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I. Œ.CVIII, p

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lement dans les formules extérieures. Les pratiques de piété sont bonnes et même excellentes, et quand c'est le cœur qui les inspire, elles sont très utiles à Tâme qui les exerce avec un esprit de sagesse et de modération, mais elles ne sont pas la piété elle-même ou toute la piété. La piété est un mouvement de l'âme qui nous porte énergiquement vers Dieu, sans aucune apparence forcée, sans vaine et sèche démonstration ; mais, comme le disait Fénelon à son royal élève, qui nous porte à Dieu par l'abondance d'un cœur en qui l'amour de Dieu devient une sourœ vive pour tous les sentiments les plus doux, les plus forts et les plus proportionnés. Si la piété est vraie, elle se traduira à l'extérieur par la fidélité au devoir et à l'accomplissement des œuvres de charité.

« Point de singularités aflfectées; point de bizarrerie, mais une piété simple, toute tournée vers vos devoirs et toute nourrie du courage, de la confiance et de la paix que donne la bonne conscience et l'union sincère avec Dieu... La vraie piété, la sincère vertu est simple, uniforme, sans empressement, sans mystère, elle ne se hausse ni ne se baisse, elle n'est jalouse ni de réputation ni de succès. Elle fait le moins mal qu'elle peut; elle se laisse juger et se tait; elle se contente de peu; elle n'a ni cabale, ni dessein, ni prétention. Prenez-la, laissez-la : elle est toujours la même. »

Ne croyez pas que cette aimable vertu soit la piété futile des chrétiens dégénérés qui, par une transaction coupable, accommodent la religion à leurs passions, la rendent mondaine pour la rendre facile et

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semblent vouloir réaliser ralliaûce impossible de b lumière avec les ténèbres-

Féneloo a résumé toutes ses pensées sur ce point dans un admirable Entretien sur ks caractères à k véritabk et solide piété K Nous ne pouvons pas toti: dire, puissiotîs-nous donner le désir de connaître davantage les enseignements précieux de ce grand directeur.

L'essentiel de la piété se trouve-t-il dans nos sentiments et dans nos actions?» Piété utile à tous; piété simple et désintéressée; piété constante; piété qui Élit le bien et qui le cache; piété qui ne cherche point à plaire aux hommes, ou du moins qui ne veut leur plaire que pour plaire à Dieu *; piété enfin qui va jusqu'à s'oublier soi-même pour n'être appliquée qu'à la correction de ses défauts et à l'accomplissement de ses devoirs 5. » Si la piété n'est pas Élite de cette sorte, elle n'est pas solide, elle n'est pas véritable. Et Fénelon fait cet examen par rapport à Dieu, par rapport à nous-mêmes, par rapport au prochain.

Il faut aimer à souffrir pour Dieu, être disposés à mourir pour nous unir à lui, être bien aises de nous occuper de lui. Sans ces dispositions, toute la piété, quelque fervente qu'elle paraisse au dehors, ne saurait avoir de solidité.

« Jusqu'à quand nous fera-t-on ce reproche hon-

I. Œ. C, V, p. 673. — 2. Galat., i, 10. — 5. « Je tâche de plaire à tous en toutes choses, ne cherchant point ce qui m'est avantageux, mais ce qui Test à plusieurs pour être sauvés. » I Cor., X, 33.

^^^^Erâi

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teiîx^ qui n*est peut-être que trop juste contre nous, et qui fait croire à tant de gens que la dévotion n'est qa'un langage : ce reproche si ordinaire qu'on nous fait, en disant que les gens^ qui font profession de piétéj sont les plus délicats et les plus sensibles; que leur piété dégénère peu à peu en mollesse; qu'ils veulent servir Dieu avec toutes sortes de commodités j soupirer après l'autre vie, en jouissant de toutes les douceurs de celle-ci , et déclamer toujours avec zèle contre Tamour-propre, prenant néanmoins toutes sortes de précautions pour ne le mortifier jamais en eux ! T>

La prière est la mesure de Tamour; c*est elle qui entretient en nous la vie céleste, c'est le principal exercice de k piété : « Au nom de Dieu, disait Féne- Ion au duc de Bourgogne, que la prière nourrisse votre cœur, comme les repas nourrissent votre corps. »

Fénelon revient ici sur Tiiuportance de la prière : <^ Prions donc, mais prions toujours en vue de nos devoirs. Ne faisons point des oraisons élevées, abstraites, et qui ne^ se rapportent point à la pratique des vertus. Prions, non pour être plus éclairés et plus spirituels en paroles, mais pour devenir plus humbles, plus dociles, plus patients, plus charitables, plus modestes, plus purs, plus désintéressés dans le détail de notre conduite... Y a-t-il rien de plus scandaleux que de voir une personne qui prie toujours sans se corriger, et qui, au sortir de ses oraisons, n'est ni moins légère, ni moins vaine, ni moins inquiète, ni moins chagrine, ni moins intéressée qu'auparavant ? »

Notre zèle n*est-il point une imprudence autorisée

du prétexte de la religion ? Notre prudence n'est-elle point une politique charnelle ? notre dévotion un effet de l'humeur, notre charité un amusement?

