CHAPITRE IV
La dévotion s'acquiert peu à peu, lentement, par un eflbrt continuel. L'action de Dieu ne prévient pas les opérations de l'âme, elle se règle aux mouvemeflC du cœur; « plus on désespère de soi pour n'espérer
PÉDAGOGIE DE LA DÉVGTIOÎî 22 J
qu'en Dleu^ sur la correction de ses débuts, plus l'oeuvre de la correction est avancée. Mais aussi H ne faut pas que ton compte sur Dieu sans travailler fortement de notre part \ m
Nous ne pouvons parler ici que de ce qui se passe ordinairement, les choses extranaturelles ne sont pas de notre sujet.
D y a des moyens pour acquérir la piété, une méthode dictée par la connaissance de l'âme. Nous la retrouvons à chaque pas dans les lettres de Fénelon. n ne nous dit pas seulement la douceur et la paix de l'âme dévote, il nous enseigne le chemin qui conduit à ces joies ineffables.
L'examen de conscience, l'oraison et la pratique de la vie sont toutes les parties de cette pédagogie. L'antiquité n'avait pas ignoré les moyens de perfection. Le stoïcisme^ enseignait la pratique de l'examen de conscience, l'école d'Alexandrie ^ avait une théorie complète de la méditation. Tant il est vrai que la conscience humaine ne varie pas.
La connaissance de soi est le commencement de la perfection. La célèbre maxime de Thaïes : Connais^ toi toi-même^, qu'un autre philosophe formulait ainsi : Habite avec toi-même 5, a été répétée, non seulement par les sages païens, mais encore par les docteurs chrétiens, comme une règle admirable de
I. Œ, C, VIII, p. 569. — 2. Martha, Les moralistes sous V Empire romain. V examen de conscience d^un empereur romain, p. 171. — 3. Vacherot, Histoire de la philosophie à' Alexandrie. — 4. Dic^. Laert. in Thaï.: rvw0t asauT^v. — 5. Paul Manut, Apophteg. : Tecum habita.
sagesse. Que d'obstacles pour arriver à cette connaissance ! Nous nous flattons sans cesse ; nous sommes tous sujets à ce charme singulier qui nous dérobe à nos propres regards. Nous n'avons pas de peine à le constater chez les autres^ quelque aveugles que nous soyons pour nous; souvent ce spectacle amuse notre légèreté, au lieu qu'il devrait nous inspirer le sérieux de la réflexion. Nos défauts nous font illusion jusqu'à nous paraître des qualités. Tel prodigue croit qu'il fait son devoir; son voisin l'avare prend son amour de l'or pour de l'ordre et de la pondération. Ajoutez que dans cette variété infinie de désirs nobles et déréglés, de passions Intimes et funestes, nous laissons naître et se développer mille imperfections que nous remarquerons plus tard quand la racine se sera fortifiée par une longue habitude. Pour prévenir ces dangers, aussi bien que pour reconnaître ses défauts, l'esprit doit s'habituer à connaître ce qui se passe en lui-même.
Fénelon, tout en parlant souvent de l'étude de l'âme, ne fait pas de l'examen de conscience toute sa méthode de perfection. Ce fut l'erreur de la philosophie ancienne de croire que l'examen de conscience suffisait à tout. Il y a, entre la connaissance de soi et la vertu, la différence qui existe entre connaître et vouloir, savoir et croire. M. Martha, dans le chapitre qu'il consacre à Marc-Aurèle % nous donne l'exemple du bon Horace, « moins léger qu'on ne pense », qui faisait à sa manière son examen de conscience,