‹ Fénelon directeur de conscience: directeur de conscienceChapitre 21 sur 254 · Lettre · texte numérisé non relu

Lettre

î. Lettre 126*

4, Lettres 127^ 164, 178, 181, 18^^ etc^.

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Fénelon, rami et l'enfant de Saint-Sulpice, avait reçu de son maître Tronson les ouvrages de M. Olîer; il trouva dans ces pages un aliment à sa piété. Telle lettre sur le pur amour ' et telle autre sur Tétat de sécheresse préféré à l'état de consolation ^, ont dû impressionner vivement la jeune âme du pieux séminariste. Qui sait si l'archevêque de Cambrai n'a pas trouvé à Saint-Sulpice même le principe de ses plus belles pensées sur l'amour de Dieu?

Saint Vincent de Paul est surtout connu et glorifié par les merveilles de sa charité; mais son influence sur les esprits du xvn^ siècle est considérable.

Vincent de Paul fonda les retraites destinées à préparer les jeunes gens qui allaient recevoir la prêtrise. Nous connaissons l'état du clergé à cette époque, et certes^ le défaut de préparation à la vie ecclésiastique n'était pas sans influence sur cet humiliant abaissement. L'heure était critique. A la première retraite, prèchée à Beauvais, Vincent de Paul exposa le décalogue avec tant de clarté et d'onction, que ses auditeurs, ravis et touchés, lui firent leur confession générale. Le bruit de ces prodiges vint à Paris, et Tarchevêque Gondi ordonna que tous les aspirants aux ordres sacrés feraient une retraite de dix jours. Vincent ouvrit des retraites régulières. Il se dépensait beaucoup; il donnait à « Messieurs les Ordinands »

r. Lettres 146, 142.

a. Lettres 136, 138.

LA DÎÎLECTIOK AU XV IP SlfeCLE 2^

des marques de la plus grande bienveillance; il prêchait tous les soirs et son cœur parlait ce langage suave et délicieux qui captive et persuade.

Toute l'élite du clergé de France passa par les retraites de Saint-Lazare : M. Olier, M. de Rancé, le cardinal de La Rochefoucauld, le grand Bossuet. Tous ces hommes éminents gardèrent de ces réunions un ineflfaçable souvenir : « Dès notre jeunesse, dira plus tard Bossuet au pape Clément XI, nous fîmes connaissance du vénérable prêtre Vincent de Paul, et c'est dans ses pieux discours que nous avons puisé les vrais principes de la piété chrétienne. » La simplicité, « l'admirable simplicité » de M. Vincent frappa surtout Bossuet. Qui sait si ces exhortations du saint prêtre à la simplicité du discours de la chaire ne donnèrent pas au jeune Bossuet cette confiance en la puissance de la seule parole de Dieu, confiance qui allait lui faire réformer l'éloquence française ' ?

Il fallait rendre durable le bien de ces réunions. Un jeune homme, M. Olier, croit-on, bien que le fait soit controversé, demanda à M. Vincent s'il ne croyait pas qu'il fût bon de réunir à Saint-Lazare, une fois par semaine, ceux qui voudraient, après leur ordination, trouver un encouragement et un appui dans leurs désirs de perfection.

Ainsi naquirent ces conférences célèbres sous le nom de Conférences du Mardi, dont la première se tint à Saint-Lazare le 25 juin 1633. « Nous fûmes

I. Cf. Lanson, Histoire de la littérature française. Paris, Hachette, 1895, p. 558.

associés, dit encore Bossuet, à cette compagnie de pieux ecclésiastiques qui s'assemblaient chaque semaine pour traiter ensemble des choses de Dieu. Vincent en fut Tauteur, il en était l'âme; quand, avides, nous écoutions sa parole, pas un qui n'y sentît l'accomplissement du mot de l'apôtre : Si quelqu'un parie, que sa parole soit comme de Dieu. »

Richelieu fit appeler Vincent de Paul, l'encouragea et lui promit son appui. Le cardinal lui demanda le nom de ceux de sa Conférence qu'il jugeait les plus dignes de l'épiscopat. Louis XIII continua à prendre sur cette grave question les mêmes avis. L'Église de France commença d'avoir des évêques dignes et respectés, un peu flatteurs du pouvoir, mais théologiens consonimés et honnêtes. Les prêtres, mieux formés à leurs devoirs, apprirent à mener dans leurs paroisses une vie chrétienne et à conduire les fidèles dans les voies de la perfection.