Que toute racine d'amertume, dit saint Paul, soit détruite en nous : « H y a un zèle amer qu*il faut corriger; il va à vouloir corriger le monde entier et à réformer indiscrètement toutes choses ; à l'entendre, on croirait que tout est soumis à ses lois et à sa censure... L'origine de ce prétendu zèle est honteuse; les défauts de notre prochain choquent les nôtres; notre vanité ne peut souffrir celle d'autrui ; c'est par fierté que nous trouvons celle de notre prochain ridicule et insupportable... Si nous étions sans défauts, nous sentirions bien moins vivement ceoï des personnes avec qui nous sommes obligés de vivre, »

Les chrétiens, les gens qui font même profession de piété, craignent souvent les jugements du monde; ils veulent avoir son approbation et règlent ienn procédés sur certains préjugés bizarres, suivant lesr quels le monde loue ou condamne tout ce qui lui plaît : « Que notre prudence soit réglée par l'esprit de Dieu; que ce ne soit point une prudence présomptueuse, une prudence accommodée à la dissimulation du siècle, »

Que les chrétiens amis de la piété ne s'appliquent pas à Élire plier la règle de l'Évangile pour h conformer à leurs inclinations et à leurs intérêts : « On voit partout des gens qui défigurent la religion en voulant la régler suivant leurs fantaisies et leuR caprices. L'un est fervent à la prière, mais il est dur

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ît insensible aux misères et aux ûiblesses de son )rochain ; Tautre ne parle que d'amour de Dieu et le sacrifice T pendant qu'il ne saurait souffrir le Boindre contre-terapSj ni la moindre contradiction,.. Mettez chaque vertu dans le rang qui lui est destiné : jfâtiqueZj selon ta mesure de votre grâce, les vertus =s plus difficiles, mais ne prétendez pas les pratiquer aux dépens d'autrui. La charité et la justice sont les premières de toutes les vertus humaines : pourquoi vous attacher aux autres au préjudice de celles-là ? Soyez austère, mats soyez tiumble ; soyez plein de zèle pour la réformation des abus, mais soyez doux, charitable, compatissant. Faites pour la gloire de Dieu tout ce que son amour pour lui vous inspirera, mais commencez par les devoirs de Tétat où il vous a mis ; sans cela vos vertus ne seront que des &ntaisies, et, en voulant glorifier Dieu, vous scandaliserez tout le monde. » Jamais le bon sens n'avait parlé un si juste langage. Et « qu'est-ce qui décrie la piété parmi les gens du monde ? C'est que beaucoup d'esprits mal faits la réduisent à des pratiques basses et superflues, et abandonnent l'essentiel. . . La dévotion est pour eux un prétexte de vie douce, oisive, obscure... Ils ne veulent être dévots que pour se consoler, et que pour trouver dans la dévotion un adoucissement aux peines et aux tribulations de la vie. Non, non, dit saint Jérôme, nous ne consentirons jamais que le monde ait, de la piété, une idée si basse et si indigne d'elle. De quelque manière que certaines gens veuillent la pratiquer, nous soutiendrons toujours à leur honte qu'elle n'est ni molle ni pares-

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seuse. Le Fils de Dieu Ta dit, que le royaame qu ■ nous promet ne peut être obtenu que par b vie lence. ^

A l'égard da prochain, la piété doit nous apprend] . à nous abaisser, à agir et à souffrir : a II faut étout& dans le fond de son cœur les jalousies naissantes, les petites recherches de son propre honneur, les Ym désirs de plaire, de réussir, d*être loué; les crclcu de voir les autres préférés à soi ; Tenvie de dédder et d'agir par soi-même; la passion naturelle de dominer et de faire prévaloir ses sentiments sur ceux d'autrui. »

Voilà la vraie et solide piété; sa physionomie paraîtra sévère, mais souvenons-nous de joindre er d'unir ensemble les qualités aimables de la vertu aux qualités solides; elles sont comme ces fleurs qu'on voit au printemps décorer le tronc d'un arbre vigoureux : fleurs brillantes et parfumées comme celles de nos parterres, moins éphémères qu'elles, puisqu'elles ne laissent tomber leurs feuilles que pour se transformer en fruits.

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