‹ Fénelon, apologiste de la foi. Leçons données à l'Université catholique de Paris. Second centenaire de Fénelon, 1715-1915Chapitre 35 sur 122 · I. Traité du libre arbitre, c. in · texte numérisé non relu

I. Traité du libre arbitre, c. in

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cœur et de bouche la doctrine des cinq propositions contenues dans le livre de Jansénius. »

Alors Port-Royal abandonna la distinction du fait et du droit, et se retrancha dans le système du silence respectueux sur la question de fait. D'après ce nouveau système, l'Eglise est infaillible dans le jugement qu'elle porte sur la question de droit, c'est-à-dire sur la vérité ou la fausseté de quelques propositions courtes et isolées ; mais non sur la question de fait, c'est-à-dire sur l'attribution des propositions à tel ou tel livre en particulier. Sur cette dernière question, l'Eglise, selon ces novateurs, n'a pas une infaillibilité surnaturelle et absolue fondée sur la promesse de J-C, mais une infeillibilité morale et naturelle, fondée sur l'examen qu'elle fait d'un livre, d'après les règles du langage. En vertu de cette infaillibilité, il est très difficile que l'Eglise se trompe, quoiqu'elle puisse absolument se tromper, au moins lorsqu'il s'agit de déterminer le sens d'un texte obscur et contesté, comme celui de Jansénius.

Donc sur la question de droit, tous les fidèles doivent à la décision de l'Eglise un assentiment intérieur et absolu ; sur la question de fait, ils sont tenus seulement à observer un silence respectueux, une soumission de respect et de silence, sans être obligé d'y donner aucune croyance intérieure.

En 1665, le pape Alexandre VIl^ sur l'invitation pressante de Louis XIV, obligea le clergé de France à signer un « Formulaire » où les cinq propositions étaient présentées comme condamnables et comme appartenant à YAugustinus. Tous les évêques signèrent et firent signer le « Formulaire » ; mais plusieurs firent des réserves

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qu'ils consignèrent dans des procès-verbaux qui restèrent dans les gretîes. Quatre prélats, plus agressifs, apprirent aux fidèles dans leurs mandements que les décisions de l'Eglise sur les questions de fait ne réclamaient pas l'adhésion intérieure de l'esprit. Dénoncés à Rome, ces quatre prélats trouvèrent dix neuf évêques pour les justifier dans un mémoire destiné au Pape.

L'affaire fit grand bruit. Pour résoudre ces difficultés, le nonce Bargellini pria les quatre protestataires de taire ce qu'avaient fait déjà plusieurs de leurs collègues : souscrire purement et simplement le Formulaire et consigner leurs réserves sur la question de fait dans des procès-verbaux qui ne sortiraient pas de leurs greffes. Ce qui fut fait. Le pape se disposait à envoyer aux quatre évêques un bref de félicitations, quand de sourdes rumeurs circulèrent à Rome, accusant les « quatre » d'avoir manqué de bonne foi. Les « dix-neuf » assurèrent le pape que « les quatre évêques ont condamné et fait condamner les cinq propositions avec toute sorte de sincérité, sans exception ni restriction quelconque, dans tous les sens que l'Église les a condamnées ».

Rassuré, le pape envoya le bref d'approbation qui mettait fin à toutes ces divisions malheureuses. On avait la paix (19 janvier 1669).

Cette paix de Clément IX (1669) parut avoir arrêté les querelles. Pendant 30 ans le silence se fit sur toutes ces questions de grâce suffisante, de grâce efficace, aussi bien que sur le degré de soumission due aux décisions de l'Église. Ce fut la plus belle époque de notre histoire.

Le siècle se couche sinon dans la gloire, au moins dans une majestueuse grandeur.

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Dans l'Église, quelle belle phalange ! Bossuet termine à Meaux son illustre carrière. Fénelon, brisé par l'échec des Maximes des Saints, se prépare dans le silence et dans l'étude au rôle qu'il va jouer demain. Fléchier et Mascaron à Nîmes et à Agen gagnent la cause de l'Eglise auprès de nombreux protestants. Les cardinaux Le Camus et de Coislin étonnent le peuple par leurs largesses et par leur vertu. Paris a Noailles; Avranches, Huet; Chartres, Godet des Marais.

Un incident, soulevé malicieusement par les Jansénistes, rompit le silence des partis. Ce fut le Cas de conscience, imprimé en 1702, dont la rédaction, attribuée au Docteur de Sorbonne Petitpied et tenue secrète, remontait à quelques années.

Un ecclésiastique de province condamnait les cinq propositions dans le sens qu'elles présentent considérées en elles-mêmes et indépendamment du livre de Jansénius. Mais sur la question de fait, c'est-à-dire sur l'attribution des cinq propositions au livre de Jansénius, il pensait que le silence respectueux était suffisant pour^ rendre aux constitutions des papes toute l'obéissance qui leur est due. Un confesseur à qui s'adressait cet ecclésiastique demandait aux docteurs de Sorbonne s'il pouvait l'absoudre ' .

Quarante docteurs souscrivirent à la décision qui portait que ces sentiments n'étaient ni nouveaux, ni sin-

1. Ce cas de conscience n'est pas « imaginaire >k comme l'a cru Sainte-Beuve (Port-Royal, VI, 169). C'est à Clermont-Ferrand que la question a été soulevée. Le pénitent était l'abbé Louis Périer, neveu de Pascal. Le prêtre auquel il s'adressait s'appelait Fréhel, curé de Notre-Dame-du-Port, à Clermont.

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guliers, ni condamnés par l'Eglise, ni tels que le pénitent fût obligé d'y renoncer poar obtenir l'absolution.

Ce document contient les principaux articles de la profession de foi de la plupart des Jansénistes au commencement du XVIII'' siècle. Il indique bien la position qu'ils entendaient prendre vis-à-vis de leurs adversaires.

Le Cds de conscience souleva une clameur immense. L'archevêque de Paris, Noailles, prêtre pieux et même austère, mais esprit borné et âme faible, fut-il étranger à la rédaction du Cas de conscience ? Il est difficile de le nier . Des témoignages sérieux l'accusent, malgré d'Aguesseau qui veut l'en croire innocent. Aussi quel embarras ce fut pour le Cardinal quand il apprit le jugement du pape condamnant la décision des quarante docteurs (13 février 1703). Il comprit cependant qu'il devait s'incliner devant cette haute autorité. Il fit un mandement pour condamner le Cas de conscience.

Il obtint la rétractation des quarante docteurs, ojui avaient signé le Cas de conscience, sauf de Petitpied qui résista et perdit sa chaire de Sorbonne.

Les défenseurs du Jansénisme ne cachent pas leur mauvaise humeur de ce deuxième subterfuge. Le silence respectueux, dit l'un d'eux, était une attitude déloyale, indigne « de la grande école d'honnêteté qui avait produit les Provinciales ■■ ». En ces matières où la foi est engagée, où les droits de la conscience sont imprescriptibles, il n'y a ni place, ni heure pour le silence respectueux.

Si une doctrine est fausse, il faut la combattre. « Il faut crier, disait Pascal, d'autant plus haut qu'on est

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