Œ. C, VII
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texte. Ainsi quand Alexandre VII a parlé du sens de l'auteur, il n'a voulu parler, comme Innocent XII l'a remarqué, que du sens naturel que l'auteur présente au lecteur par la signification claire et naturelle de ses paroles...
« L'Eglise n'a pas même décidé que cette combinaison de lettres, de syllabes et de mots qui composent précisément les cinq propositions se trouve insérée dans le texte de Jansénius...
« Tous les actes ecclésiastiques ne parlent depuis cinquante ans que d'extrait, d'abrégé d'opinions, de dogmes, de doctrine contenue dans le livre, et jamais des cinq propositions comme insérées mot pour mot dans le texte de Jansénius. Ainsi les cinq propositions ne sont données que comme l'abrégé du livre et le livre est donné comme l'ouvrage où le sens des propositions est amplement expliqué \ »
Fénelon établit cette infaillibilité d'abord par les paroles même de l'Ecriture, c'est-à-dire, par les promesses d'infaillibilité faites à l'Eglise, promesses évidemment illusoires, si l'Eglise n'est pas infaillible dans l'approbation et la condamnation des textes.
Et tout de suite Fénelon va au devant d'une objection que voici : l'héréticité, dira quelqu'un, d'un texte long comme un livre, est un point de fait où l'Église peut se tromper, tandis que l'héréticité d'un texte court, tel que celui des cinq propositions, est un point de droit où l'Eglise prononce infailliblement.
« Mais, répond Fénelon, en quel endroit de l'Ecriture nous montrera-t-on une juste mesure, qui soit réglée
j. Œ. C, III, p. 574. — I" Instruction Pastorale, § i^r.
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pour faire une héréticité de fait ? Y a-t-il dans les textes une borne fatale dans une certaine page, qui change tout à coup le droit en fait ? et le fait en droit ?... Quelques blasphèmes que vous mettiez dans votre texte contre les vérités fondamentales de la foi, pourvu que ce texte soit long, il ne s'agira jamais du point du droit, et tout s'en ira en question défait. »
D'ailleurs « un livre n'est qu'uni? proposition développée et une proposition est un livre abrégé ».
Il V a, dans les premières pages de la r^ Instruction contre le Jansénisme, toute une théorie de la composition littéraire^ que je voudrais que tout le monde pût lire.
« Que si on veut taire attention, dit Fénelon, au besoin de conserver le dépôt des vérités révélées, il est certain que l'Eglise a encore plus de besoin d'une autorité infaillible en jugeant les textes longs, tels que les livres, qu'en jugeant les textes courts, tels que de simples propositions.
« Ce n'est jamais par des propositions, nues, sèches, courtes et détachées, qu'un novateur entraîne la multitude et forme une nombreuse secte. C'est toujours par des discours liés et agréables, par la variété des tours, par la véhémence des figures, par l'arrangement artificieux des principes qu'il impose au lecteur. Un auteur, dans un livre, se cache, se replie, se gfisse et s'insinue comme un serpent parmi les fleurs. Il émeut l'imagination, il attendrit le cœur, il touche toutes les passions il intéresse pour sa cause, il rend ses adversaires odieux, il lie insensiblement l'esprit du lecteur, il l'enveloppe, pour ainsi dire, dans les pièges de son système. Du
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vrai, il le mène au faux par un changement qui est imperceptible, comme les nuances des couleurs... Mais des propositions courtes et détachées ne s'entr'aident point, et sont sans défense... Chacun les examine avec une indifférence et une rigueur de géométrie : ces textes ne sont que des lambeaux'. »
La difficulté étant aplanie, Fénelon explique le texte qui demeure comme le principe fondamental de l'autorité de l'Eglise. « Enseignez toutes les nations, dit Jésus aux apôtres, je suis avec vous tous les jours jusqu'à la consommation des siècles. »
Comment l'Eglise peut-elle enseigner les fidèles et conserver le sacré dépôt, sinon en parlant, en approuvant certaines expressions et certains textes, et rejetant les autres ? Si elle peut condamner ou approuver à tort un texte dogmatique, n'est-il pas évident qu'elle peut enseigner l'erreur, et que l'assistance de Jésus-Christ peut lui manquer ?
« Remarquez, dit à ce sujet l'archevêque de Cambrai, que le commandement d'enseigner toutes les nations n'est pas seulement un commandement de bien penser, mais encore de bien parler; car on n'enseigne qu'en parlant, et en parlant en termes propres, suivant les règles de la grammaire... Ce n'est point sur les simples pensées du corps des pasteurs mais sur leurs paroles, que le corps des fidèles peut former sa foi. Ce n'est point sur des sens impropres et étrangers aux paroles mais sur le sens propre et naturel des paroles du corps des pasteurs, que le corps des fidèles peut régler sa croyance.