‹ Fénelon, apologiste de la foi. Leçons données à l'Université catholique de Paris. Second centenaire de Fénelon, 1715-1915Chapitre 84 sur 122 · Œ. C, VII, p · texte numérisé non relu

Œ. C, VII, p

VHP LEÇON

P0LITIQ.UE TIRÉE DE l'Évangile

Mesdames, Messieurs,

« Connaissez-vous assez toutes les vertus du christianisme ? Vous serez jugé sur l'Evangile comme le moindre de vos sujets... Ne vous êtes-vous point imaginé que l'Evangile ne doit point être la règle des rois comme celle de leurs sujets ? »

Par ces questions qu'il pose à son royal élève dans V Examen de conscience sur les devoirs de la Royauté, Fénelon montre quelle place doit tenir l'Evangile dans la société. Il demande que la voix de Jésus se fasse*' entendre aux peuples et aux nations. Il est convaincu que si la morale évangélique dirige les relations sociales, plus de justice et plus d'amour régneront parmi les hommes.

L'âme de Fénelon est tout imprégnée d'Evangile.V Vous pourrez lire tous ses ouvrages, vous ne connaîtrez pas sa pensée si vous ignorez le levier qui soutint son action.

Il y a des noms chargés de gloire. Fénelon est de

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ceux-là. Mais à la ditierence des gloires humaines fondées sur l'ambition, la politique, l'orgueil, la gloire de Fénelon repose sur l'Evangile.

Les préceptes et les conseils de l'Évangile obsèdent non seulement la conscience de Fénelon, mais même

■^son imagination. 11 les fait passer dans ses programmes de réformes gouvernementales ; il les fait passer aussi dans tous ses livres de littérature, jusque dans sa correspon-

Vdance et dans sa conversation; ils sont sa vie.

L'Évangile, code de justice et code d'ûiiwiir, impose aux hommes de se respecter entre eux et de s'aimer entre eux : voilà le point de départ de la Politique de Fénelon. Et il en déduit les conséquences qui sont d'une belle intrépidité.

La justice ! Fénelon la voulait d'abord chez les particuliers. Il plaçait cette « volonté habituelle de respecter le droit d'autrui » à la base de toute direction morale et

vveligieuse. Avant d'être chrétien, il faut être honnête homme. Il faut élever le surnaturel sur le fondement

Vdes vertus naturelles. Avec quelle énergique langage il reproche à ses correspondants la détestable habitude de ne pas payer ses dettes. Et c'est là une façon de manquer à la justice.

"^v Fénelon pouvait jeter le mot de justice à ce peuple de France encore très chrétien, mais dont les chefs, très chrétiens aussi de nom et de manières, ne comprenaient pas le sens intime de l'Évangile et ne vivaient pas de

'Vson esprit. Et c'était l'époque d'une grande misère. L'on n'a pas encore écrit le livre des souffrances de la France

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(Je 1680 à 171 5. Les documents ne manquent pas. Les relations des intendants et des gouverneurs sont navrantes. La France était une plaie saignante, la gloire de Louis XIV a fait taire les gémissements du peuple. Où étaient Henri IV et saint Louis ? ^— *♦■

Le silence des peuples qui souffrent de l'injustice et qui acceptent les contrats léonins n'absout pas les abus des grands et des puissants. Il était nécessaire qu'une \oix se fît entendre jusqu'au trône pour défendre la justice, droit primordial et supérieur à la liberté et surtout à la gloire d'un roi. Et Fénelon parla : "

« La sédition, écrit-il,^ s'allume peu à peu de toutes parts. (Vos peuples) croient que vous n'avez aucune pitié de leurs maux, que vous n'aimez que votre autorité et votre gloire. Si le roi, dit-on, avait un cœur de père pour son peuple, ne mettrait-il pas plutôt sa gloirc à leur donner du pain... qu'à garder quelques places de la frontière qui causent la guerre ?... Les émotions populaires deviennent fréquentes. Vous craignez d'ouvrir les yeux... vous craignez d'être réduit à rabattre quelque chose de votre gloire. Cette gloire qui endurcit votre cœur vous est plus chère que la justice '. »

Et dans VExamen de conscience sur les devoirs d'un Roi : « Avez-vous eu soin de faire délivrer chaque galérien d''abord après Je terme fixé par la justice pour sa punition ? L'état de ces hommes est affreux : rien n'est plus inhumain que de le prolonger au delà du terme. Ne dites point qu'on manquerait d'hommes pour h;

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