. 150, Traité du Ministère des Pasteurs, ch. i

de textes, de discussions et de conclusions. Les protestants conviennent sans doute que le ministère est divin et que c'est la volonté de Dieu qui le communique ; mais, au lieu que nous soutenons que la mission divine est attachée à l'imposition des mains des pasteurs, ils prétendent qu'elle est attachée à l'élection populaire.

« Si le ministère est une commission divine et les ministres de Jésus-Christ ses envoyés, il faut que chacun d'eux puisse dire personnellement: c'est Jésus-Christ qui me fait parler. Si les protestants soutiennent que Jésus- Christ confie son ministère à ceux que le peuple choisit, c'est à eux à montrer qu'il l'a voulu et qu'il l'a promis. Et où donc est cette promesse pour les pasteurs qui n'ont jamais eu l'imposition des mains ? . . .

i< Si le ministère est essentiellement divin, on ne peut supposer que Jésus-Christ le donne à l'élu du peuple qu'après avoir prouvé, par son institution expresse et formelle, que Jésus-Christ a promis son droit au peuple, et qu'il a attaché sa mission au choix populaire, indépeu-damment de l'ordination des pasteurs ; car le peuple n'a aucun droit naturel de disposer de ce qui est divin.

'< Il est tacile aux catholiques de montrer que la mission divine est attachée à l'imposition des mains, lorsqu'elle est faite par les pasteurs ordinaires qui ont succédé aux apôtres. L'autorité donnée par saint Paul à Timothée et à Tite d'établir des pasteurs par l'imposition de leurs mains est décisive. Mais en quel endroit de l'Ecriture montrera-t on que la commission divine est attachée à l'élection populaire, sans l'imposition des mains des anciens pasteurs ? ' »

I. Ministère, ch, II ; Œ. C, 1, p. 151. M. Cagnac. — l'énelon. e

G() l-KN'KLON APOLOGISTE DE LA I-OT

« Allons plus loin. En supposant même les pasteurs de l'Ei^lise rctorniée légitimement choisis et envoyés par le peuple, ils manqueraient encore d'une qualité esscnlielle an véritable ministère ; l'Ecriture et la Tradition constante de l'Eglise nous obligent à regarder comme telle la cérémonie de Vorâinalion que les protestants ont abolie.

« Ne néglige point, dit saint Paul à Timothée, le don qui est en toi, qui t'a été donné par prophétie, par Timposition des mains de la compagnie des anciens. »

Les derniers chapitres du Ministère des Pasteurs résolvent quelques difficultés tirées de l'Ecriture et de la Tradition. Fénelon réfute ses adversaires avec beaucoup de force et de solidité ; mais sans aigreur, sans s'écarter jamais de cet esprit de douceur et de modération qui convient aux défenseurs de la vérité.

Et l'auteur résume dans un dernier chapitre tout k traité. Les protestants disaient qu'ils avaient succédé à une Eglise tombée:

« Une Eglise cà laquelle le Sauveur a donné son esprit de vérité, afin qu'il y demeure éternellement; mie Église fondée sur la pierre, que les vents ne peuvent ébranler; une Eglise contre laquelle les conseils de l'enfer ne peuvent prévaloir ; une Eglise avec laquelle jésus-Christ baptisera et enseignera tous les jours jusqu'à la fin du siècle; une Eglise à laquelle Dieu donne des docteurs et des pasteurs pour la consommation du corps des élus jusqu'au jour où Jésus-Christ viendra juger le monde... ne peut jamais tomber dans l'abîme de l'idolâtrie ni se trouver avec un ministère anéanti qu'on ait besoin de ressusciter. » Et pour tout résumer: les protestants « n'ont ni le

sacrement du ministère, ni la vertu miraculeuse et extraordinaire par laquelle Dieu pourrait leur confier le ministère au-dessus de ses propres lois. Qu'en faut-il conclure?... Leurs pasteurs ne sont donc pas de vrais pasteurs... Le troupeau qu'ils mènent n'est point à eux. Puisqu'ils ne sont point pasteurs, leur prédication est vaine et sans autorité. Quand même ils ne diraient que la vérité, leur parole ne serait dans leur bouche qu'une simple parole d'hommes, et non la parole de Dieu, qui ne les envoie point pour parler en son nom; du moins ce serait la parole de Dieu dérobée par des hommes auxquels il n'en a jamais confié le dépôt. Leurs ordinations n'ont aucune vertu: leur cène n'est ni la cène, ni le sacrement du Sauveur. Enfin leur Église n'est point une Église; car l'édifice ne peut être plus solide que le fondement ni le corps plus sain que la tête » .

