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LA DIRECTIOK AU ItVn* SIECLE tï
vicj et elle doit le suivre sans contrainte : « S'il vous vient quelque occasion juste et charitable de laisser vos exercices^ je veux que ce soit une espèce d'obéissance- »
La pieuse veuve est scrupuleuse. L'ardeur qu elle portait au service de Dieu manquait de cette modération que Tévêque de Genève finit par lui donner : a II y a quelque chose en moi, lui dit-ellc> qui n*a jamais été satisfait^ mais je ne saurais dire ce que c'est. » ^ « Je voudrais bien le savoir pour vous le dire, cependant serait-ce point une multitude de désirs qui fait des obstructions en votre esprit ? n
Cet esprit ardent ne trouvait pas les progrès de son âme aussi assurés que ses désirs de perfection ; il fallait lui apprendre la patience envers elle-même : « Ne vous débattez point, ne vous empressez point pour voler; ayez patience que vous ayez des ailes. » Il faut ne pas trop poi util 1er en Texercice des vertus, « tant je crains l'esprit de contrainte et de mélancolie ; tant je veux, ma chère fille, que vous ayez un coeur large et grand, tout à fait dilaté au chemin de Notre-Seigneur ! a
M""' de Chantai ne rêvait que mortifications ; François lui rappelle qu'une mère de famille a besoin de forces pour accomplir ses devoirs d'état ; elle peut jeûner le vendredi, a au retranchement des viandes » préférant ie o retranchement du choix d'icelles » .
Elle se couchait tard, se levait de grand matin, interrompait son sommeil pour prier j Tévèque la blâme : « II ne faut pas accabler Tesprit à force de travailler le corps. Il ne faut pas se détraquer connue
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cela, notamment les femmes, car après on ne vaut rien tout le long du jour. » — « Manger peu, dirat-il à la Mère Angélique, travailler beaucoup, avoir beaucoup de tracas d'esprit, et refuser le dormir au corpSj c'est vouloir tirer beaucoup de services d'un cheval efflanqué et sans le faire repaître '. »
M™*" de Chantai avait besoin de cette direction ; aux chagrins du dehors s'ajoutaient les tourments les plus terribles du dedans. Son âme luttait contre les plus dangereuses tentations; son amour de Dieu se ralentissait ; la foi semblait l'abandonner, François, comme tous les directeurs, tremblait devant cette conscience timorée. Dans ces situations difficiles, le directeur doit ou détourner l'attention de la patiente sur un autre objet, ou lui montrer que la question n'est pas si importante qu'elle le suppose. M""® de Chantai aurait des pensées d*infi délité à Tégard de Dieu, de blasphème ! c'est le démon qui les inspire : « Il faisait comme cela avec Job, avec saint Antoine, avec sainte Catherine de Sienne, et avec une infinité de bonnes âmes que je connais, et avec la mienne qui ne vaut rien et que je ne connais pas. Eh quoi ! pour tout cela, ma bonne fille, faut-il se fâcher ?... C'est bon signe qu'il fasse tant de bruit et de tempêtes autour de la volonté : c^est signe qu'il n'est pas dedans. *>
Les tentations reviennent : méprisez-les : « Vous y pensez trop, vous Içs craignez trop, vous les appréhendez trop : elles ne vous feraient nul mal sans
1, Lettre du 12 septembre 1619 à la Mère Angélique.
LA DÎRHCTIOH AU XVH* SIECLE IJ
cela. Vous êtes trop sensible aux tenutions... Non, non, ma fille, laissez courir le vent et ne pensez pas
que le frifrilis des feuilles soit le clit^uetis des armes '. »
Le sage directeur se met à penser que Tamourpropre pourrait bien être le principe de toutes ces tribulations: ce désir de la perfection n'est sou%xnt que l'amour-propre déguisé. C'est le mal inconw:ient des plus saintes âmes ; a ce qu'elles prennent pour le désir d'une vertu plus grande n'est que la déception que cause à leur vanité la vue de leur faiblesse ^ ».
François, qui connaissait le cœur humain et qui savait que rhumîlitc est la base de toutes les venus, rappelle à M""' de Chantai, qu'elle n'est qu' w une pauvre petite chétive veuve jï . — a Aimez cette chétive condition j puisque votre misère sert d'objet à la volonté de Dieu. Entre les gueux, ceux qui iont les plus misérables se tiennent pour les meilleurs gueux et plus propres à attirer l'aumône--. Nous ne sommes que des gueux, les plus misérables sont de meilleure condition. La miséricorde de Dieu les regarde volontiers. »
Un jour vint où le calme, la pais se fit dans cette âme endolorie et fatiguée. Le nuage qui Tcnvi tonnait se déchira et la lumière inonda tout son être. La lutte contre soi-même finit toujours par une victoire, quand elle se fait dans Thu milité et avec le secours de Dieu.