I. Œ.C.W'. Instruction dn 2 niaii
l88 FÉNELON APOLOGISTK DH LA TOI
On avait encore objecté à Fénelon, qu'il résultait de son système qu'on devait reconnaître pour article de foi tout ce que l'Eglise décide avec une autorité infaillible. Et Fénelon, s'autorisant de saint Thomas et de Billarmin qu'on lui opposait, expliquait que l'Eglise est infaillible sur plusieurs points qui ne sont pas pour cela des articles de foi. « Il y a une différence essentielle entre yinspiralion des écrivains sacrés, à qui la révélation immédiate a été faite, et la simple assistance spéciale qui a été promise à l'Église pour la préserver de l'erreur, quand elle juge sur des textes orthodoxes ou hérétiques. L'Eglise est spécialemement assistée du Saint-Esprit, et par cette assistance elle est infaillible pour garder le dépôt ; mais elle n'est point inspirée comme les écrivains sacrés, elle ne reçoit pas comme eux une révélation immédiate... C'est l'infaillibilité de l'Eglise que nous avons proposée comme étant contenue dans la révélation, parce qu'elle est promise et que la promesse est une révélation divine ; mais, quant au jugement de l'Eglise qui condamne ou qui approuve un livre ou une proposition, ce n'est point une vérité révélée en elle-même, et ce jugement ne tient à la révélation que par Viiifaillibilité promise à l'Eglise. »
La distinction de Fénelon est classique et le Concile du Vatican l'a consacrée. L'infaillibilité de l'Eglise et du Pape est contenue dans la révélation, voilà le dogme qu'il faut croire de foi divine. Quant aux faits dogmatiques décidés par l'Eglise — les cinq propositions formentelles la doctrine de Jansénius ? — le^ Concile n'a pas exigé qu'ils fussent crus de la même foi divine, « tenenda sunt », dit le Concile ; il faut s'en tenir aux décisions de l'Église.
Et Fénelon établissait que l'infaillibilité promise à l'Eglise et appuyée sur une assistance spéciale du Saint- Esprit pendant la longue durée des siècles, peut seule assurer le fondement de la foi et de la révélation, en même temps qu'elle préserve l'Eglise de toute erreur dans ses jugements.
Les fondements de la foi et de la révélation reposent, de l'aveu général, sur l'authenticité des livres saints ou plutôt des versions qui ont transmis le texte original.
« Or, dit Fénelon, il est certain que nous n'avons aucun texte autographe pour aucune partie de la Bible... Presque tout le Nouveau Testament a été d'abord écrit en grec ; et nous avons cette édition originale, mais nous n'avons aucun texte autographe. Ceux qui sont sortis immédiatement des mains des apôtres et des évangélistes ne restent plus dans le monde...
« Il fiut néanmoins, nécessairement, que nous ayons quelque texte de TEcriture, dont l'Eglise puisse dire infailliblement : Foilà la vraie parole de Dieu... Mais, afin que nous puissions recevoir un texte comme authentique, il faut bien que nous soyons assurés, par une autorité infaillible, que ce texte, qui est dans nos mains et que nous lisons comme s'il était le texte autographe, est à peu près conforme au texte de ces autographes, dont il est une copie ou une version.
« Il faut donc reconnaître que l'Eglise est infaillible en vertu des promesses, pour nous répondre d'un texte authentique... il faut aussi qu'elle soit infaillible pour décider s'il y a quelque version qui soit authentique... Or il est évident que l'infaillibilité sur les éditions et sur les versions embrasse un nombre presque infini de
fiiits sur la grammaire et sur la valeur des termes en chaque langue^ pour comparer les significations des textes et que ces faits sont bien postérieurs à la révélation '. »
Cette infaillibilité de l'Eglise, dans le jugement qu'elle prononce sur des versions de l'Ecriture sainte, était un argument sans réplique contre les jansénistes. Ils reconnaissaient en effet que le Concile de Trente a eu le droit de prononcer avec une autorité infaillible que la Vulgate est une version authentique, quoique la tradition ne nous enseigne point que l'authenticité de la Vulgate soit révélée de Dieu. Personne n'ignore que, quelque ancienne qu'on puisse la supposer, elle est moins ancienne que les apôtres qui ont fini la révélation. Sans cette autorité infaillible, inhérente à l'Eglise en vertu des promesses, tous les fondements de la foi et delà révélation s'écrouleraient, puisqu'ils reposent sur l'authenticité des livres sacrés.
Ht non content d'apporter, des arguments et des raisons pour prouver l'infaillibilité de l'Eglise touchant les taits dogmatiques, Fénelon appelle en témoignage toute la tradition. Il nous fait un magistral tableau de son enseignement. Tout ce qu'il y a de plus remarquable sur ce point dans les Pères de l'Eglise, les Conciles et les théologiens, depuis les temps apostoliques jusqu'au XVII'' siècle, se trouve rassemblé dans ces pages d'histoire qui forment la y Instruction ^. C'est le tableau le plus complet peut-être qu'on puisse désirer en ce genre.