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mais atteinte d'une maladie que les auteurs spirituels ont souvent et longtemps décrite, maladie terrible qui jette le trouble dans Tâme, la tristesse dans la vie et détruit tout ressort d'activité physique : le scrupule. Qui avait réduit cette conscience à cet eut d'inquiétude continuelle ? Éprise de la plus sublime perfeaion, personne ne lui avait appris, dès le début de la vie chrétienne, que l'homme ici-bas attaché à la terre doit supporter les infirmités de la vie, que l'âme ressent le voisinage du corps, que le chrétien, dont les désirs sont si beaux et les élans si magnifiques, doit compter avec les impérieuses et inéluctables imperfections de l'être humain; personne n'avait proposé de remèdes, tandis qu'il était temps encore. Quand Fénelon prit la direction de M°** de Montberon, la maladie était devenue incurable. Tout au moins montra-t-il encore, et dans cette occasion plus qu^ailleurs, ses brillantes qualités de directeur ; jamais moraliste ne découvrit mieux les causes cachées de cette agitation de l'âme, n'appliqua mieux les palliatifs, seule ressource des cas désespérés ; jamais prêtre ne déploya plus de patience, plus de condescendance envers une âme timorée et pusillanime. H y a jusqu'à deux ou trois billets, datés du même jour.

Elle ne savait pas garder une juste mesure dans le service de Dieu : elle eût volontiers pris sur son sommeil pour augmenter son temps d'oraison.

« Dormez autant que vous pourrez, lui répond Fénelon, votre corps en a besoin, et vous ne devez point y manquer par avarice d'oraison. Uesprit d'oraison fait quitter l'oraison même, pour se con-

MADAME DE MOKTBERON ^fZ

former aux ordres de la Providence, Pendant que vous dormirez, votre cœur veillera. Dans le temps des insomnies, ne rejetez point la présence de Dieu ; mais ne Texcitez pas au préjudice du sommeil ', m

Malade, elle eût volontiers aggravé son état pour remplir un devoir de religion : « Puisque vous êtes faible, Madame, reposez-vous et ne sortez point... Si vous sentez que votre langueur ne vous permette pas d'aller demain à la messe, renoncez-y bonnement. Souvene2-vous que si saint François de Sales était an monde, et qu'il fût votre directeur, il vous défendrait d y aller en ce cas. Il ne vous le défend pas moins du paradis ^. »

Elle voulait répéter ses confessions; elle se tourmentait de ses péchés passés; elle ne souffrait pas qu'on communiât sans s'être confessé de nouveau. Les personnes timorées n'ont jamais la conscience assez pure, et quand même elles seraient en état d' innocence, leur imagination créerait de nouveaux sujets d'alarmes : « C'est de tout mon cœur que je vous conjure de communier demain sans vous confesser. Vous manquerez à Dieu si vous ne faites pas ce que je vous demande en son nom et pour l'amour de lui ^ . « Un mois après, il revient sur le même conseil : « Pour vous. Madame, je vous conjure de communier demain sans vous confesser et de forcer tous vos scrupules, pour donner à Dieu cette preuve de votre sincère docilité à son ministre ^. »

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