I. qf.c.,p
lorsque, dans son lit ou dans ses promenades solitaires, il songeait à se rendre meilleur et se grondait doucement, en homme du monde qui voudrait être honnête et en épicurien qui voudrait être sage. Nous ne voyons nulle part que ces réflexions morales aient changé la vie du bonhomme.
Fénelon ne se laisse pas prendre à cette philosophie superficielle; il faut vouloir y dit-il, changer de vie. n sait que la force manque plus aux âmes que la lumière. C'est pourquoi il ne fiait pas de ce moyen le tout de son système; nous verrons bientôt que, dans l'oraison, il arrête l'esprit dans ses considérations, quand le cœur, par la volonté, est excité au bien. La connaissance de soi n'est qu'un moyen et non une fin. La doctrine antique est contredite par Texpérience, et rien ne résiste à cette démonstration. Qui nous aidera à remporter la victoire contre nos ennemis terribles et puissants ? les moyens humains semblent sans force; les plus fiers moralistes n'ont rien trouvé pour nous apprendre à triompher des passions. Prenez de bonnes habitudes; mais ditesnous comment on résiste aux mauvaises. Pensez à l'honneur, au devoir, à l'avenir, comme si les torrents impétueux ne renversaient pas les digues les plus solides, comme si la tempête n'avait pas en quelques heures dispersé sur les flots l'invincible Armada.
L'âme peut consulter ces docteurs, un jour de peine; elle se retire attristée, comme elle était venue. Que faire ? Espérer ou désespérer ! Regardez ces âmes vertueuses; dites-leur votre peine et attendez leurs conseils.
FineUm* — C. 15
« La sagesse, dit Bossuet> consiste à connaître Dieu et à se connaître soi-même. La connaissance de nous-mêmes nous doit élever à la connaissance de Dieu*. » L'homme doit se connaître, non pour s'admirer, mais pour appeler et entendre Dieu au plus profond de son âme : « Le royaume de Dieu est au dedans de vous * », a dit le Christ. Dieu présent et aimé, voilà le dernier mot de la perfection.
Sans faire intervenir ici la grâce qui ne manque t jamais, philosophiquement la chose est explicable. Les idées ont en elles-mêmes une énergie qui multiplie les forces de la volonté; plus elles sont présentes à la pensée, plus elles sont actives. Il s'agit de trouver des idées, capables de fortifier la volonté dans ses désirs et d'enseigner le moyen de les rendre présentes à la pensée. Les moralistes chrétiens ont jusqu'ici seuls réussi à donner une philosophie de la perfection. Nous ne parlerons pas du système de Bossuet; corriger une passion mauvaise par une passion légitime, c'est reculer l'explication.
Les considérations abstraites n'ont aucune effiacité; il n'y a pas deux morales, une pour les savants et une pour le peuple. Les moyens pour être vertueux doivent être les mêmes pour tous. Or l'énergie des idées est en raison inverse de leur degré d'abstraction. Les considérations philosophiques sur le luxe n'ont eu et n'auront jamais qu'une influence médiocre sur la réforme des mœurs. Tout ce qui est purement rationnel reste dans la pensée pure, sans