La France devenait plus belle.

Vincent de Paul, après avoir paré aux obligations les plus graves par les retraites et les conférences du mardi pour les prêtres, n'oublia pas les laïques. Il commença les retraites spirituelles. Le saint prêtre comprit Timportance, dans un État chrétien, d'un groupe d'hommes instruits de leur religion et formés i la piété. Le xvii* siècle fut une époque de foi et de vif sentiment religieux; mais qui a créé ce mouvement? qui a pris les moyens de régénérer l'esprit français et chrétien, égaré dans le paganisme du xvi'^ siècle et dans le sensualisme de la Renaissance ? La seconde génération de ce xvii* siècle si chrétien

LA DIRECTION AU XVJI* SïèCLE 2$

ne fut que rhéritière de ces premiers hommes qui secouèrent^ de 1600 à 1630^ la poussière des guerres dviles et changèrent de cœur en même temps que de vie.

Vincent de Paul se donna à Tœuvre des retraites spirituelles avec son dévouement habituel : « Vexercitant^ dit-îîj sera reçu avec une s\m^\\cité culombim : on ne lui imposera ni méthode particulière, ni vues propres, on ne cherchera qu'une chose^ à le ramener tout à Dieu, en se conformant à son caractère, à sa situation, à son passé. » Quelle sagesse! de la bonté, point de méthode a priori^ suivre le caractère de Yextrdtant. D'autres se mettront Tesprit à la torture pour inventer des méthodes de direction, et i]s arriveront à ne plus diriger, mais à contraindre, à violenter, à détruire la personnalité de Tindividu.

Ces retraites prirent une proportion extraordinaire. Toutes les classes, si tranchées à cette époque, se coudoyaient : clercs et laïques, grands seigneurs et mendiants, magistrats et ouvriers. Il venait huit cents personnes par an à Saint-Lazare, soit plus de vingt mille pendant les vingt-cinq dernières années de Vincent de Paul. Ces retraites contribuèrent sans bruit, peut-être plus efficacement que bien d'autres pratiques plus éclatantes, à donner au caractère chrétien de cet âge cette solidité et cette force grave, qui font notre admiration et un peu notre envie '*

Vincent de Paul créa, en 163 J? le séminaire interne

I. BrogLic (EmmÂtiuel de). Stihii VtncaU <k TauL Paris, UcoSire, 189»,

de Saint-Lazare, pour le recrutement du clergé destiné aux missions des campagnes. Les allocutions, les avisj qu'il adressait à ses séminaristes, mériteraient plus que le silence pieux qu'on leur réserve, tant y circulent la chaleur et l'amour apostolique des âmes. La formation religieuse l'emportait à ses yeux sur Tétude et la science; mais en songeant à l'état du clergé des campagnes, Vincent allait au plus pressant besoin; il fallait relever le niveau moral du clergé et donner aux troupeaux, encore dociles, des pasteurs fidèles.

Le séminaire de la Mission servit de modèle à Vincent de Paul pour développer l'institution si utile des séminaires. Appelé en 1641 à Annecy pour établir une maison de ce genre, il s'aperçut qu'il fallait séparer les jeunes gens qui se préparaient à la prêtrise et les enfants qui commencent leur éducation ; rentré à Paris, il conserva les premiers aux Bons- Enfants et les seconds furent placés au bout de l'enclos de Saint-Lazare; ce fut le séminaire de Saint- Charles.

C'est en 1642 que Vincent de Paul prenait cette initiative, et c'est en 1642 que M. Olier fondait la Société des prêtres de Saint-Sulpice : coïncidence où il est difficile de ne pas voir une volonté providentielle* Il nous paraît oiseux de chercher qui, de M. Vincent ou de M. Olier, a été le premier fondateur des grands séminaires. Ni M. Olier qui disait à ses confrères « M. Vincent est notre Père », ni M. Vincent qui appelait M. Olier « un homme de Dieu » ne nous permettraient cette inutile contesta-

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