‹ Fénelon, apologiste de la foi. Leçons données à l'Université catholique de Paris. Second centenaire de Fénelon, 1715-1915Chapitre 48 sur 122 · Œ. C, IV · texte numérisé non relu

Œ. C, IV

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Ion répond avec clarté et justesse. Ses paroles valent pour tous les dogmes et ont une portée générale que vous admirerez.

« J'ai désiré une décision, répond Fénelon, pour convaincre les incrédules, quoique je fusse persuadé que nous avons des décisions équivalentes.

« Nul théologien n'oserait soutenir qu'un dogme n'est pas révélé quand il n'est décidé par aucun jugement formel de l'Eglise. Il faut distinguer la décision formelle d'avec la tradition constante. L'Église n'interrornpt jamais sa tradition pour aucun dogme révélé. Mais elle ne fait aucune décision formelle que dans les cas de contestation où il s'élève quelque novateur qui contredit un dogme qu'elle enseigne. Ainsi un dogme qui ne serait jamais contredit ne serait jamais décidé. Moins il y a de contradiction, moins il y a de décision formelle : la tradition n'en est que plus forte, quand elle est pasible sans interruption.

« ...L'infaillibilité sur les textes ne fait avec l'infaillibilité sur les dogmes qu'une seule infaillibilité complète et indivisible dans la pratique. Avant l'affaire de Jansénius elle n'a jamais été contestée séparément. Faut-il s'étonner si elle n'a jamais eu besoin d'un jugement contradictoire et séparé ?

« La divinité du Verbe était sans doute révélée avant que le concile de Nicée décidât en sa f^iveur contre les Ariens. L'unité de personne avec les deux natures en J.-C. était sans doute révélée avant que les dogmes fussent décidés contradictoirement par les conciles d'Ephèse et de Chalcédoine... La décision (d'un dogme) peut être très récente ; mais elle suppose toujours la rêvé-

lation faite dès l'origine ; car l'Eglise ne décidera jusqu'à la fin des siècles qu'en faveur des dogmes dont la révélation remonte aux apôtres. La décision ne fait pas qu'un dogme qui n'était point révélé devienne révélé; elle ne fait qu'en déclarer la révélation, qui est aussi ancienne que l'Église... »

Et donc les évêques peuvent et doivent enseigner un dogme révélé avant qu'il soit décidé par l'Eglise, puisque la décision de l'Eglise ne se fait pas avant que le dogme révélé soit contredit par des novateurs. Parler autrement serait contraire à toute la théologie. Alors on n'aurait pu enseigner la divinité du Verbe qu'au iv^ siècle, l'unité de personne avec les deux natures en J.-C. qu'au V^.

Fénelon rompit encore en 1706 quelques lances avec l'évêque de Saint-Pons, Mgr de Percin de Montgaillard. C'était un des dix- neuf prélats qui en 1667 avaient écrit au pape Clément IX, en fliveur des quatre évêques qui avaient soutenu Port-Ro3^aldans son attitude frondeuse.

L'archevêque de Cambrai avait parlé dans sa 3^ Listruction pastorale de cette lettre dont les Jansénistes se prévalaient beaucoup en f;iveur du silence respectueux. La manière dont il s'expliqua sur ce point, l'engagea dans une fâcheuse discussion avec un prélat dont il avait toujours honoré les vertus épiscopales. L'évêque de Saint-Pons crut la réputation des dix-neuf évêques blessée par l'Listruction Pastorale ; et comme il était le seul de ces prélats qui vivait encore, il crut qu'il était de son honneur de prendre leur défense. Il adressa à. Fénelon

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une lettre dans laquelle il s'efforçait de les justifier, et de renverser la doctrine de l'Instruction pastorale sur l'infaillibilité de l'Église touchant les faits dogmatiques. L'archevêque de Cambrai reprit les arguments déjcà exposés dans son Instruction, avec de nouveaux éclaircissements.

M. de Saint-Pons répliqua à Fènelon. Il lui adressa une seconde lettre dans laquelle il soutenait la conduite des dix-neuf évéques et la doctrine du silence respectueux.

Fénelon résolut sans peine les difficultés de l'évêque de Saint-Pons et comme celui-ci parlait des cinq propositions « comme d'une affaire peu importante, qu'il ne s'agissait que d'une question abstraite et que ce dogme n'était point populaire: « Eh ! répliqua Fénelon, ne savezvous pas, Monseigneur, que les mystères de trois personnes en une seule nature et de deux natures avec deux volontés en une seule personne, n'étaient pas des dogmes populaires ? Cependant qu'est-ce que l'Eghse n'a pas fait et souffert pour confondre les novateurs qui altéraient ces dogmes ? Que ne fera-t-elle donc pas pour empêcher que le parti de Jansénius n'altère en nos jours le dogme de l'exercice du libre arbitre sous la grâce la plus efficace ? Y eut-il jamais un dogme plus populaire que celui-là ? C'est la décision de ce dogme qui assure le mérite et le démérite, la distinction des vices et des vertus, la justice des punitions et des récompenses, en un mot toute modération, toute pudeur,' toute probité, toute religion '. »

Fénelon revint encore à la charge contre l'évêque de

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