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I. Œ. C, vm, p

MADAME DE GRÂMONT 385

réputation, ni de succès... Prenez-laj laîssez-la^ elle est toujours la même* iiLa comtesse avait devant elle un beau tableauj elle n'avait qu'à Timiter. Il n'y a rien dans ces lettres qui ne paraisse excéder ce que k bon sens délicat du directeur chrétien le plus éclairé peut conseiller et prescrire.

Les mortifications de divers genres ne manquaient point à M""^ de Gramont ' ; ce qui la toucha le plus intimement fut une peine plus secrèce qui frappait la personne et la beauté. Elle n'était plus jeune, elle n'était plus belle. Elle le disait, sans doute, mais elle avait encore de beaux restes et elle en jouissait encore tout bas, comme un vaincu généreux qui sait se faire respecter m6me en se retirant. Or^ voilà qu'une disgrâce terrible vient la saisir au front; son visage se couvre de rougeurs : des dartres (puisqu'il faut les appeler par leur nom) viennent l'éprouver : a Dieu vous a donné, lui disait Fénelon, une rude croix par le mal que vous souffrez. Il est opiniâtre^ il est douloureux j outre les douleurs du mal, vous ave^ celles des remèdes. Mais la douleur n'est pas ce qui vous fait le plus dé peine : vous êtes courageuse et dure contre vous-même pour souffrir patiemment; mais Dieu vous a prise par un autre endroit plus sensible qui est votre faible^ il attaque votre délicatesse et votre propreté. Vous qui êtes d'un goût si exquis et si dédaigneiLx, vous êtes réduite à être

t . Ses frères, qui étaient de F expédition d'Irlande et du parti de Jacques II, échouèrent en quelque occasion particulière et furent blâmés à Saint-Germain, Fine Ion lui envoya de beUes Lettres sur les croix. Œ* C, VIII, pp. 60 ij êû2, 6ûj.

Féntlon. — C. ji;

dégoûtée de vous-même '. » Chaque fois qu'il revient sur ce point pénible, Fénelon a soin de montrer combien l'épreuve est bien choisie, combien l'espèce de mal est appropriée à cette fine et fière nature, bien faite pour en ressentir l'affront. H ne manque pas d'ajouter que « la lèpre de l'orgueil, de l'amourproprc et de toutes les autres passions de l'esprit, si nous n'étions point aveugles, nous paraîtrait bien plus horrible et plus contagieuse *... Les choses qui nous accablent et qui confondent notre orgueil nous font encore plus de bien que celles qui nous recueillent et qui nous animent. Vous avez plus de besoin qu'un autre d'être abattue, comme saint Paul aux portes de Damas, et de ne trouver plus de ressource en vous-même. Plus la plaie est profonde, plus il faut que l'incision soit grande et douloureuse 5. »

C'est par ces fortes paroles que Fénelon guidait les femmes de la cour de Louis XTV. L'onction adoucissait la rudesse de cette parole. H fallait cependant que la comtesse de Gramont fût d'un haut caractère pour entendre ces belles, mais austères exhortations : « Réjouissons-nous donc, lorsque notre Père céleste nous éprouve ici-bas par diverses tentations intérieures et extérieures ; qu'il nous rend tout contraire au dehors et tout douloureux au dedans. Réjouissonsnous, car c'est par de telles douleurs que notre foi, plus précieuse que l'or, est purifiée... Qui sommes-

1. Œ. C, VIII, p. 605. — 2. Ibid.y p. 607, — 3. Ibid., p. 609.

nous pour lui dire : Par quel motif faites- vous cela ? Il est le Seigneur et cela suffit : il est le Seigneur, qu'il fasse tout ce qui est bon à ses yeux. Qu'il élève ou qu'il abaisse ; qu'il frappe ou qu'il console ; qu*il brise ou qu^il guérisse toutes les blessures ; qu'il donne la mort ou la vie, il est toujours le Seigneur ; nous ne sommes que Touvrage, et par conséquent le jouet de ses mains ', ^

M""* de Gramont écoutait avec courage cette parole de moraliste chrétien qui ne sait point farder la vérité; elle trouvait même qu'il ne lui parlait pas assez souvent; elle s'en plaignait et semblait croire que de plus heureux qu'elle occupaient ses soins. Il s'en défendait : « Ce n'est pas moi. Madame, qui suis difficile à voir, c'est vous. Souvenez-vous-en bien, et n'allez plus gronder contre les gens qui me gardent comme une relique. >ï II était bon au point de ne laisser jamais un soupçon sans Téclaircir.

L'affection de M"''' de Gramont suivit Fénelon dans sa disgrâce. II lui écrivait de Cambrai, le 12 septembre 1697 : a Jugez si ma sensibilité diminuera, lorsque vous redoublez si obligeamment vos attetitions dans les circonstances où le reste du monde manque de mémoire. » Le silence se fit, le roi veillait ; mais la femme forte n'oublia pas les derniers avis de celui qu'elle avait pris pour guide : « Je me contente de vous souhaiter un cœur abaissé sous la main de Dieu et adouci pour le prochain, un esprit simple comme la colombe et prudent comme le ser-

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