‹ Fénelon directeur de conscience: directeur de conscienceChapitre 208 sur 254 · Ibid., p. 287. Lettre du 4 avril · texte numérisé non relu

Ibid., p. 287. Lettre du 4 avril

pendant ces luttes intérieures. Quelques mois auparavant, alors qu'il venait d*être nommé maréchal de camp, il sauva les débris de l'armée par son courage et sa présence d'esprit. Les chrétiens sans reproche sont des soldats sans peur,

La guerre se faisait terrible sur la frontière du nord, Vendôme, incapable de ramener la fortune dans nos rangSj presque heureux de compromettre le duc de Bourgogne, venait d'être battu à Oudenarde. L'étoile de Louis XIV pâlissait toujours. La retraite fiât ordonnée, quand les officiers généraux de la droite et ceux de la maison du roi furent environnés par les ennemis*

Le vidame d*Amiens, silencieux à cause de son âge, voyant les officiers incertains sur la retraite^ les exhorta à le suivre, et se tournant vers les chevaulégers de la garde dont il était capitaine : « Marche à moi! ja leur dit-il; et, les entraînant, il perça à leur tête une ligne de cavalerie ennemie et une autre d'infanterie dont il essuya tout le feu, mais qui s'ouvrit pour lui donner passage '.

Nous n'avons pas la lettre de Fénelon le félicitant de ce glorieux fait d'armes. Le pieux archevêque n'aimait rien tant que Taction ; sa direction n'avait rien d'incompatible avec la vie des camps. De quelle douce joie ne dut^l pas tressaillir en apprenant que son élève spirituel s'était conduit en héros !

Dès les premières années, Fénelon Tavait engagé dans la voie véritable : « Ne craignez point les enne-

î, Saint-Simon, IV, p. 177.

mis qui se déchaînent. Leurs discours n'ont rien que de méprisable; méprisez-les : ils vous estimeront bientôt. Soyez simple et vrai ; doux, modéré, commode, appliqué à tous vos devoirs, réservé pour l'essentiel, sans aflPectation ; chacun se taira bientôt et vous fera justice '... Soyez gai, lui écrit-il plus tard, commode, compatissant aux défauts d'autrui et appliqué à corriger les vôtres, sans vous flatter et sans vous impatienter dans ce travail qui recommence tous les jours. Faites honneur à la piété en montrant qu'on peut la rendre aimable dans tous les emplois *. »

Le vidame avait suivi les conseils du maître : mais il ne comprenait pas les épreuves de la vie spirituelle. Il s'en prend à lui-même, il va devenir malheureux. Fénelon le reprend doucement et lui dit cette bonne parole, qu'il suffit de vouloir aimer : « Pour vos exercices de piété, je ne vois que deux choses : Tune est de souffrir en paix l'ennui, la sécheresse et la distraction, quand Dieu l'envoie : alors elle fait plus de bien que toutes les lumières, les goûts et les sentiments de ferveur; l'autre est de ne se procurer jamais par infidélité cette espèce de distraction ^ » D l'encourage à détendre son âme par des amusements mesurés. Les néophytes sont exposés à méconnaître le vrai caractère de la piété, à passer de l'extrême liberté à l'extrême rigueur. Il lui demande de

I. Œ. C, VII, p. 247. Lettre du 16 juin 1701. — 2. Ibid., p. 301. Lettre du 19 décembre 1709.

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