‹ Fénelon directeur de conscience: directeur de conscienceChapitre 146 sur 254 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

A la mort de Mazarin (1661), Louis XTV résolut de gouverner par lui-même. Il avait vingt-trois ans. Des hommes supérieurs entouraient son trône, ministres distingués, généraux habiles, personnages

illustres. Il avait su discerner le mérite, développer les aptitudes par ses encouragements, imposer à tous sa direction suprême et feire concourir à la grandeur de la France la diversité de leurs talents.

Colbert fut sans contredit le plus précieux des collaborateurs du grand roi, pour remédier, après la Fronde, au désordre et à la confusion qui régnaient en France. Né à Reims (1619), il entra aux bureaux de la guerre sous Le Tellier, son parent (1648). Mazarin le remarqua et le nomma intendant. En mourant, le premier ministre le légua à Louis XIV : « Sire, dit-il, je vous dois tout, mais je crois m'acquitter en quelque sorte avec Votre Majesté en vous donnant Colbert. » C'était le dernier et le plus grand service que rendait Mazarin.

Le roi apprécia très vite l'esprit droit et positif, la probité inflexible de cet homme de marbre, vir marmoreus, comme le nomma Guy Patin. De l'intendant de Mazarin, Louis XTV fit un contrôleur des finances et le chargea de surveiller Fouquet. Après le célèbre procès du surintendant, Colbert lui succéda avec le titre de contrôleur général. Il n'en fut pas moins puissant et devint une sorte de premier ministre. Il usa de son pouvoir pour travailler à la gloire de la France. Dominé par une pensée féconde, il voulut développer le travail et le commerce national. Il atteignit ce but par un vaste système de réformes dans les finances, la police, la législation, l'agriculture, l'industrie, le commerce et la» marine. Son influence se fit sentir jusque dans les lettres et les sciences.

Le roi ne sut pas se rappeler toujours les services de Colbert et le peuple insulta à son cercueil (1683)-

En dépit des généalogies anciennes que la flatterie se plat à découvrir au ministre^ Colbert est le véritable ancêtre de sa famille. Dès l66q^ il avait acheté la terre de Seignelay, Il s'en fit donner les titres de baron, puis de marquis. En 1681^ !a terre de Châteauneuf-sur-Cher fut également érigée pour lui en marquisat. De son mariage avec Marie Charron, il eut de nombreux enfants. Les plus connus sont le fils aîné J,-B» Colbert^ qui prit, i k mort de son pèrCj le titre de marquis de Seignelay; le marquis de Blain ville j tué àk bataille d'Hochstedi (1704), et trois filles qui devinrent k duchesse de Chevreuse, k duchesse de BeauvilUers et la duchesse de Mortemart. Enfin j un fils fut archevêque de Rouen.

Ces nombreux enfants grandirent, entourés des plus beaux exemples de foi, de piété et d'honneur. La religion préparait à la patrie ses plus fermes soutiens. Colbert savait que la source des plus beaux devoirs est une conscience délicate et nourrie par les pensées sublimes de Dieu, de charité, de dévouement. Dans sa maison, on lisait l'oflice de l'Église; le ministre avait fait imprimer un bréviaire à l'usage de sa famille. Et cependant cet homme trouve à ses derniers moments qu'il n'a pas assez fait pour Dieu; parole remarquable, écho d'une belle âme, qui nous donne la mesure et de son dévouement au roi et de ses désirs infinis d'amour divin.

Voilà l'homme dont Fénelon dirigea les filles, gendres et fils. L'âme était déjà préparée à recevoir les sublimes instructions du vertueux et savant abbé. Il y aurait un livre intéressant à faire sur la famille

266 FÉNELON DIRECTEUR DE COKSCrENCE

Colbert et Fénelon, nous ne pouvons qu'en esquisse: les linéaments.

Trois filles de Colbert épousèrent trois membres de la plus haute noblesse; les plus grandes dignités de famille et de cour étaient réunies sur des personnes d'un goût élevé en religion et d'un rare sentiment d'honneur : « Les trois sœurs ei les trois beaux-frères, ditM. de Bausset ', montrèrent à la cour une familk privilégiée, qui n'avait d'autre ambition que celle de rester fidèle à l'honneur et à la vertu ; jamais on nt la vit s'associer à aucune intrigue^ ni s'avilir par aucune bassesse. »

Pénétrés de respect pour le roi, attentifs à lui plaire^ par leur empressement à remplir tous les devoirs de leur charge, les ducs de Beauvilliers, de Chevreurc et de Mortemart ne se crurent point obligés à étendre leur complaisance jusqu'à flatter ses passions, M™^de Montespan ne les vit jamais dans la foule de ses courtisans. Louis XIV, qui portait un sentiment naturel de décence et de délicatesse, au milieu même des erreurs et des séductions qui Tavaienc entraîné^ remarqua une conduite si noble et conçut pour eux une estime qui ne fléchit jamais. Quand le moment fut < venu de choisir un gouverneur pour le duc de Bourgogne, le roi n'hésita pas à prendre le duc de Beauvilliers, sachant ainsi reconnaître la vertu.

Il lui laissait le libre choix des personnes qui devaient concourir à l'éducation du prince. Le duc ne fut pas longtemps à trouver le précepteur qui devait

Page 1