I. Œ. C, VIII, p
cet amour imparfait qui se confond avec l'espérance, mais cet amour noble et désintéressé, l'amour de Dieu pour lui-même, l'amour pur. Quand on aime quelqu'un V non pour le bien qu'il nous fait ni pour le bien qu'on en espère, mais pour lui-même, les forces grandissent et croissent. Tout est possible à l'amour, mais plus il est désintéressé, plus il est- puissant. Ici-bas, un tel amour ne peut être que l'élan fugitif, l'extase passagère de l'âme exilée : mais quelle force pour l'âme attirée vers ces divines clartés!
Fénelon résuma un jour ses pensées sur cette question de l'amour de Dieu, qui revient tant de fois dans sa correspondance. C'est une lettre admirable adressée au duc de Bourgogne ' .
« Les hommes ne connaissent pas l'amour de Dieu ; faute de le connaître, ils en ont peur et s'en éloignent. Cette crainte fait qu'ils ne peuvent comprendre la douce familiarité des enfants dans le sein du plus tendre des pères. Ils ne connaissent qu'un maître tout-puissant et rigoureux. Ils sont toujours contraints avec lui, toujours gênés dans tout ce qu'ils font. Ils font à regret V le bien pour éviter le châtiment : ils feraient le mal s'ils osaient le faire, et s'ils pouvaient espérer l'impunué. L'amour de Dieu leur paraît une dette onéreuse : ils cherchent à l'éluder par des formalités et par un culte extérieur qu'ils veulent toujours mettre à la place de cet amour sincère et effectif. . . O mon Dieu^ si les hommes savaient ce que c'est de vous aimer, ils ne voudraient plus d'autre vie et d'autre joie que votre amour. . . Cet