‹ Fénelon directeur de conscience: directeur de conscienceChapitre 121 sur 254 · Œ. C, Vin, p. 473. — 2. Ihid,, p · texte numérisé non relu

Œ. C, Vin, p. 473. — 2. Ihid,, p

sa réputation, son mérite, son crédit; au mérite, l'estime; à la capacité accompagnée de droiture et d'amitié, la confiance et l'attachement; aux dignités, la civilité et la cérémonie'... Je ne voudrais point que vous retranchassiez rien sur vos devoirs à l'égard du public; il m'a paru même que vous ne donniez pas assez de temps aux visites de bienséances et aux soins de la société selon votre état *. »

Le dévot n'est pas un censeur de la vie des autres; en apparence même, sa conduite ne parait pas différer beaucoup de celle de ses compagnons. Sénèque disait : « Ayons une façon de vivre meilleure que la foule, mais qui ne la choque point. Il ne faut point eflfrayer ceux que nous voulons gagner 3. » Fénelon dit de même : « On vit à peu près comme les autres sans affectation, sans apparence d'austérité, d'une manière sociable et aisée, mais avec une sujétion perpétuelle à tous ses devoirs*... Il Êiut édifier tous ceux qui vous voient, sans leur parler jamais de dévotion. » Il faut montrer son courage à l'occasion et ne pas fuir devant un sourire moqueur ou un sarcasme sanglant : « On doit cacher aux yeux du monde tout ce qu'il n'est point nécessaire de lui montrer; mais il faut qu'il sache que vous voulez être chrétien, que vous renoncez au vice, et que vous fuyez l'impiété... Ne demeurez point neutre. Quand un homme se déclare hautement pour la

I. Œ. C, VIII, p. 473- — 2. Ibid.y VII, p. 369. Lettre au vîdame d'Amiens, 4 janvier 1712. — 3. Epist., 5. — 4. Instructions et avis, U. Œ. C, VI, p. 74.

religion, d'abord on murmure, mais bientôt on se tait, on s'accoutume à le laisser faire'. »

Le dévot de Fénelon doit être savant, instruit pour faire honorer la religion : cr Quand on saura que vous travaillez à n'ignorer rien dans l'histoire et dans la guerre, personne n'osera vous attaquer sur la dévotion ^. . . Vous devez faire honneur à la piété, écrit-il au duc de Bourgogne, et la rendre respectable dans votre personne. Il £iut la pratiquer d'une manière simple, douce, noble, forte et convenable à votre rang. Il faut aller tout droit aux devoirs essentiels de votre état, par le principe de l'amour de Dieu, et ne rendre jamais la vertu incommode par des hésitations scrupuleuses sur les petites choses. L'amour de Dieu vous élargira le cœur, et vous fera décider sur-lechamp dans les occasions pressantes. Un prince ne peut point, à la cour ou à l'armée, régler les hommes comme des religieux; il faut en prendre ce qu'on peut, et se proportionner à leur portée ^ »

Le dévot est plein de douceur, de politesse et d'aménité : « Rien n'est si tendre, si ouvert, si vif, si doux, si aimable, si aimant, qu'un cœur uni à Dieu par la piété. » Le monde donne toujours un air sombre et désagréable au chrétien, comme si, à mesure qu'une âme se purifie en se rapprochant de Dieu, elle laissait derrière elle, avec les imperfections dont elle se dépouille, ce qu'elle pouvait avoir d'attrayant et de sympathique, du moins ce qui formait