Quelle logique dans ces conclusions ! et quelle sûreté de doctjine^! Fènelon était prêt à parler à l'esprit des protestants et capable de préparer la conversion que Dieu ferait éclore . Il n'avait qu'à expliquer son ouvrage « du Ministère des Pasteurs » .

On a beaucoup discuté à la fin du siècle dernier sur la conduite de Fénelon en Saintonge. Quelques mots échappés à son zèle; une lettre ou deux recueillies et commentées, ont donné lieu à un revirement excessif dans l'appréciation jusque là bienveillante qu'on faisait du missionnaire.

Fénelon, dans son fond, déplore les moyens violents

de conversion, parce que ce ne sont pas des moyens qui conviennent à cette fin. Théoriquement et pratiquement, il sait que la conversion est une œuvre intérieure; que le rôle du missionnaire ressemble beaucoup au rôle de l'éducateur, pour qui l'enfant n'est pas un vase à remplir, mais une âme à former ; que pour convertir, gagner l'esprit ne suffit pas, il faut atteindre tout l'être, et même alors ce n'est pas le missionnaire qui s'appelle le convertisseur, il s'appelle le préparateur, le guide de la foi. La conversion est l'œuvre propre du converti, la grâce aidant.

Fénelon appartient à la race des tendres et surtout des patients. La conversion est une œuvre de patience, cxspcciaus cxspcclavi. Mais quel caractère se soutient absolument pendant cette longue attente ? surtout quand un homme comme Fénelon se trouve engagé dans une œuvre regardée comme une affaire politique autant que religieuse. Il est obligé de ménager ce qu'il doit à la puissance et ce qu'il doit à la vérité.

Écoutez cette conscience qui s'analyse : « Nous étions même persuadés que l'intention du roi était qu'on ne négligeât rien de tout ce que la religion permet, pour lui conserver tant de marchands et de matelots que nous avons trouvés sur le point de passer en Hollande... »

Que ne fera pas Fénelon pour conserver ces marchands et ces matelots? et si l'on remarque quelques compromissions qui sont des faiblesses, ce sont des faiblesses inhérentes à la diplomatie, et Fénelon était diplomate.

En commençant, tout parut bien aller. Accueilli avec enthousiasme pour sa bonne grâce, la façon simple et

engageante du missionnaire, il parut conquérir les protestants. « Les protestants commencent à nous aimer. Ils courent en foule à nos instructions; ils nous arrêtent dans les rues, pour nous parler. Vous auriez plaisir à nous voir embrasser ces marchands, ces matelots. » Voilà bien Fénelon qui veut prendre les gens avec son esprit et avec son cœur. Croyez-le, c'est le fond de son àme. Déjà il avait écrit à Seignelay après le départ des dragons: *( Nous pensions même que, l'autorité ayant commencé l'ouvrage, il ne nous restait en partage que la douceur et la condescendance pour les gagner peu à peu par l'instruction '. »

Peu à peu les choses se refroidissent. Les Huguenots n'ont plus peur. Trois semaines plus tard Fénelon écrit : « Nous avons trouvé dans tous les esprits un attachement incroyable à l'hérésie. » Les illusions tombent insensiblement. Il va maintenant jusqu'à craindre qu'on ne fasse des hypocrites.

Même alors il reste fidèle au vmi principe de la conversion : la persuasion et non la force : « Quand il faut V' changer les cœurs, dit-il à Seignelay, et renverser dans des esprits grossiers, esclaves de leurs coutumes, tout ce qu'ils ont cru depuis leur enfance, la force ne peut rien... . "^

« La persuasion, qui est la seule conversion véritable, se forme ici sur de bons fondements, au lieu qu'en d'autres lieux on se contente d'établir à la hâte un culte forcé sans aller au cœur.

