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I. Œ. C, VII, p

Fénehn. — C. a2

maître de lui-même, il est cette fois poussé à bout. Il voudrait voir le prince faire quelque aaion d'éclat. Le ij octobre, il écrit : « Monseigneur, quelque grande retenue que je veuille garder le reste de ma vie sur toutes les choses qui ont rapport à vous, pour ne vous commettre januds en rien, je ne puis m'empêcher de prendre la liberté de vous dire encore une fois, par une voie très sûre et très secrète, ce que j'apprends que Ton continue à dire contre votre personne...

« On dit, Monseigneur, qu'encore que vous ayez infiniment écrit à la cour pour vous justifier, vous n*avez jamais rien mandé de clair et de préds pour votre décharge, que vous vous êtes contenté de faire des réponses vagues et superficielles, avec des expressions modestes et dévotes à contre-temps... Ce qui est le plus fâcheux, est qu'un grand nombre d'oASders qui reviennent de Tarmée et qui vont à Paris, ou qui y écrivent, font entendre que les mauvais conseils des gens faibles et timides, que vous écoutez trop, ont ruiné les affaires du roi et ont terni votre réputation. J'entends ces discours répandus partout et j'en ai le cœur déchiré...

« On va jusqu'à rechercher avec une noire malignité lés plus petites circonstances de votre vie, pour leur donner un tour odieux... On se plaint de ce que votre confesseur est trop souvent enfermé avec vous, qu'il se mêle de vous parler de la guerre...

« Le vrai moyen de relever la réputation des aflPaires est que vous montriez une application sans relâche... Votre fermeté patiente pour achever cette

ampagne, forcera le monde à ouvrir les yeux et à vous faire justice^ pourvu qu*on voie que vous prévoyez, que vous projetez^ que vous agissez avec vivacité et hardiesse... Vous devez tenir bon jusqu'à rextrémité dans Tarmée, comme M. le maréchal de Bouffiers dans la citadelle de Lille. Si on ne peut fien faire d'utile et d'honorable jusqu'à la fin de la tampagne^ au moins vous aurez payé de patience> de fermeté et de courage, pour attendre les occasions jusqu'au bout; ...s'il y a quelque chose à espérer, c'est dans le temps où les ennemis seront réduits à se retirer où à prendre des postes dans le pays pour y passer Thiver, Voilà le dénouement de toute la campagne; voilà l'occasion décisive; pourquoi la manqueriez-vous ?

tt Vous devez faire honneur à la piété^ et la rendre respectable dans votre personne. Il faut la justifier aux cririques et aux libertins. Il faut la pratiquer d'une înanièrc simple, douce, noble, forte et convenable à votre rang '„, »

Le 2 s octobre, nouvelle lettre aussi vive, et reçue avec la même douceur : & Le bruit public contre votre conduite croît ao lieu de diminuer », et il énumère encore tous les bruits qu'il entendait ; <c II est amusé, inappliqué, irrésolu ; il mène une vie particulière et obscure ; sa dévotion est faible, timide et scrupuleuse sur des bagatelles. » Prévoyant que la campagne va finir, l'archevêque commence à lui indiquer la conduite à tenir dès son arrivée à Versailles ; « Quand

1, Œ. C, Vil, p. 377,

VOUS arriverez à la cour, plus on vous accusera de faiblesse, plus vous devez montrer par votre procédé, combien vous êtes éloigné de ce caractère en parlant avec force. » Dans une dernière lettre du 17 novembre 1708, Fénelon lui trace toute sa conduite dans ce moment critique avec une franchise extraordinaire que savait comprendre le prince : « Je suis fiché, écrivait le duc de Bourgogne, que Téloignement où je vais me trouver de vous m'empêche aussi de recevoir d'aussi salutaires avis que les vôtres. Continuez-les cependant, je vous en supplie, quand vous en verrez la nécessité, et que vous trouverez des voies absolument sûres. »

La campagne se termina par la reddition de Lille. La frontière était ouverte. La France paraissait près de succomber. Le cruel hiver de 1709 gela les blés dans le Nord, les oliviers dans le Midi. Une horrible famine, les révoltes des provinces poussèrent la détresse à la dernière limite. Tout travail avait cessé, les hôpitaux se remplissaient de malades, le roi était calomnié dans des pamphlets, ses laquais mendiaient aux portes de Versailles, et M"* de Maintenon mangeait du pain d'avoine. Un cri sortait de toutes les bouches : « La paix et du pain. »

A Cambrai, Fénelon donnait du pain ; c'est alors qu'il écrivit aux amis de Versailles ses fameux Mémoires sur la nécessité de la paix.

Devant les souflFrances de son peuple, Louis XTV fit taire son orgueil et envoya Torcy à La Haye demander la paix aux Provinces-Unies. Torcy ne put rien obtenir. Le Triumvirat implacable savourait le

plaisir d'humilier le roi de France. On posa comme ulîimaîum à Louis XTV de rendre TAIsace et Strasbourgs de céder Lille et Toumay, enfin de s'unir à la coalition pour renverser Philippe V. En apprenant ces conditions, le roi justifia, par sa fermeté, le surnom de Grand, Dans une lettre magnifique, adressée aux évêques et aux paroisses, il prit la France à témoin de sa bonne volonté : « J'ai fait voir à TEurope, disaitil, que je désirais la paix ; je suis persuadé que mes peuples refuseraient de la recevoir à des conditions également contraires à la justice et à l'honneur du nom français, » La France répondit à cet appel : le patriotisme et la faim permirent de recruter cent mille hommes. Le roi les confia à Viiiars. L'héroïque défaite de Malplaquet laissait les choses au même point. Louis XIV eut la grandeur de s'humilier de nouveau. Le maréchal d'Uxelleset l'abbé de Polignac se rendirent en Hollande pour implorer la paix. A peine daigna-t-on les écouter. Les Hollandais exigèrent l'engagement du roi d'obliger « avec sts seules forces et dans le terme de deux mois », son petit-fils à céder l'Espagne et les Indes. « S'il faut faire la guerre, s'écria Louis XIV, j'aime mieux la faire à mes ennemis qu'à mes enfants. » Uxelles et Polignac quittèrent la Hollande en protestant, devant l'Europe et devant Dieu, contre des conditions aussi dures. Dieu nous en réservait de meilleures.