I. Œ. C, VIII, p. 509. -- 2. Œ. C, VIII, p. 473.-3- ^^*> Vn,p. 279.

entre elle et nous un commerce agréable. Les Juifis avaient peur des messagers célestes, s'imaginant que leur apparition était un pronostic fatal. II suffit qu'un homme soit religieux pour se voir déprécié dans certains cercles, où Ton fuit sa compagnie comme ennuyeuse et fatigante. On s'imagine que, pour être pieux, il faut qu'une âme soit tout absorbée en Dieu; au contraire, Dieu nous fait un devoir de donner à notre prochain des témoignages de notre charité et de notre affection : « Outre qu'il ne faut jamais paraître se préférer à personne, il faut encore certaines manières simples, naturelles, ingénues, un visage ouvert, quelque chose de complaisant dans le commerce passager : que tout marque de la noblesse, de l'élévation, un cœur libéral, officieux, bienfaisant, touché du mérite, de l'industrie pour obliger, du regret quand on ne le peut pas, de la délicatesse pour prévenir des gens de mérite, pour les entendre à demi mot, pour leur épargner certaines peines, pour dire à demi ce qu'il ne faut pas achever de dire, pour assaisonner un service de ce qui peut le rendre obligeant sans le faire valoir... Rien n'est si noble, si délicat, si grand, si héroïquç, que le cœur d'un vrai chrétien; mais, en lui, rien de faux, rien d'aflFecté, rien que de simple, de modeste et d'eflfectif en tout '...La piété n'a rien de faible ni de triste, ni de gêné; elle élargit le cœur, elle est simple et aimable, elle se fait tout à tous pour les gagner tous *. »

I. Œ, C, VIII, p. 473. — 2. Ibid,, VII, p. 234. Lettre au duc de Bourgogne.

CARACTÈRES DE LA PIÊTÈ DE FÈNELOK 21 5

Qui donc a peint la vertu avec un air sombre et concentré ? Le dévot de Fénelon n'est pas ainsi Êiit : a Vous devez voir les gens de votre condition; mais il fzut être gai, libre, aSable; rien de timide, ni de sauvage. Demandez à Dieu qu'il vous ôte votre air timide et trop composé; donnez-vous à Dieu quand vous allez voir les gens; mais, pendant la conversation, ne soyez pas distrait et rêveur pour courir après la présence de Dieu qui vous échappe. Alors Êdtes ce qu'il veut que vous fessiez, qui est d'être honnête et complaisant... Ne prenez point la piété par un certain sérieux, triste, austère et contraignant. Là où est r esprit de DieUy là est la vraie liberté '... Soyez bon ami, obligeant, oifficieux, ouvert; cela vous fera aimer, et apaisera la persécution. Qu'on voie que ce n'est point par grimace ni par noirceur, mais par vraie religion et avec courage, que vous renoncez aux débauches des jeunes gens '. »

(c Soyez gai, dit-il ailleurs, comme un homme qui a trouvé le vrai trésor et qui n'a plus besoin de rien 5. »

Le vrai dévot, accueillant tout le monde, quelle que soit sa condition, avec un sourire bienveillant, ne s'irrite jamais, quand on l'interrompt dans ses exercices de piété ou que l'on met obstacle à ses projets de dévotion. Le jeune Louis de Gonzague allait assister à une instruction de piété qu'il avait vivement désiré d'entendre, quand il fut appelé par un

I. II Cor., m, 17. — 2. Œ, C, VIII, p. 523. — 3. iWi., P- 512.

visiteur qu'on lui dépeignait comme importun et qu'on lui conseillait d'éviter : « Non, dit-il, au sermon j'irais apprendre à me vaincre, ici je puis tout de suite mettre en pratique cet empire sur moimême. » C'est ainsi que Fénelon écrivait à la comtesse de Gramont : « Sous la figure de l'importun, il faut regarder Dieu qui fait tout, et qui n'est pas moins attentif à nous mortifier par Timportunité, qu'à nous instruire et à nous toucher par les bons exemples. L'importun que Dieu nous envoie sert à rompre notre volonté, à renverser nos projets, à nous feire désirer avec plus d'ardeur le silence et le recueillement, à nous détacher de nos arrangements, de notre repos, de nos commodités et de notre goût, à humilier notre esprit pour l'accommodera celui d'autrui '. » Le dévot sait causer, jouer et même danser, en un mot il a toutes les qualités extérieures des hommes du monde, sans avoir leurs défauts et leurs vices. Fénelon ne réconcilie pas le monde et la piété, l'alliance n'est pas plus possible que celle de l'Église et du siècle; il rend la vertu possible au militu du monde et la fait aimer.

Il est évident que, pour produire ces heureux effets, la piété doit revêtir certaines conditions indispensables. Elle doit être vraie et simple. La piété est vraie, sincère, quand elle part d'un sentiment intérieur, qu'elle réside dans l'âme et ne consiste pas seu-

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