I. Œ. C, VIII, p. S
de critique et de moquerie marque une âme pleine d'elle-même, qui ne sent point ses misères et qui se livre à sa délicatesse, qui met tout son plaisir dans le mal d'autrui... On est bien imparÊiit, quand on supporte si impatiemment les imperfections du prochain. A tant de maux, je ne vois de remède que l'espérance en Dieu, qui est aussi bon et aussi puissant que vous êtes faible et mauvaise * . »
Cependant, M"'* de Gramont, se mettant à l'œuvre avec toute la volonté énergique d'une femme forte, tend à dépasser la limite du bien. Elle en arrive à se tourmenter inutilement; doit-elle restera la cour? peut-elle se sanctifier dans un tel milieu ? Fénelon lui écrit des lettres admirables de bon sens. Le salut « est l'ouvrage de tous les jours », et il faut le faire dans « l'état où la Providence nous a mis ». Le royaume de Dieu est au dedans de nous. Le souvenir de sa vie passée vient agiter cette âme encore timide et que la confiance dans un Dieu bon et miséricordieux n'a pas encore calmée. Rien n'est si digne de la miséricorde de Dieu, qu'une «grande misère »... « H faut
I. Œ. C, VIII, p. 599. — II écrira la même idée à la duchesse douairière de Mortemart (11 cet. 1710) : « C'est par imperfection qu'on reprend les imparfaits. C'est un amour-propre subtil et pénétrant qui ne pardonne rien à Tamour-propre d'autrui. Plus il est amour-propre, plus il est sévère censeur. Il n'y a rien de si choquant que les travers d'un amour-propre, à un autre amour-propre délicat et hautain. Les passions d'autrui paraissent infiniment ridicules et insupportables à quiconque est livré aux siennes. » Cf. La Rochefoucauld, même pensée : « Si nous n'avions point d'orgueil, nous ne nous plaindrions pas de celui des autres. » Maxime xxxiv. Édition Gamier, p. 16.
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remarquer que rintégrité des confessions passées consiste^ non à n'avoir rien omis de ses fautes, mais seulement à s'être accusé ingénument de toutes celles qu'on connaissait alors '. »
Elle rêve une vie incompatible avec son existence quotidienne, des pénitences impossibles pour le moment présent. Fénelon la reprend doucement; rien n'est plus beau que ce dialogue. Vous voudriez la liberté pour prier Dieu^ et Dieu qui sait mieux ce qu'il vous faut que vous-même, vous donoe de rembarras et de la sujétion pour vous mortifier. La mortification, qui vient de Tordre de Dieu, vous sera plus utile que la douceur de la prière qui serait de votre choix et de votre goût,,* Aîmcr, se taire, souftiTj agir contre son goût, pour accomplir la volonté de Dieu en s'accommodant à celle du prochain^ voilà. Madame, votre partage. Trop heureuse de porter la croix que Dieu vous donne de ses propres mains dans le cours de sa providence ! Les pénitences que nous choisissons, ou que nous acceptons quand on nous les impose, ne font point mourir notre amour-proprcj comme celles que Dieu nous distribue lui-même chaque jour *. » Il répète souvent la même pensée; c'est une des erreurs les plus communes et les plus trompeuses que le choix d'une forte pénitence est préférable à ces mille petits ennuis de la vie^ et nous est plus profitable. On voit des femmes porter le cilice et montrer une humeur chagrine dans leur