‹ Fénelon, apologiste de la foi. Leçons données à l'Université catholique de Paris. Second centenaire de Fénelon, 1715-1915Chapitre 6 sur 122 · I. Paris, Pcirin · texte numérisé non relu

I. Paris, Pcirin

DE LA MODERN'ITÈ DE FÈNELON 9

Ne connaissait-il pas saint François de Sales et son admirable Traité de t Amour de Dieu ?

Fénelon n'est ni le premier, ni le dernier qui ait essayé une philosophie du mysticisme; mais pour comprendre ces essais de synthèse, il faut croire aux faits, et Crouslé sourit des « extravagances » des mystiques. Il en est resté au Bossuet d'avant les Conférences d'Issy. L'évêque de Meaux n'a plus souri, les ayant connues, des oraisons passives et des dernières épreuves. Crouslé ne va pas plus loin dans la question du pur amour que le vulgaire proverbe : « Charité bien ordonnée commence par soi-même. «Alors sainte Thérèse déraisonne comme Fénelon.

Voulez -vous un exemple de l'étrange manie qui pousse Crouslé à voir du mystère et du venin dans la moindre ligne de Féi«;lon ? L'abbé de Fénelon eut un jour à faire la leçon à M"'^ delà Maisonfort qui, esprit et cœur élevés, plaisantait sur les minuties du règlement de Saint-Cyr : (c La liberté fondée sur le vrai renoncement à soi-même, V lui dit-il, est un assujettissement perpétuel aux signes de la volonté de Dieu qui se déclare à chaque moment (qui se déclare, le sens est clair, par les exigences constantes de la règle^ par les mille occasions de renoncement que présente. la vie au î:auvent). C'est une mort affreuse dans tout le détail de la vie et «ne entière extinction de notre volonté propre pour n'agir et pour ne vouloir que contre la nature. » V

Cela est simple. Tout directeur a parlé ainsi bien des fois: « Je vis, non je ne vis plus, c'est Jésus-Christ qui vit en moi. » «Il faut mourir à la nature » ; à la mauvaise, c'est entendu.

lO I KNELON APOLOGISTE DE LA FOI

Crouslc est tout bouleversé à la lecture de ces lignes: " Si ces paroles ne portent point en elles le fiitalisme et le fimatisnie, nous les entendons mal ». C'est cela. Vous ne comprenez pas : mais qu'y taire ?

Il arrive vraiment trop souvent que vous ne comprenez pas. Vous ne comprenez pas la lettre que M. Tronson écrit à l'abbé de Fénelon, nommé précepteur du duc de Bourgogne, parce que M. Tronson avertit son disciple des dangers possibles de sa nouvelle situation. \'ous rtairez quelque défaut. « On a souvent plus de part qu'on le croit à son avancement », lui dit Tronson. Vous devinez là-dedans que Fénelon est un ambitieux. Quelle psychologie !

Vous ne comprenez pas le langage tour à tour sévère et consolant que Fénelon emploie avec Seignelay malade et voulant sortir de sa vie de péché. Ce langage sévère et dur, dites-vous, est d'un sectaire. Comment peut-on parler ainsi à un ministre de Louis XIV, quand la veille l'abbé de Fénelon lui écrivait comme à un supérieur ? L'abbé de Fénelon dirigeant le ministre de Louis XIV nest plus un subordonné, il est le maître, il parle au nom de Dieu, et le Secrétaire d'État de la marine s'agenouille devant lui.

Crouslé ne peut pas lire de sang-troid un texte de Fénelon ou de ses amis. M"'"' Guyon écrit au duc de Chevreuse : «Oh,Monsieur,laissez-vousconduire à Dieu ! » Crouslé d'ajouter: « Cela signifie assez fortement qu'il doit se laisser conduire par les interprètes de Dieu, M""^ Guyon et Fénelon. » Ce professeur de Sorbonne ignore-t-il que dans la langue du xvii* siècle « à » veut souvent dire « par » après conduire: laissez-vous conduire par Dieu?

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