« Si nous avions voulu éblouir de loin, nous aurions

1. Cette correspondance avec Seignelay se trouve dans les Œuvres Complètes du Fént^lon, t. VII.

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fait communier tout Marennes et toute la Tremblade ; nous aurions par cette précipitation fait des scélérats et nous serions indignesdu ministère qu'on nous a confié. »

Enfin il voit les protestants si faux, si dissimulés et leurs chefs si perfides, qu'il se laisse aller à se servir de leurs armes. La question religieuse se compliquant d'une affaire politique, il va se conduire comme un ministre d'État. Il lefiiit à la dernière extrémité, il le fiiit à contre cœur; mais il le fait, parce qu'il a devant lui un parti politique, ce parti qu'avait poursuivi Richelieu et qui n'avait pas désarmé, voulant nuire à l'autorité royale. V Alors Fénelon demande à l'autorité de faire sentir son influence sur les nouveaux convertis et contre les récalcitrants. Il s'ingénie et il va trop loin, pour seconder le pouvoir civil. Il dénonce au Secrétaire d'Etat les voies d'évasion des Huguenots qui veulent fuir cà l'étranger. Il se plaint des officiers nouveaux convertis qui font mollement leur devoir. Il demande qu'on envoie quelques-uns des chefs au Canada ou dans le cœur du royaume, loin de leur coreligionnaires qu'ils retiennent dans l'hérésie « tantôt par mauvaise honte, tantôt par séduction... on ne saurait s'imaginer à quelles épreuves ceux qui sont endurcis mettent les autres qui sont ébranlés et combien il y en a qui n'ont pas assez de courage pour oser paraître bons catholiques. »

Cependant il ne faudrait pas, sous prétexte d'impartialité, contourner les textes, et faire dire à Fénelon ce que l'on pense soi-même. Quand la passion envenime les débats, chacun traduit à sa façon. Un exemple entre plusieurs. Seignelay a fait traîner sur la claie un homme mort sans sacrements.

Fénelon écrit ses impressions au ministre : « On ;i t'ait depuis quelques jours, dans l'île de Ré, un exemple qui a troublé et irrité les peuples : je crois que cette exécution produira avec le temps de beaux résultats ; car c'est un homme mort sans sacrements qu'on a traîné sur la claie, et cette rigueur servira à vaincre la mauvaise honte. Mais l'impression présente est fâcheuse. Elle réveille un violent désir de sortir du royaume. J'en crains un autre inconvénient. C'est que chacun recevra les sacrements en hypocrite pour échapper à la voirie. Il me paraîtrait plus utile d'employer l'autorité à écarter*^ les gens indociles et à rendre les autres assidus aux instructions de l'Eglise. Sans recourir à des remèdes plus torts, l'ouvrage s'achèvera rapidement, avec un peu de patience. » "^

Mesdames et Messieurs, j'ai ajusté mon binocle pour relire cette lettre incriminée et je n'ai pas cru qu'elle était incriminable. Je n'ai pas trouvé que Fénelon approuvât la claie. Il désavoue cette rigueur.

Fénelon écrit à un supérieur, et il ne peut pas dire que l'ordre de traîner un homme sur la claie est criminel et sot. Fénelon est poli et tin politique, il dit la vérité au ministre sans le blesser.

D'autres fois, Fénelon veut qu'on prenne les protestants comme on prend généralement les hommes, par leur faible. Il souhaite qu'on donne des pensions aux chefs du parti qui commencent de revenir à la foi ; et qu'on se serve d'eux pour faire entendre raison aux esprits qui fuient les docteurs catholiques '.

I. Eniîn — et voilà l'abomination reprochée à Fénelon — si les protestants font des faux pour décrier les missionnaires, pourquoi,

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Quoi qu'il paraisse de certaines phrases, il résulte de l'ensemble des faits et même de rensen;ible des lettres à Seignelav que Fénelon préfère les moyens doux et tolérants. La meilleure preuve, c'est qu'il fut accusé d'avoir été trop conciliant. Il dut même se justifier : « Si Ton veut, écrit-il à Bossuet, leur faire abjurer le christi-anisme et adopter le Coran, il n'y a qu'à leur envoyer les dragons. »

Cette correspondance avec Seignelay, qu'on attaque tant, est une correspondance d'un homme d'Eglise à un homme d'Etat. Celui-ci voulait mettre de l'ordre dans le royaume ; celui-là de Tordre dans les consciences. Fénelon sait que la violence ne saurait faire des conversions sincères. Il aurait voulu que le ministre comprît cela.

ccrit Fcndon, n'en terait-oii pas contre leurs ministres? Il ne l'a pas fait, mais il Ta suggéré.

