‹ Fénelon directeur de conscience: directeur de conscienceChapitre 145 sur 254 · I. Œ. C, VI, p. 8i. — 2. Did,, VIII, p. 483 et suîv · texte numérisé non relu

I. Œ. C, VI, p. 8i. — 2. Did,, VIII, p. 483 et suîv

plaisir de soutenir votre prospérité avec modération; enfin à celui de paraître par votre cœur au-dessus de votre place... Vous êtes naturellement bonne, et disposée à la confiance, peut-être même un peu trop pour des gens de bien dont vous n'avez pas éprouvé assez à fond la prudence. Mais quand vous commencez à vous défier, je m'imagine que votre cœur se serre trop... Il y a un milieu entre l'excessive confiance qui se livre, et la défiance qui ne sait plus à quoi s'en tenir, lorsqu'elle sent que ce qu'elle croyait tenir lui échappe. » Il lui &it entendre délicatement ce qu'on disait d'elle : <c On dit pourtant encore, et selon toute apparence avec vérité, que voqs êtes sèche et sévère, et qu'il n'est pas permis d'avoir des défauts avec vous; et qu'étant dure à vous-même, vous Têtes aussi aux autres; que quand vous commencez à trouver quelque faible dans les gens que vous avez espéré de trouver parfaits, vous vous en dégoûtez trop vite et que vous poussez trop loin le dégoût. S'il est vrai qne vous soyez telle qu'on vous dépeint, ce défaut ne vous sera ôté que par une longue et profonde étude de vous-même... On dit que vous vous mêlez trop peu des affaires. Ceux qui parlent ainsi sont inspirés par l'inquiétude, par l'envie de se mêler du gouvernement, et par le dépit contre ceux qui distribuent les grâces, ou par l'espoir d'en obtenir de vous... Le zèle du salut du roi ne doit pas vous feire aller au delà des bornes que la Providence semble vous avoir marquées... Le vrai moyen d'attirer la grâce sur le roi et sur l'État n'est pas de crier, ou bien de fatiguer le roi; c'est de l'édifier... d'ouvrir peu à

peu le cœur de ce prince par une conduite ingénue, cordiale, patiente... Mais parler avec chaleur et avec âpreté, revenir souvent à la charge, dresser des batteries sourdement, faire des plans de sagesse humaine, pour réformer ce qui a besoin de réforme, c'est vouloir faire le bien par une mauvaise voie. »

La manie de M°** de Maintenon était de dire qu'elle était impropre aux afeires; il était facile de lui dire le contraire sans la blesser : « Ce qui me paraît véritable touchant les aflfaires, c'est que votre esprit en est plus capable que vous ne pensez; vous vous défiez peut-être un peu trop de vous-même, ou bien vous craignez trop d'entrer dans des discussions contraires au goût que vous avez pour une vie tranquille et recueillie... Je persiste à croire que vous ne devez jamais vous ingérer dans les afeires de l'État mais, vous devez vous en instruire, selon l'étendue de vos vues naturelles. » Il continue à parler du roi, et il fallait quelque courage pour en dire les dé&uts : « Comme le roi se conduit bien moins par des maximes suivies que par l'impression des gens qui l'environnent, et auxquels il confie son autorité, le capital est de ne perdre aucune occasion pour l'obséder par des gens sûrs, qui agissent de concert avec vous pour lui faire accomplir, dans leur vraie étendue, ses devoirs, dont il n'a aucune idée... Le grand point est de l'assiéger, puisqu'il veut être gouverné : son salut consiste à être assiégé par des gens droits et sans intérêt. Votre application à le toucher, à l'instruire, à lui ouvrir le cœur, à le garantir de certains pièges, à le soutenir quand il est ébranlé, à lui don-

ner des vues de paix, et surtout de soulagement des peuples, de modération, d'équité, de défiance à regard des conseils durs et violents, d'horreur pour les actes d'autorité arbitraire. »

La suite respire la même sagesse, la même élévation de sentiments : « Vous avez, à la cour, des personnes qui paraissent bien intentionnées; elles méritent que vous les traitiez bien, et que vous les encouragiez; mais il faut beaucoup de précaution, car mille gens se feraient dévots pour vous plaire... Pour votre famille, rendez-lui les soins qui dépendront de vous, selon les règles de modération que vous avez dans le cœur, mais évitez également deux choses : Tune, de refuser de parler pour vos parents, quand il est raisonnable de le &ire; l'autre de vous fâcher, quand votre recommandation ne réussit pas. »

La femme célèbre, à qui ces conseils s'adressaient, a prouvé qu'elle était capable de les comprendre et de les suivre. Puissent les âmes chrétiennes se laisser toujours avertir avec cette robuste franchise !

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