‹ Fénelon, apologiste de la foi. Leçons données à l'Université catholique de Paris. Second centenaire de Fénelon, 1715-1915Chapitre 56 sur 122 · Publiés en 1774 par l'abbé Bernard de la Tour · texte numérisé non relu

Publiés en 1774 par l'abbé Bernard de la Tour

CONTRE LES JANSENISTES 213

de Clément XI du 13 juillet 1708 portant condamnation des Réflexions morales.

Noailles fut très embarrassé, on peut le croire. Il eut un accès de découragement et de désespoir. Il voulut même donner sa démission. La crise passa. Il condamna lui-même le livre de Quesnel avant la promulgation du Bref du Pape, retardée à dessein.

L'afiaire semblait terminée, quand tout recommença.

Alors Fénelon entre en scène !

Nous aurions aimé que l'archevêque de Cambrai s'abs tint de la lutte qui s'engagea contre Noailles. Le cardinal de Paris avait été l'un des trois examinateurs des Maximes des Saints. Nous sommes si humains que nous sommes tentés de voir dans cette mêlée la revanche des Maximes.

Le 10 juillet 1710, deux évêques français, M. de Lescure, évêque de La Rochelle, et M. de Chamflour, évêque de Luçon, publient une Instruction pastorale, condamnant les Reflexions morales. L'évêque de Gap, Berger de Malissoles, fit la même défense le 4 mars 171 1.

On croit que Fénelon fut l'instigateur de cette attaque collective. Un certain abbé Chalmette aurait servi d'intermédiaire. Nous avons sur cette affaire, intercalées dans la correspondance de l'archevêque de Cambrai, des lettres de l'abbé de Langeron, l'ami de Fénelon, à l'abbé Chalmette. Fénelon, deux ans plus tard, a nié avoir pris part à la rédaction de V Instruction pastorale des évêques de La Rochelle et de Luçon. C'est vrai stricte-

ment; mais je crois qu'il l'avait suscitée, et il est certain qu'il l'avait examinée.

Bref, Vhistniction pastorale paraît au commencement de l'année lyii, et elle est aussitôt distribuée et affichée autour de Notre-Dame, et, par un excès de zèle, sur la porte même du palais archiépiscopal.

Noailles voit dans cet acte une insulte personnelle, et dans le premier mouvement il s'avise d'atteindre les deux évêques dans leurs neveux élevés au grand séminaire. Le cardinal ordonne au supérieur de Saint-Sulpice de congédier les deux séminaristes.

Selon la remarque de Saint-Simon, Noailles « commit la faute capitale d'imiter le chien qui mord la pierre qu'on lui jette et laisse le bras qui l'a ruée ' », d'autant que le cardinal affectait de croire que V Instruction était l'œuvre d'un faussaire. Fénelon, dans une lettre su duc de Chevreuse (i6 mars 171 1), critique avec raison cette mesure gratuitement vexatoire.

Noailles, flottant entre tous les excès, accusa les évêques de soutenir les novateurs et les hérétiques. Les évêques répliquèrent par une lettre violente contre Noailles adressée à Louis XIV. Cette lettre fut rendue publique. Comment? on ne sait; mais elle fit grand bruit. Le peuple se crut revenu au temps des Provinciales.

Noailles répondit sur le même ton. Il interdit dans le diocèse de Paris l'ordonnance de MM. de Luçon, de La Rochelle et de Gap, (^ entachée de ces infâmes erreurs de Baius et de Jansénius » (28 avril). Cette accusation

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