‹ Fénelon directeur de conscience: directeur de conscienceChapitre 19 sur 254 · E, Beurlier, Revui du Ckrgé français, 1857*1893^ p · texte numérisé non relu

E, Beurlier, Revui du Ckrgé français, 1857*1893^ p

Sa pîété devint si franche et si vraie que ses domestiques disaient entre eux, nous rapportent les mémoires du temps : « Le premier conducteur de Madame ne h faisait prier que trois fois par jour et nous édons tous ennuyés ; mais Monsieur de Genève la fait prier à toute heure et cela n'incommode personne, j)

Et maintenant le siècle va prendre sa marche, et il faut attendre la fin pour retrouver un vrai successeur au pieux évêque de Genève dans la personne de Fénelon. Parmi les directeurs de toute l'époque, si ron excepte Vincent de Paul et Bossuet, les uns, comme le Père de BéruUe et M. Olier, conduiront les âmes dans un christianisme étroit et guindé ; les autres j comme le Père Guilloré, dont l'influence n'a pas encore cessé, infuseront un mysticisme exagéré jusqu'à enlever tout ressort à l'âme humaine. Saint- Cyran et Pon-Royal porteront la terreur dans la conscience effrayée et les âmes quitteront le monde pour la solitude. François de Sales oublié, Fénelon le remplace i sa doctrine douce et suave ne sera que le suc et le miel, recueilli sur les coteaux de Genève et de la Savoie. La torche des coureurs que saint Jean avait transmise aux saint Jérôme, saint Bernard, saint François de Sales, Fénelon la saisit et la fait rayonner par le monde, étonné de trouver le Christ si bon et la religion si belle.

LA DIRECTION AU XVll* SlfeCLE tj

M, de Bémlle connut saint François de Sales à Paris et^ toute leur vie, les deux amis ne cessèrent de s'écrire et de se conseiller mutuellement. Quand M. de Bémlle voulut répondre aux désirs de h ver- Uieuse M=^*^ Acarie, en introduisant les Carmélites ea France, Pévêque de Genève intervint, écrivît à Roîïie et contribua àu succès des efforts de son ami. Quand M. de Bémlle songea à rétablissement de la congrégation de TOratoire, il pensa que le véritable maître serait Tévôque de Genève, François de Sales ne pue venir à Paris et rOratoire fut fondé sans lui en i6ii,

La congrégation de l'Oratoire composée de prêtres séculiers commença la rénovation du clergé de France. Ce fut un foyer de dévotion qui rayonna au dehors ti réveilla les consciences endormies. Tout Paris venait voir ces prêtres au maintien digne, à la parole ardente^ à la vie sainte. Leur prédication fut une révolution. On prêcha Jésus-Christ simplement. Les sermons des contemporains, quand ils ne dégéné^ raient point en de véhémentes invectives contre les hérétiques^ ne contenaient guère qu'une morale extraite des auteurs païens. Plutarque, Pline, Sénèque étaient les grandes autorités sur lesquelles s'appuyait l'éloquence du prédicateur. Et quelle éloquence 1 Le cœur en était absent, et T esprit du plus mauvais aloi s'y mêlait à une dépense prodigieuse d'imagination sans règle et de mémoire sans choix. Les Orato-

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riens combattirent ce mal par des sermons simples, courts et dignes du Christ, le modèle des prédicateurs.

M. de BéruUe, comme saint François de Sales, non pas avec la même douceur insinuante, mais avec le même esprit évangélique, explique le sens de la vraie dévotion. Tous deux la définissent de la même manière ; « Ce ne sont pas nos actions, nos pensées ou nos paroles, dit M. de Bérulle, qui honorent Dieu et qui nous sanctifient; mais les actions des hommes sont plus ou moins excellentes selon que le cœur dont elles partent est plus ou moins rempli de Dieu* » François de Sales ne parle pas autrement. Tous les deux recommandent « de ne faire aucune action que pour Tamour et au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, sans se mettre en peine, si pour l'ordinaire, ce sont des choses petites et communes ».

