‹ Fénelon directeur de conscience: directeur de conscienceChapitre 159 sur 254 · I. Œ. C, VII, p. 221. — 2. Ibid., p. 228 (16 jdn ifoî · texte numérisé non relu

I. Œ. C, VII, p. 221. — 2. Ibid., p. 228 (16 jdn ifoî

LA FAMJLLE COLBERT 285

dissipe. Le vrai remède k ce mal est d'accourcir chaque affaire et de ne vous laisser point entraîner par un détail d'occupations où votre esprit agit trop selon sa pente d'exactitude V, »

Le duc de Chevreuse est tenté de passer sa vie dans son cabinet à lire^ à étudier, à se morigéner sans cesse, "à s'imposer pour soi ou pour les autres des occupations dont quelques-unes en elles-mêmes peuvent sembler fructueuses et nourrissantes. Fénelon ravertît de ne pas trop suivre cette inclination : il croit utile qu'il ait quelquefois un entretien avec un ami simple, pieux^ sincère : « Cette personne, lui dit-il j vous consolerait, vous nourrirait, vous développerait à vos propres yeuSj et vous dirait vos vérités ^. » On a beau se persuader qu'on se dit à soi-même des vérités, on n'y atteint jamais complètement, même par le coin le plus sensible : « Une vérité qu'on nous dit nous fait plus de peine que cent que nous nous dirions à nous-même ; on est moins humilié du fond des vérités que flatté de savoir se les dire ^ » Le savant directeur connaissait profondément le cœur humain : ce ne fiit pas une des moindres causes de ses succès sur les âmes.

En attendant que le duc de Chevreuse ait trouvé près de lui quelqu'un pour lui rendre ce service- Fénelon ne Toublie pas, il lui parle sans réticence, sans ménagement : il lui expose d'une manière sensible son grand défaut^ ce beau défaut

1. Œ. C.j Vn, p, 221 et 222.— 2. Ihîd., p. 222. 3- Œ. C VII, p. 222.

tout curieux, tout intellectuel; il le lui étend avec ses replis et le lui &it toucher du doigt : « Plus une vie est profonde, délicate, subtile et spécieuse, plus on a de peine à l'éteindre. Elle échappe par sa subtilité; elle se fait épargner par ses beaux prétextes- Telle est la vie secrète d'un esprit curieux, tournéau raisonnement, qui se possède par méthode philosophique, et qui veut posséder de même tout ce qui l'environne '... Qui voudrait à tout moment s'assurer qu'il agit par raison et non par passion et par humeur, perdrait le temps d'agir, passerait sa vie à anatomiser son cœur, et ne viendrait jamais à bout de ce qu'il chercherait *. » Il dénonce et poursuit à outrance « ce goût de sûreté géométrique » qui est enraciné en lui par toutes les inclinations de sa vie, « par une habitude changée en nature ». Il l'exhorte à mourir « à ses goûts d'esprit, à ses curiosités et à ses recherches philosophiques, à sa sagesse intempérante, à ses arrangements étudiés, à ses méthodes de persuasion pour le prochain ^ : » à ne pas être un affairé d'esprit à tout propos et hors de propos, un ardélion de la vie intérieure. Cet apaisement, cette quiétude morale qu'il lui prêche, c'est de la part de Fénelon un conseil du bon sens le plus clairvoyant, le plus net, et qui, dans le cas présent, allait le mieux à son adresse.

Tout nous porte à croire que Chevreuse se corrigea vite de ce travers d'esprit, puisque les lettres de Fénelon, dès Tannée 1702, sont muettes sur ces

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