‹ Fénelon, apologiste de la foi. Leçons données à l'Université catholique de Paris. Second centenaire de Fénelon, 1715-1915Chapitre 95 sur 122 · I. Poliliijiic liiêe de VEoiture Sainte, cliap. m · texte numérisé non relu

I. Poliliijiic liiêe de VEoiture Sainte, cliap. m

POLITiaL'E TIREE DE L EVANGILE 29^

certaine école a reprise sous le nom sonore d'internationalisme. Mais ceci n'est pas cela.

Ce sentiment familial de confraternité entre toutes les races ne saurait nuire au yrzi patriotisme. L'amour de la'*^ petite famille ne s'oppose à l'amour de la grande que dans des cœurs étroits et païens.

Le patriotisme des vieux Grecs et des vieux Romains, qui ne voyait dans l'étranger à leur cité qu'un barbare, un être inférieur, méritant d'être dominé et écrasé par tous les moyens, ne convenait plus aux chrétiens.

Jésus a détruit les barrières entre les peuples et entre les nations. Fénelon traduit l'Evangile, quand il s'écrie dans un langage émouvant et d'une énergie remarquable : « Toutes les guerres son! civiles; car c'est toujours^ l'homme contre l'homme qui répand son propre sang, qui déchire ses propres entrailles. »

La théorie chrétienne de la fraternité universelle conditionne le pacifisme. « Tout le genre humain n'est qu'une famille dispersée sur la foce de la terre. Tous les peuples sont frères, et doivent s'aimer comme tels. »

i< Malheur à ces impies qui cherchent une gloire cruelle dans le sang de leurs frères, qui est' leur propre sang ! »

Fénelon maudit la guerre, « le plus grand des maux dont les dieux affligent les hommes ». Les terres incultes, le commerce troublé, les lois affaiblies, les mœurs corrompues : voilà le résultat de la guerre. Le succès des armes ne l'éblouit pas, il pense aux ennemis chez qui le conquérant répand l'etTroi, la misère, le désespoir.

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« Il n'y a presque point de guerre qui, même heureusement terminée, ne fasse beaucoup plus de mal que de bien à un Etat : on n'a qu'à considérer combien elle ruine de familles ; combien elle fait périr d'hommes ; combien elle ravage et dépeuple tous les pays '. »

Et cependant cet ennemi c'est votre frère. « La guerre est un mal nécessaire qui déshonore le genre humain ; si on pouvait ensevelir toQtes les histoires dans un éternel oubli, il faudrait cacher cà la postérité que des hommes ont été capables de tuer d'autres hommes... Plus la guerre est étendue, plus elle est funeste, donc celle des peuples qui composent le genre humain est encore pire que celle des familles qui trouble une nation.

« Il n'est donc permis det-faire la guerre que malgré- "Wsoi, à la dernière extrémité pour repousser la violence de l'ennemi ^. »

Ce sont là des idées avancées dans cette société militaire des Condé, des Turenne, des Villars. C'est l'espérance ou du moins le vœu de la suppression de la guerre.

Bossuet n'avait-il pas appelé la guerre « l'horreur du genre humain, le monstre le plus cruel que l'enfer ait jamais vomi pour la ruine des hommes ? »

La guerre de peuple à peuple arrête la civilisation. Elle applique à la destruction du travail et de la vie des hommes la moitié des richesses du monde : elle ne cesse détenir disponibles pour l'homicide les meilleures forces de tous les peuples : elle paralyse tous les efforts pour détruire la misère et pour combattre l'ignorance et le vice .

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