On a publié deux cent cinquante lettres du cardinal de Bérulle. Elles sont inférieures aux lettres de Fénelon et de Bossuet. On ne trouverait pas chez de Bérulle ce mouvement et cette chaleur de langage^ ces fines analyses des maladies spirituelles, cette intuition merveilleuse des remèdes; mais elles respirent le même amour des âmes : « Nous devons, dit-il à une Carmélite, pourvoir aux besoins de chacune d'entre vous, comme si Dieu ne nous avait chargé que de cette âme au monde, »

Il connaissait la puissance de la direction pour la réforme des cœurs, tout en limitant très bien le rôle du directeur aux choses de la conscience. Il interdisait à ses disciples d'entrer dans l'intérieur des familles, de s'insinuer dans. leur secret^ de régler leur

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vie domestique. Quand un directeur arrive à vouloir tout organiser, les dirigés perdent route initiative et vivent dans Tanxiété; cest le trouble continu.

Le P. de BéruUe suivait dans la direction de ses prêtres une voie juste et raisonnable : mortifier ses passions^ soigner le corps. Les austérités qui ruinent les forces ne sont pas pour ceux qui doivent soulager les malades : a II faut servir plus qu'une année et plus qu'en un lieu.,. Il faut honorer Dieu, noo seulement par bonnes actions, mais encore par privation de bonnes actions, m

Tou5 les ouvrages du P, de Bérulle ' ne portent pas le même cachet de pondération^ de naturel et de vérité. S'il emprunte souvent la plume de François de Sales-, quelquefois il devient mièvre. Il écrit à une Carmélite aux approches de TA vent : « Voyez un temps saint qui s'approche, le temps de Tavènement de Jésus au monde. C*est le printemps de TUnivers auquel fleurit la fleur des fieurs, Jésus de Nazareth, qui s'appelle dans ses Écritures la fleur des champs et le lis des vallées* C^est le temps le plus délicieux des âmes liées à Jésus et à Marie. »

S'il veut parler le langage mystique de saint Jean, il est quelquefois sublime, mais le plus souvent obscur. Le pics renommé de ses ouvrages, le livre des Grandeurs de Jésus ^ nous fait connaître la substance de cet esprit religieux et mystique. Nous

ï. Les œuvres du P. de Bérulïe se trouvent dans la collection Migne et forment un tome complet, Cf* Houssaye (abbé), h P. de BéruîU. Paris, Pion, 1874.

est sans contredit le Catéchisme chrétien pour la vie intérieure. Le chrétien suit avec l'auteur le chemin de la perfection, en passant par le crucifiement des passions, l'héroïsme de l'amour de la Croix et la contemplation du Christ, notre modèle.

Les Lettres spirituelles enfin sont un précieux monument pour l'historien et le psychologue.

Ne recherchons pas dans ces ouvrages l'art et le désir de plaire aux délicats. Nous aurions souhaité un goût plus sûr, une phrase moins longue et moins embarrassée; nous aurions préféré à cette profonde psychologie un peu plus de clarté. Les contemporains de Descartes ne pouvaient pas ne pas étudier l'homme intime, son être et ses facultés premières. Les moralistes, les littérateurs même ne pouvaient rien écrire sans pénétrer les intimités de l'âme, sans faire jaillir de ce centre, si fertile en émotions et en cruelles énigmes, des beautés toutes nouvelles après les grandes actions du xvi* siècle. Toutefois, les considérations sur les mystérieuses profondeurs des personnes divines ne sont pas sans danger; elles raviront, peut-être, des chrétiens instruits, mais elles peuvent détourner les âmes faibles du christianisme intégral dont l'enseignement se résume en deux mots : aimer Dieu et observer ses commandements. L'auteur lui-même, malgré sa piété et ses intentions, s'expose à énoncer des propositions à sens équivoque et dont le sens premier est faux ^

I. Cette proposition : « Jésus est certainement présent aux âmes », demande une explication. Il est présent par son esprit;

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