I. Œ. C, VII, p
amour de Dieu ue demande point de tous les chrétiens des austérités semblables à celles des anciens solitaires, ni leur solitude profonde, ni leur contemplation : il ne demande d'ordinaire ni les actions éclatantes et héroïques, ni le renoncement aux biens légitimement acquis, ni le dépouillement des avantages de chaque condition ; il veut seulement qu'on soit juste, sobre, modéré dans l'usage convenable de toutes ces choses : il veut seulement qu'on n'en fasse pas son Dieu et sa béatitude, mais
"^qu'on en use suivant son ordre et pour tendre vers lui. « Le précepte de l'amour, loin d'être une surcharge au-dessus de tous les autres préceptes, est, au contraire, ce qui rend tous les autres préceptes doux et légers. Ce qu'on fait par crainte et sans amour est toujours ennuyeux, dur, pénible, accablant. Ce qu'on fait par amour, par persuasion, par volonté pleinement libre, quelque rude qu'il soit aux sens, devient toujours doux. L'envie de plaire à Dieu qu'on aime fait que, si on souffre, on aime à souffrir : la souffrance qu'on aime n'est plus une souffrance... »
V Cette conception de la piété répond au sentiment que les docteurs et les saints se sont fait de la religion que le Christ enseignait aux apôtres et qui n'était qu'un culte en esprit et en vérité. C'est le contraire de la piété formaliste qui place le religion dans les rites, dans les oeuvres, dans la lettre qui tue. Cette conception juive Jure encore : c'est la religion des « chaînes de prières » condamnées avec raison par nos évoques, la superstition — je ne dis l'usage — des cierges, des processions, des médailles, la multiplicité des prières et des pèlerinages où l'âme est absente, où le corps prend une part pré-
pondérante, en un mot toute religion dans laquelle les pratiques extérieures remplacent la purification du cœur .y,
Fénelon n'ignorait pas la nécessité du culte extérieur. "^ Il a écrit quelques dissertations très profondes sur ce sujet : Dieu a droit aux hommages de l'homme tout entier corps et âme; mais autant l'âme l'emporte sur le corps, autant la prière du cœur, la religion en esprit, domine la religion des attitudes et des soupirs. « Que d'abus dans la dévotion ! s'écrie Fénelon, les uns la font consister uniquement dans la multiplicité des prières ; les autres dans le grand nombre des .œuvres extérieures qui vont à la gloire de Dieu et au soulagement du prochain... Toutes ces choses sont bonnes : elles sont même nécessaires jusqu'à un certain degré. Mais on se trompe si on y place lé fond et l'essentiel de la véritable piété. Cette piété qui nous sanctifie et qui nous dévoue tout entiers à Dieu, consiste à faire tout ce qu'il veut...» Faire la volonté de Dieu, c'est la fin de tout vrai christianisme, volonté manifestée par les commandements de Dieu et les conseils de l'Évangile. '^
L'obéissance vaut mieux que le sacrifice. Le cœur pur "^ d'Abel plut au Seigneur mieux que les off^randes de Caïn, ' et l'humilité du Publicain avec- sa rhuette prière toucha le cœur de Dieu mieux que l'attitude orgueilleuse du Pharisien avec ses fières paroles : « Tous ceux qui disent : Seigneur.,, Seigneur, n'entreront pas au royaume des cieux : mon Père. leur dira : je ne vous connais point », car Dieu regarde le fond du cœur. « Il vaut mieux, dit Fénelon, dire comme il faut la moitié
d'un seul psaume qu'en dire mal et avec précipitation plusieurs '. »
V L'on revient de plus en plus à cette vraie conception de la piété ; de plus en plus on appelle les âmes à se recueillir, on les ramène à un christianisme intérieur : j( Dieu en nous », Dieu en dedans de nous.
Et que l'on ne craigne pas l'isolement orgueilleux de l'âme, fière dans son attitude et dédaigneuse de la vie ■«■/extérieure. Une religion intérieure est une source vive d'œuvres charitables. « On ne peut aimer Dieu sans lesœuvres, dit Fénelon, parce que la charité n'est point oisive ^ »
Fénelon ne rend donc pas la dévotion impossible par '\jja multiplicité des observances extérieures, il réduit tout à l'amour qui facilite tout, même la pratique des plus héroïques vertus et des plus rigoureux préceptes. Vivez, faites vos devoirs d'état, voilà la pénitence quotidienne ; chaque jour suffit à sa peine : c'est ce que conseille, c'est ce qu'ordonnerait Fénelon s'il n'avait le talent de le faire comprendre dans un langage charmant.
Les moyens que le savant directeur nous commu- ■onique pour arriver à ce résultat merveilleux sont précisément ceux que les philosophes, tant anciens que modernes, ont tant vantés pour acquérir toute vertu naturelle, pour obtenir toute beauté morale, pour conserver tout sentiment élevé. L'examen de conscience,