‹ Fénelon, apologiste de la foi. Leçons données à l'Université catholique de Paris. Second centenaire de Fénelon, 1715-1915Chapitre 96 sur 122 · Dialogue, Socrate et Akihiade · texte numérisé non relu

Dialogue, Socrate et Akihiade

Où est le remède à la guerre ? Comme la racine de la guerre est dans l'orgueil, 'dans la cupidité, dans la vengeance, dans toutes les mauvaises passions qui fermentent \f en l'homme, la première condition de la paix, c'est d'exterminer le péché.

Et rien ne vaut pour cela que l'explication des deux grands livres de la morale privée et de la morak publique : la Bible et l'Évangile.

On a cherché et on cherchera un o Catéchisme de la Paix )), il est dans le Décalogue et dans l'Evangile : le Décalogue qui dit justice en montrant dans les hauteurs de la justice le fruit de la charité ; l'Evangile qui dit charité en montrant dans les racines de la charité la sève de la justice.

Pas d'homicide, dit l'ancienne Loi; et l'Évangile : pas de colère, pas de mépris, pa§ d'insulte, toute parole de haine est semence de meurtre. « La loi morale dans l'esprit, l'Evangilcdans le cœur, voilà les sources de la paix. » Cette horreur de la guerre, fondée sur la fraternité universelle, ne doit pas être confondue/avec le pacifisme tel que l.'.Qnt exposé certains hommes — c'était hier — qui rêvaient un état de choses impossible, niaient les patries et pour qui les théories pacifistes étaient un voile dissimulant à peine la faiblesse et même la lâcheté.

Les patries ne sont pas des circonscriptions factices. Quand un peuple a pris conscience de lui-même, qu'il a cultivé son sol avec amour et planté les arbres qui l'abritent; quandil a confié à la terre les os de ceux qu'il a aimés, et que les nécropoles se mêlent aux villages ; quand le climat a formé ses habitudes, ses goûts et influencé son langage, ce peuple s'est créé une patrie et

il y met son cœur. Ce motii'ésonne alors comme une chaîne qui unit le passé au présent. Ce qui s'était fondé sur un sentiment devient une raison. Les limites se forment qu'il faut défendre, et le patriotisme est créé.

Nous aimerons notre patrie, sans haïr les autres pays, d'un amour de préférence qui s'allie très bien avec la fraternité universelle. Jésus qui aima tant l'humanité fut cependant « bon patriote « selon la belle parole de Bossuet.

Et, Messieurs, quelle patrie égale notre patrie ?

Défendu par ses hautes montagnes, bercé par trois mers qui chantent sur ses rivages, notre beau pays dorf sous la coupole de son ciel bleu, offrant aux caresses du soleil et aux brises du soir^ un sol fertile qui regorge de fruits et de troupeaux.

Pays hospitalier, les étrangers ne veulent pas mourir sans l'avoir visité, sans avoir rafraîchi leur âme dans la paix de ses clairs horizons.

Son caractère est fait de ce qu'il y a de meilleur dans le sang des races primitives : de bon sens romain, de gaieté gauloise, de bravoure franque.

Ajoutez encore l'amour incoercible de l'idéal, de là justice et du droit.

Comme il est facile en France d'aimer sa patrie ! Dieu n'a donné ces qualités à aucune autre nation.

Et voilà comiTfent la France mérite qu'on se batte pour elle*. Nos soldats luttent pour garder ce trésor de vertus que jalousent nos voisins de l'Est. *j.

Messieurs, la France vivra, elle doit vivre, elle 'est le champion de l'Église. Qu'importent les hommes, la France demeure.

POLITiaUR TIREE DE L EVANGILE 297

Après l'épreuve — car la guerre est une épreuve — la France épurée dans la fournaise se lèvera, digne d'ellemême, plus vivante et plus belle.

Demain sur les tombeaux Les blés seront plus beaux.

Si pour l'âme compatissante de Fénelon, la paix est le'premier des biens, parce qu'elle est f^ivorableau bienêtre du peuple, il convient de se montrer capable de défendre la patrie menacée ; car alors, dit-il, c'est le bonheur même des peuples qui serait compromis : « Il faut être toujours prêt à faire la guerre pour n'être jamais ç^ réduit au malheur de la faire. »

Plût au Ciel que nous eussions été prêts à faire la guerre pour n'avoir pas été réduits au malheur de la faire !...

Fénelon sait trop qu'il y a des guerres nécessaires : « Où la guerre, malgré tous ses maux, devient nécessaire, c'est le cas, dit-il, où l'on ne pourrait l'éviter qu'en donnant trop de prise et d'avantage à un ennemi injuste, artificieux et trop puissant. Alors, en voulant, par faiblesse, éviter la guerre, on y tomberait encore plus dangereusement ; on ferait une paix qui ne serait pas une ^ paix, et qui n'en aurait que l'apparence trompeuse. Alors il faut, malgré soi, faire vigoureusement la guerre par le désir sincère d'une bonne et constante paix'.

Ne diriez-vous pas que ceci* est écrit d'hier ? et ne trouvez-vous pas dans 'ces lignes nos raisons de faire cette guerre qui dure encore ? La guerre est une iniquité.

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