Saint-Simon, VI, p, 92 etsuîv
sereine aurore. Le 12 février 1712, la duchesse de Bourgogne meurt, le duc de Bourgogne succombe le 18; leur fils aîné les suit de près* L'édifice s'écroule, le rêve s'évanouit. La consternation publique ne peut plus se décrire '. La mort, l'implacable mort enlève ainsi dans sa fleur le jeune homme devenu le dernier appui du grand roi qui penchait aussi vers la tombe. « Tous mes liens sont rompus,., rien ne m'attache plus à la terre n, s*écrie Fénelon en apprenant la fatale nouvelle, et il se tut pendant quelques jours... Perdre ainsi celui à qui il avait^ depuis près de vingt-cinq ans, consacré tous ses soins, celui en qui il avait déposé les trésors de son âme et de son cœurj c'était perdre la meilleure partie de lui-même, c'était mourir par avance. Une fois de plus, tout disparaissait pour Fénelon. Ce futj comme il le dit, le coup qui acheva de le faire mourir à lui-mêmej qui mit le sceau à cette œuvre du détachement chrétien à laquelle il travaillait si sincèrement depuis tant d années, mais que la main de Dieu seul peut porter à sa perfection.
Après quelque? jours de silence, il écrivit au duc de Chevreuse cette belle lettre où se retrouve déjà l'indomptable énergie de son ime. C'est une lettre politique;, mais rien ne fait plus d'honneur à Fénelon que cet oubli de sa propre douleur pour ne penser qu'au malheur de l'État, Il avait personnellement tout perdu, mais la France, elle aussi, avait fait une perte irréparable et c'est à elle seule qu'il peose :
1 . Une dans Saint-Simoo les rêflesdons du célèbre hisioriea sur cette mort terrible, VI (139-250).
FèmUm. — C. .^^
« Hélas ! mon bon duc. Dieu nous a ôté toute notre espérance pour l'Église et pour l'État. Il a formé ce jeune prince, il l'a orné, il l'a préparé pour les plus grands biens : il l'a montré au monde, et aussitôt il l'a détruit. Je suis saisi d'horreur, et malade de saisissement sans maladie. En pleurant le prince mort qui me déchire le cœur, je suis alarmé pour les vivants. Ma tendresse m'alarme pour vous et pour le bon (duc de Beauvilliers), De plus je crains pour le roi ; sa conservation est infiniment importante...
« De plus, le roi est malheureusement trop igé pour pouvoir compter qu'il verra son successeur en âge de gouverner d'abord après lui. Quand même on serait assez heureux pour éviter une minorité selon la loi, c'est-à-dire au-dessous de quatorze ans, il serait impossible d'éviter une minorité réelle, où un enfant ne fait que prêter son nom au plus fort '.... »
Si une chose put adoucir la douleur de Féneloo, ce fut le récit des derniers moments du jeune prince: « Les contemporains gardèrent, en eflFet, le souvenir de l'admirable spectacle, qu'oflFrit à la cour de Louis XIV cette agonie d'un homme, frappé au milieu de la jeunesse et de toute la force de la vie, mourant sans un regret, joyeux même de la joie du chrétien. L'impression, produite par cette mort si douce et si courageuse, fut assez profonde pour qu'elle restât contre-signée dans tous les Mémoires