La victoire de Villaviciosa venait de sauver l'Espagne. L'empereur Joseph I" mourait, et son successeur, l'archiduc Charles, était le rival de Philippe V dans la succession d'Espagne. L'Angleterre ne pou-

vait permettre à l'empereur Charles VI de réunir à l'héritage autrichien l'héritage espagnol, sous peine de rompre l'équilibre européen. En même temps, lady Marlborough encourait la disgrâce de la reine Anne, et sa chute entraînait celle de son mari. Les tories succédaient aux whigs, le parti de la paix arrivait au pouvoir. Le 8 octobre. Le Baillif signait à Londres les préliminaires de la paix.

Cependant la Hollande, TAutriche et l'Empire continuaient la guerre. Le prince Eugène arrivait sur Paris. Il fallait tenter un suprême effort; Louis XIV manda Villars à Marly pour lui ordonner de livrer bataille, et si l'armée était vaincue : « Je compte, dit le roi, aller à Péronne ou à Saint-Quentin, y ramasser tout ce que j'aurai de troupes, faire un dernier effort avec vous, périr ensemble ou sauver l'État, car je ne consentirai jamais à laisser approcher l'ennemi de ma capitale. » Le vieux lion blessé fit reculer les chasseurs. La victoire de Villars sauva la France. C'était la paix que le canon de Denain annonçait à l'Europe.

Fénelon apprit, au mois d'avril 171 1, comme toute la France, coup sur coup, la nouvelle de la maladie, puis de la mort du fils unique de Louis XTV, « Monseigneur », à l'âge de quarante-quatre ans '. C'était

I. Lire dans les Mémoires de Saint-Simon (V, p. 427 et suiv.)) la peinture de Faspect du palais de Versailles, à Tagonie et à la mort de « Monseigneur ». Ce sont des pages immortelles qu'on se rappelle toujours.

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le coup de théâtre le plus inattendu, la péripétie la plus émouvante qui pût venir troubler la vie de larchevêquede Cambrai. D'un jour à Tautre, tout changeait de face, et le duc de Bourgogne passait au pre* niier rang; encore quelques années, quelques mois peut-être, et le petit prince serait tnaître de ce pouvoir royal auquel il se préparait avec tant de soin. Quelle secousse pour utïe âme aussi passionnée; quel coup du sort ! Les ennemis de T archevêque atterrés se taisaient* Fénelon apercevait la terre promise, il continua son œuvre; Tavenir brillant ne lui causa pas un moment d'éblouissement.

Mais ici nous avons à discuter une question déliate. Nous avons vu, dans la correspondance échangée pendant la guerre de succession d'Espagne, les réprimandes et les conseils que l'archevêque de Cambrai envoyait à son ancien élève. Nous avons remarqué avec quelle hardiesse et quelle franchise il lui reproche sa timidité, son manque de courage, sa piété étroite et trop méticuleuse, son air renfermé. Il a le « cœur déchiré » de ces bruits, un peu justifiés, il feutTavouer, il s'étonne d'entendre pareilles plaintes; il ne reconnaît plus son petit prince. Qui donc avait rendu le duc de Bourgogne ainsi faible et irrésolu f qui donc lui a donné cette piété monacale ? qui l'a rendu incapable de prendre une décision, de donner des ordres ?

Les critiques vont répétant, en se copiant les uns les autres, que Fénelon est Tauteur de ce caractère flegmatique, incapable d'énergie, sans apporter une

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preuve, un texte, la plus petite phrase qui s'accorde avec cette appréciation. Ne pouvant pas trouver le fâcheux direaeur de cette conscience délicate, on le rend responsable des dé&uts, qui le surprenaient luimême si fort dans Télève devenu grand.

« Ce fut un beau temps pour Fénelon que l'année qui sépara les morts des deux dauphins. Cambrai éclipsa Versailles : Fénelon se sentait toucher au but, au ministère. Un vieux roi de soixante-dix ans Ten écartait encore pour quelques jours : il était sûr de son élève. Cet indomptable, cet orgueilleux, ce féroce, il Tavait maté à force de douceur impérieuse et fl^matique, il avait brisé en lui tous les ressorts de la volonté ; il l'avait jeté dans la piété austère, étroite, formaliste '... » — a Elle (l'âme) se rendit enfin, cria grâce; elle était domptée, disons le vrai mot, elle était anéantie *. » Les contemporains, étonnés, ravis du merveilleux résultat de l'éducation du duc de Bourgogne, résultat qu'ils attribuaient avec raison à l'archevêque de Cambrai, le rendirent responsable également de cette faiblesse de caractère. La dévotion du prince, c'était la dévotion de Fénelon. Us ne s'imaginaient pas que c'était précisément la direction opposée que lui envoyait le pieux abbé; ils ne lisaient pas cette belle correspondance qui s'échangeait de l'un à l'autre ; ils n'avaiept pas encore entre les mains ces lettres de direction, si pratiques et si

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