Œ. C, VII, p
Fénelon rappelle au ministre Seignelay que le cœur de rhomme ne doit pas rester partagé entre le monde et Dieu. Nul ne peut servir deux maîtres.
Il faut choisir : « D faut que votre cœur soit rempli ou de Dieu ou du monde. S'il Test du monde, le monde vous rentraînera insensiblement, et peutêtre, tout à coup, dans le fond de Tabîme. S'il Test de Dieu, Dieu ne vous souflErira point dans une lâche tiédeur; votre conscience vous pressera; vous goûterez le recueillement ; les choses qui vous ont charmé vous paraîtront vaines et frivoles; vous sentirez au dedans de vous une puissance à laquelle il faudra que tout cède peu à peu; en un mot, vous ne serez point à Dieu à demi. Si vous cherchez, par de faux tempéraments, à partager votre cœur, Dieu, qui est jaloux, rejettera avec horreur ce partage injurieux qui le met en concurrence avec la créature, c'est-à-dire avec le néant même. Il ne vous reste donc ou que de retomber par un aflfreux désespoir dans l'abîme de l'iniquité, livré à vous-même, au monde insensé et à tous vos tyranniques désirs, ou de vous abandonner sans réserve au Père des miséricordes et au Dieu de toute consolation qui vous tend les bras malgré vos ingratitudes. » Nous croyons comprendre que cette dernière phrase, présentée ainsi dans le développement de la pensée et comme conclusion, ne produit pas le même effet qu'isolée de son contexte.
Puis Fénelon fait parler le monde et Dieu; rien de plus saisissant que ce parallèle. Le directeur ne ache pas les déchirements de cœur que les passions font sentir, avant d'être bien étouffées : « Quoi donc!
diront-elles, vous nous dites un éternel adieu ! Vous I
De nous verrez plus! et toute votre vie ne sera plus i
que gêne et que tristesse ^ . » Mais Dieu parlera à son î
tour : « H vous fera sentir ta joie d*une conscience '
purifiée, la paix d'une âme que Dieu réconcilie avec |
luij et la liberté de ses vrais enfants. Vous n'aurez ;
plus de ces plaisirs funestes qui enivrent Tâme, qui bi font oublier son raallieur à force de T étourdir; mais vous aurez ce calme intérieur et ce témoignage consolant qui soutient contre toutes les peines,.. Vous aimerez tout ce que vous ferez, puisque vous aimerez la volonté de Dieu qui vous y déterminera; vous ne voudrez plus aucune des choses que Dieu ne vous donnera point; vous porterez dans votre cceur une source inépuisable de consolation et d'espérance contre tous les maux de la vie, »
H ajoutait, en terminant cette partie de sa lettre, ces paroles pleines de la majesté divine et de Téloquence enflammée des prophètes : « Eh! pourquoi ne raitneriez-vous pas, puisqu'il vous aime tant? Avez-vous trouvé quelque chose de plus doux à aimer et de plus digne de votre amour? Le fantôme du monde va s'évanouir; cette vaine décoration disparaîtra bientôt; l'heure vient, elle approche, la voilà qui s'avance, nous y touchons déjà, le charme se rompt, nos yeux vont s'ouvrir; nous ne verrons plus que l'éternelle vérité. Dieu jugera sa créature ingrate. Tous ces insensés qui passent pour sages seront convaincus de folie; mais nous qui aurons