‹ Fénelon directeur de conscience: directeur de conscienceChapitre 212 sur 254 · CHAPITRE n · texte numérisé non relu

CHAPITRE n

M"** la comtesse de Gramont, née Hamiltoa % nous rappelle le piquant écrivain dont elle était la sœur. Amenée jeune en France par ses parents pen^ dant les troubles civils de son pays, elle fut élevée au monastère de Port-Royal des Champs. A h diflPérence du duc de Chevreuse qui n'avait presque rien gardé de son éducation janséniste, M"* de Gramont cpnserva, à travers les égarements de la jeunesse, un souvenir vivant des années d'enfance, et jamais « la faveur ni le danger de la perdre » ne l'ont pu détacher de Port-Royal. Une anecdote, rapportée par Saint-Simon, nous initie à ce sentiment qu'elle portait vivace dans le cœur, en même temps qu'à la simation qu'elle tenait à la cour :

« Le roi, qui passait toujours à Versailles l'octave du Saint-Sacrement, à cause des deux processions et des saints, allait aussi toujours à Marly après le salut de l'octave. Il découvrit cette année (1699) que la comtesse de Gramont avait été passer quelques jours de cette octave à Port-Royal des Champs^ où elle avait été élevée, et pour lequel elle avait conservé beaucoup d'attachement. C'était un crime qui, pour toute autre, aurait été irrémissible; mais le roi avait

I. Voir dans Saint-Simon, IV, p. 140, la géné^ogie de cette grande famille d'Ecosse.

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personnellement pour elle une vraie considération et une amitié qui déplaisait fort à M"»* de Maintenon, mais qu'elle n avait jamais pu rompre, et qu'elle souflFniit parce qu'elle ne pouvait faire autrement. Elle ne laissait pas de lui montrer souvent sa jalousie par des traits d'humeur, quoique mesurés, et la comtesse, qui était fort haute, et en avait tout l'air et le maintien avec une grande mine, des restes de beauté, et plus d'esprit et de grâce qu'aucune femme de la cour, ne se donnait pas la peine de les ramasser, et montrait de son côté à M°** de Maintenon, par son peu d'empressement pour elle, qu'elle ne lui rendait le peu qu'elle faisait que par respect pour le goût du roi. Ce voyage donc, que M"* de Maintenon tâcha de mettre à profit, ne mit la comtesse qu'en pénitence, non en disgrâce. Elle, qui était toujours de tous les voyages de Marly, et partout où le roi allait, n'en fut point celui-ci. Ce fut une nouvelle. Elle en rit tout bas avec ses amis. Mais d'ailleurs elle garda le silence et s'en alla à Paris. Deux jours après, elle écrivit au roi par son mari, qui avait liberté d'aller à Marly, mais elle n'écrivit ni ne fit rien dire à M°* de Maintenon. Le roi dit au comte de Gramont, qui cherchait à justifier sa femme, qu'elle n'avait pu ignorer ce qu'il pensait d'une maison toute janséniste, qui est une secte qu'il avait em horreur. Fort peu après le retour à Versailles, la comtesse de Gramont y arriva, et vit le roi en particulier chez M°*® de Maintenon. Il la gronda, elle promit qu'elle n'irait plus à Port-Royal, sans toutefois l'abjurer le moins du monde; ils se raccom-

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modèrent^ et au grand déplaisir de M"** de Maintenon, il n'y parut plus \ n

• M"'* de Gramont avait alors cinquante^huit ans; elle revint en effets depuis le départ de Fénelon pour Cambraij à ses préférences jansénistes, car il semble bien qu'elle se tint dans de justes limites tant qu'elle demeura sous la direction du pieux abbé. Dame du palais de lâ reine^ le roi avait goûté son esprit, qui ajoutait les derniers charmes à sa beauté naturellej elle i( avait Tair d'une reine », dit Saint-Simon, qui nous tranquillise un peu par ces paroles : a C'était une femme qui avait eu des galanteries, mais qui navait pas laissé de se respecter, et qui, ayant bec et ongles, Tétait fort à la cour^ et jusque par les ministres, qu'elle cultivait même très peu ^. »

Cest vers Tâge de quarante -cinq ans que la comtesse de Gramont commença de se confier à Fénelon. L'abbé était alors aux Nouvelles Catholiques, et il faut croire que sa réputation de bon conseiller ivait dépassé les limites du petit cercle Beauvilliers et Chevreuse, où il avait ses grandes et ses petites entrées. Pendant onze ans (1686-1697), il soutint les efforts de cette femme, dont Téducation première avait été soignée, que la cour avait quelque peu dis* sipée et qui voulut un jour se ressaisir; il semble bien que les résultats furent heureux et que Fénelon contribua à l'assagir et à fixer sérieusement dans son esprit de sérieuses idées chrétiennes.

Le changement ne fut pas miraculeux; qui s'en

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