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personnes différentes par leur âge, leur situation, leur tempérament, leur degré de piété. Dans ces directions si diverses de ton et de mesure, il y a un fonds commun admirable : c'est la science du cœur et de la vie. Fénelon est un éminent moraliste.
Il excelle dans les fines peintures et dans les délicates analyses de l'âme trop intéressée souvent à s'ignorer. Telles lettres sur la mollesse, sur l'orgueil, sur les vanités du monde, avec ce style vif, pittoresque, deviennent des tableaux inimitables. Ce n'est pas un vain exercice de psychologie, comme une étude d'anatomie. En même temps que le moraliste chrétien découvre au patient étonné les vices de sa constitution, morale, il lui offre les remèdes ; il frappe et il guérit, il brise et il console. C'est une philosophie pratique.
L'humilité est la base de toute réforme morale. Aussi Fénelon poursuit avec une rare vigueur l'amour de la volonté propre, sentiment presque insaisissable chez les personnes pieuses, et partout présent. A la vérité, il dénonce les déguisements de l'orgueil non pas dans les formules amères d'un La Rochefoucauld, mais dans une ^ critique saine et complète. Les personnes qu'il dirigeait auraient voulu faire de grands pas dans la vertu, toujours goûter les joies de l'amour de Dieu — amourpropre que ces désirs impatients. Demander les suavités intérieures dans la méditation, c'est aimer nos consolations en voulant aimer Dieu.
Nous sommes étonnés et confondus, s'il nous arrive V de tomber dans une faute. Pourquoi ? Nous pensions être bons et forts, nous avions quelque fierté, et nous sommes chagrins de sentir notre misère et notre fai-
blesse. Il faut tout sacrifier, sa volonté propre, les douceurs sensibles de la piété, le contentement de soi, non pas la paix de la conscience, mais cet amour-propre subtil qui nous fait jouir de nous-mêmes, de notre esprit, de notre sagesse, de notre vertu. S'applaudir en soi, comme le stoïcien superbe ou le pharisien de l'Evangile, tel est le grand péril des cames élevées, le plus redoutable au sens de Fénelon ; c'est pourquoi le prudent directeur sait gré aux tentations, aux fautes mêmes, de nous rendre la claire vue de notre pauvjeté. « Les fautes sont toujours des fautes, mais elles nous mettent 3ans un état de contusion et de retour à Dieu, qui nous fait un
Vgrand bien. »
Où ne se loge pas l'amour- propre ? Dans, les péni-
Vtences, les jeûnes, les austérités. « L'esprit se remplit souvent de lui-même, à mesure qu'il abat la chair '. »
. L'amour-propre est partout : nouveau Protée, il prend
toutes les formes, sans jamais se montrer lui-même; il
Ine peut « supporter la vue de lui-même ; il en mour-
'rait de honte et de dépit. S'il se voit par quelque coin,
il se met dans quelque faux jour pour adoucir sa lai-
•N^eur, et pour avoir de quoi s'en consoler^. »
L'amour-propre, qui fait la ruine et le malheur des individus, sème partout le désordre et la haine. Ecoutons cette belle page : « L'amour-propre malade et attendri sur lui-même ne peut être touché sans crier les hauts cris. Touchez-le du bout du doigt, il se croit écorché. Joignez à cette délicatesse la grossièreté du prochain, plein d'imperfections, qu'il ne connaît pas