I. Histoire de Fénelonf liv. I, chap, xxiX
LA FÂMIIXE COLBERT 267
pirtager ses fonctioDS, il alla chercher Fénelon. Le duc et Tabbé se connaissaient depuis longtemps ; dès l'époque de son installation aux Nouvelles Catho-- 'iques, Fénelon avait été présenté par le marquis de Fénelon, son oncle, à M. de Bcauvilliers. Ils étaient â peu près du mêtne âge et étaient tous deux tendrement aimés du supérieur de Saint-Sulpice, le vénérable abbé Tronson. L'entrée de Fénelon à Ver^i lies réunissait des cœurs, si bien faits pour se comprendre. , Toute la famille Colberc allait profiter de cette belle ) vernij jouir du commerce de ce noble esprit et goûter l'amitié la plus tendre du plus aimant des hommes-
La gloire et Thonneur d'avoir attiré à Versailles ' Tabbé de Fénelon donnent à M. de Beauvilliers le , droit de tenir le premier rang dans cette galerie de j portraits.
Paul de Saint-Aignan, duc de Beauvilliers^ pair de
I France^ premier gentilhomme de la chambre du roi,
! chef du Conseil des finances, ministre d'État, naquit
I en 1648; il épousa, en 1671, Henriette-Louise Col-
bertj seconde fille du ministre» De ce mariage^
naquirent treize enfants. II mourut à Vaucresson, près
et Versailles, le 31 août 1714. Saint-Simon a laissé
^ in bon duc ' un portrait qui vaut la peine d'être cité;
i. G*est ainsi que le duc de Beauvilliers est désîgaé d5.ns b correspondaDce de Fénelon, ou quelquefois le bon et les abréviations B.,BD., LB.
en deux coups de pinceau, le grand écrivain évoque devant nos yeux cette figure si originale. Il « était grand, fort maigre, le visage long et coloré, un fort grand nez aquilin, la bouche enfoncée, des yeux d'esprit et perçants, le sourire agréable, l'air fort doux, mais ordinairement fort sérieux et concentré. Il était né vif, bouillant, emporté, aimant tous les plaisirs. Beaucoup d'esprit naturel, le sens extrêmement droit, une grande justesse, souvent trop de précision ; renonciation aisée, agréable, exacte, naturelle, l'appréliension vive, le discernement bon, une sagesse singulière, une prévoyance qui s'étendait vastement, mais sans s'égarer ; une simplicité et une sagacité extrêmes et qui ne se nuisaient point l'une à l'autre; et depuis que Dieu l'eut touché, ce qui arriva detrès bonne heure, je crois pouvoir avancer qu'il ne perdit jamais sa présence, d'où on peut juger, éclairé comme il était, jusqu'à quel point il porta la piété. Doux, modeste, égal, poli avec distinction, assez prévenant, d'un accès &cile et honnête jusqu'aux plus petites gens; ne montrant point sa dévotion, sans la cacher aussi, et n'en incommodant personne... Sa charité pour le prochain le resserrait dans des entraves qui le raccourcissaient par la contrainte de ses lèvres, de ses oreilles, de ses pensées, dont on a vu les inconvénients en plusieurs endroits '... Cet homme si droit, si en garde contre lui-même, et d'une attention si active, se laissa tellement enchanter, lui et M. de Chevreuse, aux charmes de l'arche-