‹ Fénelon, apologiste de la foi. Leçons données à l'Université catholique de Paris. Second centenaire de Fénelon, 1715-1915Chapitre 47 sur 122 · I. Œ. C.,IV, p · texte numérisé non relu

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Pour donner plus de poids à ses représentations, il montre que Bossuet, dans ses Controverses avec les protestants, et en particulier dans sa Conférence avec le ministre Claude, a clairement supposé l'infaillibilité dont il s'agit; et que sans la croyance à cette infaillibilité, la signature et le serment du formulaire sont des actes également impies et illusoires.

Fénelon eut tout lieu d'être satisfait de la Bulle Vineani Doinini que publia, quelque temps après, le pape Clément XI, 15 juillet 1705. Le pape y déclare formellement « qu'on ne satisfliit pas, par le silence respectueux, à l'obéissance due aux constitutions du Saint-Siège contre le livre de Jansénius, mais que tous les fidèles doivent condamner comme hérétiques et rejeter non seulement de bouche, mais aussi de cœur, le sens du livre de Jansénius, condamné dans les cinq propositions, et qti'on ne peut licitement souscrire au Formulaire d'Alexandre VII dans un autre esprit ou dans un autre sentiment. »

Le -roi envoya le 3 août à l'assemblée du clergé le décret apostolique. Alors se produisit un fâcheux incident. L'assemblée voulait bien se prononcer contre le jansénisme, mais en même temps rester fidèle aux principes de 1682. L'ombre de Bossuet planait sur les assistants.

Le cardinal de Noailles préside. Il prononce un discours semé de traits les plus vifs contre Fénelon et contre les partisans des principes ultramontains ; puis on désigne une commission pour étudier la Bulle.

Jacques-Nicolas Colbert, archevêque de Rouen, dirige les débats de cette commission. Le 21 août, il lit son rapport et dès le début il pose trois principes subversifs :

Les évêques ont le droit, par institution divine, de juger des matières de doctrine.

CONTRE LES JANSENISTES I93

Les Constitutions des papes obligent toute l'Eglise, quand elles ont été acceptées par le corps des pasteurs.

Cette acceptation de la part des évêques se fait toujours par voie de jugement.

Le rapporteur concluait ensuite à l'acceptation de la Bulle. L'assemblée se rangea à cet avis; mais il est manifeste que les considérants affaiblissaient singulièrement la conclusion, s'ils ne la détruisaient pas.

Quatre évêques, MM. de Coutances^ de Blois, d'Angers, de Senlis, protestèrent contre l'insertion des discours de Noailles et de Colbert dans le procès-verbal. Louis XIV en ordonna la suppression.

Clément XI apprit avec peine, le 17 janvier 1706, la conduite de l'assemblée. Il envoya aussitôt une lettre de blâme aux évêques et réclama le concours du roi. Louis XIV chargea Noailles de chercher les bases d'une transaction. Les pourparlers durèrent six ans. Le pape se déclara enfin satisfait.

Fénelon écrivit une nouvelle Instruction pastorale à l'occasion de la Bulle Vineairi (i" mars 1706).

Il développa le sens de la nouvelle constitution et les conséquences évidentes qui en découlent contre les erreurs et les subtilités du parti.

Une décision aussi claire et aussi précise que celle de Clément XI n'avait par elle-même aucun besoin de commentaire; mais comme l'observait Fénelon dans le préambule de son Instruction pastorale : « les petits ont besoin qu'on leur rompe le pain ; et les grands se font souvent petits par l'excès de leur prévention, pendant que les petits deviennent grands par leur docilité...

M. Cagnac. — Fénelon. i]

Nous croyons donc, ajoute-t-il, qu'il est à propos de joindre au texte de la Constitution quelques remarques, qui en fassent simplement sentir toute la force et toute l'étendue à certains lecteurs, auxquels leurs préjugés obscurcissent les décisions les plus évidentes. »

La Bulle Vineaui eut un terrible contre-coup à Port- Royal des Champs.

En 1706, Noailles décida que les dix-sept religieuses de Port-Royal des Champs devaient accepter la Bulle Vineam. Elles obéirent; mais « sans déroger à ce qui s'est fait à leur égard, à la paix de l'Eglise, sous le pape Clément IX ». Cette clause était inutile et ce fut le glas de leur ruine.

En 1707, les biens de Port-Royal des Champs furent réunis au couvent de Port-Royal de Paris. Le 27 mars 1708, Clément XI édictait la suppression de la maison. Les religieuses furent dispersées le 29 octobre 1709.

A cette nouvelle, ce fut dans le monde religieux une universelle stupeur.

Fénelon écrivit au duc de Chevreuse : « Un coup d'autorité comme celui qu'on vient de faire à Port-Royal ne peut qu'exciter la compassion publique pour ces filles et Tindignation contre leurs persécuteurs. »

Ardent dans les luttes de doctrine, il voulait qu'on respectât les personnes.

Le monastère fut démoli; même les ruines disparurent. Au printemps de 1711, ordre fut donné de défoncer le cimetière...

Nous ne sommes plus ici dans le domaine des luttes religieuses. Ce sont des actes de vandalisme. La police du roi comme la police de tous les gouvernements a souvent la main lourde.

VP LEÇON

Contre les Jansénistes II : Le Quesnellisme et la Bulle Unigenitus

Mesdames, Messieurs,

La Bulle Fiiieaiii avait clos théoriquement les discussions sur le silence respectueux et le degré d'adhésion dû a.ux fails doginatiques. En fait une sourde résistance continua et de nouveaux libelles parurent sans discontinuer.