Corrompre ou calomnier; acheter, sil se peut, la trahison d'Aubert de Versé pour lui faire semer la zizanie parmi ses coreligionnaires ou, si l'on n'y réussit point, faire fabriquer des lettre^ tendant aii même but et laisser croire qu'elles sont fa'tes par Aubert : voilà le procédé recommandé par Fénelon à Seignelay.

Evidemment ce n'est pas fameux et je ne veux point innocenter Fénelon sur ce point. Mais il fallait répondre aux mensonges de certains protestants qui se disaient persécutés, quand, au contraire, ils étaient bien traités. C'est de mauvaise guerre, mais c'était la guerre.

N'exagérons rien. Une faute n'est pas l'histoire de toute une vie et n'exprime pas tout un caractère. Du reste, les paroles vont parfois plus loin que les actes, et les actes sont souvent plus mauvais que l'homme et accusent son temps encore plus que lui. Ce n'est pas Bossuet, dit-on, qui aurait agi ainsi ! Mais Bossuet laissait son secrétaire écrire contre les Casuistes en faisant supposer que son ouvrage était d'un Janséniste ou du moins d'un homme de Poit- Roval.

Ces attaques contre Féneloii sont démesurées ; elles ne font point une part suffisante aux idées, aux convictions des esprits, à cette époque d'absolutisme.

Mais écoutons encore : « Il nous serait facile de faire confesser et comnmnier tous les protestants, si nous voulions les presser pour faire honneur à nos missions. Mais quelle apparence de faire confesser ceux qui ne reconnaissent pas encore la vraie Eglise, ni sa puissance de remettre les péchés ? Comment donner Jésus-Christ à ceux qui ne croient point le recevoir? Cependant je sais quedans les lieux où les missionnaires et les troupes sont ensemble, les nouveaux convertis vont ensemble à la communion. Ces esprits durs, opiniâtres et envenimés contre notre religion sont pourtant lâches et intéressés. Si peu qu'on les presse, on les verra faire des sacrilèges innombrables, on ne fera que les pousser par le remords de leur conscience jusqu'au désespoir, on les jettera dans une impassibilité et une indifférence de religion qui est le comble de l'impiété. Pour nous, Monsieur, nous croirions attirer sur nous une horrible malédiction, si nous nous contentions de faire à la hâte une œuvre superficielle qui éblouirait de loin. » Voilà le respect de la conscience affirmé en face d'un pouvoir civil qui voulait des conversions malgré tout '.. Pardonnons â Fénelon quelques ruses de guerre et quelques ruses de plume qu'il préférait à la violence des dragons.

De tous ses contemporains, il fut le plus tolérant. Il aV protégé la conscience dans un siècle qui fit violence à la

T. Jules Simon a cite cette lettre dans son livre : Li Liberté de conscience.

conscience, et non seulement en France, mais surtout en Angleterre et en Allemagne.

^ « Sur toutes choses, disait-il à Jacques III, ne force/, jamais vos sujets à changer de religion ; nulle puissance humaine ne peut forcer le retranchement impénétrable de la liberté du cœur. La force ne peut jamais persuader les hommes ; elle ne fait que des hypocrites. Quand les rois se mêlent de religion, au lieu de la protéger, ils la mettent en servitude. Accordez à tous la tolérance civile, non en approuvant tout comme indifférent; mais en souffrant avec patience tout ce que Dieu souffre, et en tâchant de ramener les hommes par une douce "^persuasion. »

Voilà comment parlait Fénelon, quand il parlait librement ! C'est le langage de l'Eglise, toujours et partout respectueuse de la conscience.

IIP LEÇON

Pour le mysticisme. I. Féxelon et M"'^ Guyon.

