‹ Fénelon directeur de conscience: directeur de conscienceChapitre 196 sur 254 · Saint-Simon, VII. p · texte numérisé non relu

Saint-Simon, VII. p

f LE DUC DE BOURGOGNE 349

monte autant qu'il peut sa timidité naturelle *... Le duc de Beauvilliers n'est pas en état de vous élargir, étant lui-même trop étroit *... Ne vous reposez point sur le bon duc de Beauvilliers pour cultiver le P. P. (Petit Prince), mais faites-le vous-même simplement dans toutes les occasions, et suivant toute l'ouverture que Dieu vous en donnera '. » Dans sa fameuse lettre anonyme à Louis XIV, il ne craignait pas de dire, dans un excès de langage qui ne peut se comprendre que si Ton ne voit dans cet écrit qu'un simple projet : « Votre conseil n'a ni force ni vigueur pour le bien. Du moins M°* de M. et M. le duc de B. devraient-ils se servir de votre confiance en eux pour vous détromper, mais leur faiblesse et leur timidité les déshonorent et scandalisent tout le monde *. »

n semble que nous venons de redire les défauts, tant reprochés au duc de Bourgogne ; si Ton songe que le duc de Beauvilliers et le prince ne se quittèrent jamais, on comprendra que la conduite de celui-ci ne pouvait guère diflFérer des manières et des habitudes de celui-là.

Beauvilliers s'éloignait rarement de la cour. Le duc de Bourgogne encore moins. Us étaient journellement en contact. Quand Fénelon eut quitté Versailles, le « bon duc » devint le conseiller du prince.

M. le marquis de Vogué a découvert au château de Saint-Aignan une partie de la correspondance de

I. Œ. C, VII, p. 289. Lettre de Chevreuse à Fénelon. — 2. Ibid,, p. 226. Lettre de Fénelon à Chevreuse. — 3. Ibid^, p. 292. — 4. Ibid,, p. 513.

Louis de France avec le duc de Beauvilliers ^ Ces lettres témoignent de l'influence qu'avait prise le vieux gouverneur sur le duc de Bourgogne. Le bon duc a remplacé Fénelon, il est devenu le direaeur de conscience du petit prince, il Ta façonné à son image, il Ta rendu tel que l'archevêque de Cambrai ne reconnaîtra pas ses enseignements et les conseils de jadis.

Le 9 juin 1702, veille de bataille, le duc de Bourgogne écrit à Beauvilliers qu'il s'est préparé au combat « en bon chrétien » ; il prie Dieu d'écarter de sa pensée les tentations d'orgueil, et il compte sur la force d'en haut pour soutenir « sa bonne volonté ».

La campagne de 1703 va bientôt finir, il lui éait sa joie de revoir la jeune duchesse de Bourgogne, qu'il aimait passionnément. Il dissimulait cette impatience au public, mais la laissait voir au confident de ses pensées :

« Je prie Dieu et vous le denaande aussi qu'il me préserve des grandes dissipations, et de l'attache excessive aux créatures auxquelles je vais apparemment être exposé et dont je sens déjà les commencements *. »

Après la défaite d'Oudenarde, les armées françaises suivirent l'ennemi auprès de Lille : « Nous marchons aux ennemis demain, et, dès que vous aurez reçu cette lettre, il faut redoubler les prières... L'ar-

1. Le duc de Bourgogne et le duc de Beauvilliers. Lettres inédites (1700- 1708), par le marquis de Vogué. Paris, Pion, in-S,

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