I. Jules Leniaître, Féitdan, 4^ Leçon
fourbes et traîtres, Louis XII soutient à son prédécesseur que la générosité et la bonne foi sont de plus sûres maximes en politique que la cruauté et l'hypocrisie. Fénelon ne goûte guère les excès opposés dans François I'"' : l'abus de la magnificence et de la galanterie, le fatal amour des combats, jusqu'au désastre de Pavie. Mais quelle patriotique éloquence quand il met en présence, pour flétrir la trahison et honorer la fidélité au devoir, le connétable de Bourbon et Bayard !
Il critique Henri III dans une raillerie indignée et réserve ses louanges pour Henri IV. Celui-ci lui paraît digne d'être appelé un roi sage et bon qui, après des malheurs horribles, rendit au royaume le calme et l'abondance.
Je sais que l'on accuse le duc de Bourgogne d'avoir eu un esprit timide et enfoncé dans la dévotion ; mais à lire certains croquis des Dialogues des Morts, l'on ne voit pas que Fénelon y ait contribué.
Fénelon est sévère, trop sévère pour Louis XI et François l", pour Richelieu et pour Mazarin ; c'e<;t que ce prêtre pense toujours aux pauvres et aux faibles, et cette compassion pour les deshérités le rend dur envers ceux auxquels il attribue une partie de leurs maux ; mais si ces jugements sont contestables, il faut rendre justice à l'esprit de bonté qui les inspire.
Le livre le plus populaire de Fénelon est le 7V//maque. Quelles que soient les beautés littéraires de ce livre original, le principal intérêt réside dans les conseils donnés au jeune prince que le trône attend. La partie esthétique n'apparaît que pour mieux mettre en lumière l'idée du beau moral dans l'éducation du petit Prince,
lous les devoirs qui s'imposent à un fils de roi, l'idéal que Fénelon conçoit de la roj^auté juste, pacifique, bienfaisante, maîtresse de ses passions, dévouée au bonheur de ses sujets, l'adresse prodigieuse avec laquelle il grave . .en traits ineffaçables au fond du cœur de son élève « ces
grandes maximes si vite oubliées, que les rois sont faits pour les peuples, et que ce n'est pas assez des calculs ou des caprices d'une ambition personnelle, ni de la gloire incertaine des armes, pour justifier les guerres ruineuses, pour faire absoudre les guerres injustes ' ». Les principes généraux de morale qui conviennent à tous les hommes Fénelon a soin de leur donner un tour particulier qui convient aux rois. Que Télémaque, quand il sera roi, aime ses sujets comme ses enfants ; qu'il exerce la justice en faveur du pauvre contre le ^ riche ; qu'il déteste la flatterie ; qu'il fuie comme le 7 plus grand des fléaux cette maladie des rois qui fait / mourir les peuples : l'ambition ; qu'il évite toute guerre qui ne soit pas légitime et nécessaire ; qu'il soit fort pour repousser un voisin dangereux ; qu'il observe toujours les lois de la clémence et de l'humanité.
Fénelon couronne ces nobles enseignements en appelant au secours de l'excellente morale qu'il prêche à son disciple la crainte d'une force supérieure à la sienne, le respect de la divinité, la croyance à une vie future, 1 image de la béatitude des justes dans le ciel et des *^ peines réservées aux méchants dans les enfers. « Rien n'est plus philosophique et plus terrible que les tortures morales qu'il place dans le cœur des coupables, et pour