‹ Fénelon, apologiste de la foi. Leçons données à l'Université catholique de Paris. Second centenaire de Fénelon, 1715-1915Chapitre 25 sur 122 · Amour de Dieu, II · texte numérisé non relu

Amour de Dieu, II

Il y a des âmes en effet qui, à un certain moment, sont saisies de recueillement et auxquelles la prière vocale devient impossible. Tout cela est réel. Mais M""' Guyon errait, quand elle prenait cette impuissance comme la marque nécessaire qu'une âme était appelée à la sainteté.

Enfin encore, Fénelon sentait son âme s'émouvoir à cette religion que lui chantait M""^ Guyon : la religion des mystiques, la religion du cœur autant et plus que la religion de l'esprit, la religion de l'amour, et du pur amour, celle des enfants de Dieu, d'où la crainte est bannie.

L'influence de M"'" Guyon est indiscutable. « Je suppose que c'est une folle qui m'a ébloui ou une hypocrite qui m'a trompé. Le cardinal Ximenès et Grenade, auxquels je n'ai garde de me comparer, n'ont-ils pas été trompés par de fausses dévotes ? Est-ce un grand malheur que je le sois aussi ? ' »

Folle ou non, M""' Guyon a dirigé Fénelon. Trompé ou non, il a cru en elle ; sa vie intérieure a été vivifiée par elle. C'est d'elle qu'il tient cette belle doctrine de l'amour désintéressé, si orthodoxe, mais dont il a poussé les conséquences jusqu'à l'erreur, erreur de plume, je veux bien, erreur inconsciente, mais erreur condamnable.

Bossuet accusait son contradicteur d'être héritier de Molinos. Cela parut une injure à l'archevêque de Cambrai. Cependant sous les excès de langage de Bossuet il y avait plus qu'une parcelle de vérité. Que disait Molinos ? Que l'homme qui tend à la perfection doit tra-

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