‹ Fénelon directeur de conscience: directeur de conscienceChapitre 211 sur 254 · Œ. c, VII, p. 369. Lettre du 4 janvier · texte numérisé non relu

Œ. c, VII, p. 369. Lettre du 4 janvier

Féiielon lui envoie des conseils pratiques, pour donfier un peu de liberté à cette âme inquiète. Langage mâle et sûr, qui tonnait aux oreilles du duc et frappait son esprit : « Retranchez-vous les menus détails, pour abréger ec pour remplir les grands devoirs de votre état? Coupez-vous court? prenez- vous les affaires par ie gros ? aI!e2-vous droit à la racine pour finir? \.. J'ai comprisj par votre lettre^ que vous vous noyez toujours dans vos paperasses et que votre vie se passe en menus détails, Cest manquer à votre vocation, négliger vos principaux devoirs, abandonner les btenséancesj vous dégrader dans le monde et à k cour, vous mettre hors de portée des grâces dont vous avez besoin^ vous exposer à être sans appui dans des temps de trouble où les cabales ne manqueront pas de culbuter tout homme en place^ sans crédit. De plus, vous usez à pure perte votre santé. Que n'apprenez-vous à vous faire soulager ? Pourquoi ne vous accoutumez -vous pas à donner les détails à des gens subordonnés?^ a

Fénelon soutint toujours^ avec le même zèle et le même bon sens pratique, les efforts du duc de Chaulnes, devenu son ami. Il profitait de toutes les occasions j pour Tentretenir de la soumission à Dieu, de l'humilitéj de la correction de ses défauts. Accablé de douleur par la mort du duc de Bour-gogne, il épanchait sa tristesse dans le cœur de son nouveau confident; les larmes donnaient de Tonc-

1. Œ. C, VII, p. 585. —2. Ihid., p. 385. Cf. aussi îhid., P' 387.

lion i ses derniers conseils : « Je ne puis, mon bon et cher duc, résister à la volonté de Dieu qui nous écrase. Il sait ce que je souffre; mais, enfin, c'est sa main qui frappe et nous le méritons. Il n'y a qu'à se détacher du monde et de soi-même, il n'y a qu à s'abandonner sans réserve aux desseins de Dieu '. i» Dix jours avant sa mort, Fénelon lui envoyait encore, de sa main défaillante, une longue lettre. C'étaient les mêmes avis cent fois répétés : « Tournez-vous contre vous-même, faites des efforts constants et soutenus... Heureux l'homme qui se fie à Dieu et non à soi!... Que ne donnerais-je point, pour vous voir un nouvel homme!... Vous le pouvez, vous le devez; vous en répondrez au Maître. » Il pouvait mourir en paix; ses conseils avaient changé cette âme, avide de perfection.

Ne nous étonnons pas de ces exhortations perpétuelles et de ces reproches incessants. Le duc de Chaulnes, converti par Fénelon, monte peu à peu dans le chemin de la perfection, guidé par un maître éminent; mais le cœur du juste n'est jamais satis&it ici-bas; et sans compter sur la Êiiblesse humaine et sur les exigences d'une conscience délicate, nous savons, par expérience, que l'homme lutte continuellement, et que la paix de l'âme ne sera complète que dans un monde meilleur.

La mort de Fénelon scella l'alliance du cœur du duc avec le cœur du Christ.

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