Fénelon fit face à l'ennemi d'où qu'il vint.

Ce n'était pas seulement avec les novateurs que Fénelon fut obligé d'entrer en lutte sur la nature et l'étendue de la soumission due aux constitutions du Saint Siège contre le livre de Jansénius. Il lui fallut défendre ce point de doctrine contré certains théologiens qui ne regardaient pas cette infaillibilité comme un point à l'abri de toute contestation, mais comme une simple opinion théologique abandonnée à la liberté des écoles.

Le nouvel évêque de Meaux, de Bissy, depuis cardinal, s'éleva contre la doctrine de Fénelon, et c'est à lui que l'archevêque de Cambrai adressa, dans le cours de l'an-

née 1706, deux lettres en réponse aux difficultés que Bissy avait proposées contre ses Instructions Pastorales.

Le successeur de Bossuet ne croyait pas, en son particulier, pouvoir révoquer en doute l'infaillibilité en question ; mais il lui semblait qu'on ne pouvait la donner comme une doctrine de toute l'Église. Il pensait que l'Eglise elle-même tolère l'opinion de ceux qui n'admettent pas, en ce genre, une infaillibilité surnaturelle et absolue, fondée sur la promesse de J.-C, mais seulement une infaillibililé niorale absolument sujette à l'erreur.

Fénelon reprend les arguments exposés dans la Deuxième Instruction Pastorale, mais en répandant un jour nouveau sur la matière, mêlant l'histoire avec le raisonnement.

Que peut-il résulter de ce que plusieurs évêques et théologiens ne croient pas à cette infaillibilité sur les textes, quand même le Saint Siège n'ignorerait pas ces opinions ?

« Si des évêques, répond-il, d'ailleurs savants, pieux et zélés pour l'Église catholique, étaient excusés par le siège apostolique qui les verrait dans une si fâcheuse prévention, il faudrait se souvenir qu'un grand nombre de savants et de saints évêques ont été autrefois tolérés dans l'opinion des Millénaires, que d'autres ont été longtemps tolérés dans celle des Rebaptisants. . . Oserait-on dire qu'ils étaient en droit de soutenir l'erreur, à cause que le siège apostolique les y tolérait par son silence ? Q.u'y aurait-il de plus odieux qu'un tel raisonnement ? C'est néanmoins celui que le parti nousfoiten toute occasion, c'est sa seule ressource. Ne voit-on pas que la sagesse

que l'Eglise reçoit J'en haut lui inspire souvent une extrême condescendance, qui aurait paru presque incroyable si elle n'était pas attestée par les monuments de l'antiquité. Elle imite la longue patience de Dieu sur les hommes. Elle attend que certaines préventions impétueuses comme les torrents s'écoulent comme eux : elle sait choisir les temps favorables ; elle ramène peu à peu les esprits prévenus. De tels évêques, quelque vénérables qu'ils fussent à toute l'Eglise, pourraient sans doute ignorer quelque point de la tradition qui n'aurait pas été assez développé dans leur pays, ou dans le temps de leurs études.

Serait-ce leur faire tort que de les comparer à saint Cyprien, à saint Hilaire d'Arles, à saint Augustin même?

Saint Cyprien a ignoré la tradition sur le baptême donné dans la vraie forme par les hérétiques. Saint Augustin a ignoré jusqu'à la fin de sa vie la tradition sur ce qu'une came n'est point tirée d'une autre âme par propagation, mais que chacune d'entre elles est créée au moment où Dieu l'unit à un certain corps. Saint Hilaire d'Arles ignorait la tradition sur les vérités de la prédestination que saint Augustin explique dans ses derniers livres.

Devrait-on être surpris si des évêques très vénérables se trouvaient dans quelque faux préjugé comme ces saints docteurs de l'Eglise ? Il ne faudrait nullement en conclure que l'Église eût cessé en leur temps d'enseigner et de proposer aux fidèles une vérité qui aurait été obscurcie et enveloppée à leur égard.

Que faisaient saint Cyprien et Firmilien ? ils contredisaient la vraie tradition sur le baptême des hérétiques ;

d'autres évêques jugèrent comme eux. Et cependant l'Église ne laissa pas de continuer sa tradition certaine et constante dans tout l'univers : la tradition demeurait actuelle et non interrrompue, malgré cette grande multitude d'évêques qui la combattaient et qui étaient tolérés dans c^tte prévention '. »

Et ces évèques n'étaient pas hérétiques, pas plus que ceux qui ne reconnaissent pas l'infaillibilité de l'Eglise sur les faits dogmatiques ; car Fénelon dira dans un autre endroit : « C'est l'obstination et la révolte contre l'autorité de l'Eglise qui fait les hérétiques. »

Il ne faut donc pas abandonner un point de tradition (surtout s'il est fondamental) quand même des évêques contesteraient ce point par une prévention passagère de leur temps et de leur pays ; il suffît que ce faux préjugé déplaise au reste du monde catholique.

Fénelon publia en 1709 une lettre à forme didactique, sur l'infaillibilité touchant les faits dogmatiques^. C'est un résumé net et précis de toute la controverse sur le silence respectueux. La sixième objection esta peu près celle que Bissy faisait déjà en 1706 : « M. de Cambrai a reconnu que cette question (de l'infaillibilité) est encore indécise, puisqu'il a témoigné désirer que le Pape la décidât. Si elle est indécise, on ne peut pas dire que la doctrine de l'infaillibilité soit révélée : car ce qui est de la foi catholique n'est jamais problématique et indécis. » L'objection est spécieuse; elle a pu être faite souvent avant la proclamation du dogme de l'infaillibilité. Féne-

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