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Lettre du 17 septembre

mée est belle et d'une volonté merveilleuse, mais, Dieu merci, je ne mets ma confiance qu'en Lui, qui ■1 permis, pour cela même, notre premier échec* Quoique je sois bien infidèle à Dieu, j'espère cependant^ et me prépare du mieux que je puis, à ce temps qui sera fort sérieux et le dernier pour bien des gens..* Je me remets de tout à Dieu,.., il fera ce qu'il lui plaira '. »

Voilà donc la transformation opérée par Beauviliiers, depuis le départ définitif de Fénelon. Avec de semblables dispositions, un naturel à tout exagérer, des avis d'un homme étroit, timide, timoré, scrupuleux même, personne ne s'étonnera de la conduite critiquable du jeune prince dans les campagnes de Flandre ^.

Il ne fallut rien moins que l'énergie, la vivacité extrême, les avertissements sévères, les reproches sanglants de l'archevêque pour sortir le jeune duc de cet embarras enfantin et pour le montrer digne de l'éducation première qu'il avait reçue, digne des efforts du savant directeur pour former un roi.

Après avoir pleuré « Monseigneur » dans une lettre grave et sincère, adressée au nouveau dauphin \ Fénelon comprit que le moment était venu d'agir et de parler. Les conseils sont plus fermes que jamais; le prince doit maintenant se montrer, décider par lui-même, sortir des minuties de la dévotion pour montrer au monde un chrétien au cœur large

I. Lettre du 2 septembre 1708. — 2. Cf. d'Haussonville, La Duchesse de Bourgogne, 1898. Calmann-Lévy, p. 473. 3. Œ. C, VII, p. 341.

et simple : « Le P. P. (duc de Bourgogne) doit prendre sur lui plus que jamais pour paraître ouvert, prévenant, accessible et sociable. H faut qu'il détrompe le public sur les scrupules qu'on lui impute, qu'il soit régulier en son particulier, et qu'il ne fesse point craindre à la cour une réforme sévère, dont le monde n'est pas capable, et qu'il ne Ëiudrait même mener qu'insensiblement, si elle était possible.... Une doit dire que ce qu'on peut porter. D 6ut avoir préparé le cœur, avant de dire les vérités pénibles auxquelles on n'est pas accoutumé. Au reste, point de puérilités, ni de minuties en dévotion. On apprend plus pour gouverner, en étudiant les hommes, qu'en étudiant les livres '. »

Les recommandations étaient devenues inutiles. Le jeune héritier du trône, dégagé de la gêne que lui imposait la défiance non dissimulée de son père, sortit enfin de sa réserve ordinaire, et tout le monde fut étonné de voir un homme d'une vertu si rigoureuse, qu'on s'était plu à représenter comme enfoui dans une dévotion morose, déployer envers tous un mélange de dignité et de bienveillance, et tenir son rang sans hauteur ni faste. Ce fut pour la cour attristée de Louis XIV un spectacle auquel elle n'était pas habituée. Il faut lire dans Saint-Simon * le récit de cette merveilleuse transformation; jamais sa plume ne fut plus abondante.

La foudre éclata tout à coup dans cette brillante et

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