‹ Fénelon, apologiste de la foi. Leçons données à l'Université catholique de Paris. Second centenaire de Fénelon, 1715-1915Chapitre 22 sur 122 · Réponse à la Relation, IV, lo · texte numérisé non relu

Réponse à la Relation, IV, lo

Il confond la quiétude, c'est-à-dire la véritable contemplation, avec le quiétisme. Ecoutons-le un instant. Ses leçons ont fait quelque bruit, il ne faudrait pas que tissent autorité celles qu'il a consacrées aux idées mystiques de M"'^ Guyon et de Fénelon.

Jules Lemaître voit le quiétisme dans cette phrase : « Mon oraison fut, dès le moment dont j'ai parlé, vide de toutes formes, espèces et images ; rien ne se passait dans ma tête ; mais c'était une oraison de jouissance et de possession... sans actes ni discours. J'avais cependant quelquefois la liberté de dire quelques mots à mon bienaimé ; mais ensuite tout me fut ôté. C'était une oraison de pure foi, qui excluait toute distinction (c'est-à-dire toute pensée distincte); car je n'avais aucune vue de J.-C.,ni des attributs divins: tout était absorbé dans une foi savoureuse, où toutes les distinctions se perdaient pour donner lieu à l'amour d'aimer avec plus d'étendue, sans motifs ni raisons d'aimer. »

Il n'y a pas une phrase dans ce texte qui ne soit orthodoxe. Si l'auteur avait dit qu'il faut avant tout, pour bien faire oraison, faire effort pour écarter les distinctions en Dieu, pour se vider de toutes formes, de toute image, pour repousser la vue de J.-C, parce que c'est un obstacle ou une imperfection ; alors elle aurait fait œuvre de quiétiste. Ce fut l'erreur des faux mystiques. Saint Jean de la Croix « ne veut pas que le contemplatif écarte de propos délibéré l'humanité de Jésus- Christ. » « Quoique l'âme n'en ait pas quelquefois la mémoire dans sa plus haute contemplation... il ne faut jamais négliger exprès la représentation de cette adorable humanité. » Or, M™^ Guyon dit qu'elle ne ressentait ces

effets que dans roniison ; elle est donc en règle avec l'orthodoxie '.

M™^ Guyon dit que dans la contemplation, on possède Dieu sans espèces ni images ; mais Bossuet dit de même « que dans cet état de pure contemplation l'âme perd les riches substances de toutes les belles conceptions, de toutes les belles images », et il continue : « L'âme donc, dans l'état contemplatif, se trouve si épurée... et ses pensées si sublimes et si délicates que les sens n'y ont point de prise... La pensée donc ainsi épurée... goûte le plus pur de tous les êtres, qui est Dieu -. »

Et comment Dieu se présente-t-il dans la contemplation ? Sans aucune forme distincte évidemment, car Dieu n'a pas de forme à l'usage de notre imagination.

C'est pour n'avoir rien compris à ces doctrines que certains philosophes modernes ont dit, après avoir lu les mystiques, que la religion « tend vers l'inconscient ». « Le Dieu indistinct et sans forme » des mystiques les surprend. L'un d'eux trouve que cela sent le panthéisme. Ils parlent du « néant divin ».

La contemplation est un état lumineux et fécond. Sainte Thérèse parle des grandes lumières qu'on y reçoit. Quoi d'étonnant ? puisque c'est Dieu lui-même qui enseigne. L'âme n'a qu'à s'ouvrir et à recevoir.

Et Jules Lemaître de se demander : « Qu'est-ce que

1. Cf. Madame Guyon, Réponse à Jules Lemaître, par Gombault, Revue de Lille, 1910, et le Quiétisme de Fénelon, d'après Jules Lemaître, par P. Daulny, La Foi Catholique, juin-juillet 1915.

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