Baiisset, Histoire de Fénelon, 1. III
Un exemple ; et un exemple qui porte sur la question qui faisait le fond même du débat : Vétat habituel du pur amour.
Qu'est le pur amour ? C'est l'amour parfait, la charité parfaite. Ni le mot ni la chose ne sont des chimères et ceux qui se moquent, se moquent de Dieu.
Ouvrez un catéchisme : « La charité est une vertu surnaturelle qui nous fait aimer Dieu pour lui-même, pardessus toutes choses >\ et c'est cela le pur amour.
Pour expliquer cette définition, les théologiens enseignent que la charité a tout à la fois pour objet et pour motit la bonté ou la perfection de Dieu, considérée en elle-même et sans aucun rapport à notre béatitude : d'où ilsconcluentque le motif propre ou spécifique de la charité est la bonté absolue de Dieu, comme celui de l'espérance est la bonté de Dieu relative à nous.
Ecoutez saint Thomas : « Il y a un amour parfait et un amour imparfait. Le parfait et celui par lequel on aime quelqu'un en lui-même en lui voulant du bien, comme un homme aime son ami. L'amour imparfait est celui par lequel on aime une chose, non en ellemême, mais afin qu'il nous en revienne quelque bien. Le premier amour appartient à la charité qui sattache à Dieu considéré en lui-même. L'espérance appartient au second amour, car celui qui espère tend à obtenir pour soi quelque bien '. »
Et un peu plus loin : La foi et l'espérance atteignent Dieu, mais c'est en tant qu'il nous revient de lui la
connaissance de la vérité et la possession du bien ; mais la charité atteint Dieu pour s'arrêter en Dieu : non afin qu'il nous en revienne quelque bien. C'est par là que la charité est plus excellente que la foi et l'espérance '.
Fénelon s'est toujours attaché à cette doctrine qu'il regarde comme la base de la théologie mystique. « Je ne veux, dit-il, que deux choses qui composent ma doctrine. La première, c'est que la charité est un amour de i Dieu pour lui-même, indépendamment du motif de la | béatitude qu'on trouve en lui. La seconde est que dans la vie des âmes les plus parfaites, c'est la charité qui prévient toutes les autres vertus, qui les anime et qui en commande les actes, pour les rapporter à sa fin -. » ^
Messieurs, cela sera toujours la doctrine de lEglise.- Les textes abondent., et des auteurs les plus autorisés et des théologiens les plus sûrs, qui appuient la thèse fénelonienne. Et que me fait à moi la résistance de Bossuet sur cette question ? Bossuet n'est pas l'Eglise, si grand homme qu'il soit.
L'évêque de Meaux avait de la peine à accepter cette doctrine de l'amour parfait, persuadé qu'il était que le motif de notre intérêt propre se mêle toujours plus ou moins à tous nos actes, et qu'on ne peut l'arracher entièrement dans aucune des actions que la raison peut produire.
Pendant les conférences d'Issy, il n'osait pas autoriser l'enseignement commun des théologiens. Fénelon et les autres commissaires parvinrent à modifier ses sentiments