Mesdames, Messieurs,

II existe une théologie mystique approuvée par l'Eglise, fondée sur l'expérience des saints et mise en formules par les théologiens catholiques. Cependant l'on continue de tenir la mystique en suspicion : et non seulement chez les laïques, qui confondent si facilement l'oraison de quiétude avec l'oraison affective ou de simplicité — quand ils ne s'en moquent pas — mais encore dans les milieux désignés par leur vocation pour l'étudier et la défendre : imaginations, rêveries nébuleuses, bonnes tout au plus pour entretenir des cerveaux de femmes, inconciliables par suite avec la pratique sérieuse de la vie chrétienne ordinaire. Pieux excès et amoureuses extravagances, avait déjà dit Bossuet avant de connaître la question mystique. Après i8 mois d'études, l'illustre évêque de Meaux écrivit « son Instruction sur les états iforaison, où il se proposait de défendre le mysticisme contre les contrefaçons. Je crains que les contempteurs

du mysticisme ne manquent de la conscience de notre grand Rossuet. Il v a sous ce mépris tant d'ignorance ; encore que cette attitude soit blessante pour l'Eglise, gardienne et garante de la mystique. Ne sourions pas des extraordinaires et mystérieuses et réelles manifestations de Dieu dans les âmes. Ce serait douter de l'Esprit-Saint, et « on ne se moque pas de Dieu en vain. »

Les contrefaçons de la mystique feraient donc tort à la mystique ? l'alchimie à la chimie, le rebouteurà la médecine, la superstition à la religion, la littérature décadente à la divine poésie de Racine et les cubistes aux miraculeuses peintures de Raphaël ?

Eh oui ! les faux mystiques ont nui à la mystique. Ajoutons que la lutte de Bossuet et de Fénelon a été désastreuse pour le mysticisme français. Les auteurs n'eurent plus le courage d'écrire redoutant les censures et les âmes craignirent de se laisser conduire par ce que Bossuet avait appelé « les pieuses extravagances ». Contrainte de combattre les faux mystiques, l'Eglise encouragea moins les chrétiens à la lecture des vrais. Nos orateurs sacrés montrèrent aux fidèles, dans le Seigneur Jésus, le Maître divin plutôt que l'Époux de leur âme. L'union avec Jésus, à laquelle les âmes du moyen âge tendaient si simplement, sembla le partage d'une élite. La confusion se mit dans les esprits. Le quiétisme mitigé de Fénelon ressemblait tant au mysticisme vrai de saint François de Sales. Les âmes timides craignant d'errer se détournèrent de cette source fraîche de la religion de l'amour pur. Le Jansénisme accapara les brebis errantes.

Le xyiii*^ siècle fut loin de réagir contre ces doctrines, et le xix^ attendit son déclin pour se retourner vers les

temps de la foi parfaite, et réclamer d'eux le secret des vies consolées et des morts joyeuses que tant de chrétiens ont perdu.

Le mouvement commencé continue. On étudie la mystique. Cette tendance manifesterait-elle un besoin de perfection ? Espérons-le. Il n'y a rien là que de très légitime. Un premier point est établi. Dans les milieux intellectuels on ne se moque plus de la mystique. Sainte Thérèse n'est plus une hystérique ; elle est un ferme bon sens, un esprit droit avec une pointe d'idéal. La grande mystique a gagné la cause du mysticisme. Etudions-le.

Je ne discuterai pas tous les sens que l'on donne au mot mystique, je ne finirais pas. Aussi bien devant l'ex- .position de la doctrine mystique catholique, toutes les erreurs s'évanouiront, comme les ténèbres devant le soleil . Qu'est-ce que la théologie mystique ? Ce n'est pas autre chose, dit saint François de Sales, que l'oraison. Et le P. Poulain dont j'ai lu trois fois le volumineux mais admirable et clair ouvrage Z)« Grâces d'oraison ' met en sous-titre Traité de théologie mystique.

L'oraison est une conversation de Tâme avec Dieu. Saint Chrysostome enseigne que l'oraison est un entretien familier avec la divine Majesté, et saint François de Sales conclut : si l'oraison est un entretien, une conversation de l'âme avec Dieu, nous parlons donc par elle à Dieu et Dieu réciproquement parle à nous ; " nous aspi-

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