LE MYSTICISME ET LA VIE RELIGIEUSE
Nous connaissons la distinction si importante entre les préceptes du Christ et les conseils évangéliques, La vocation à l'état religieux n'oblige pas par ellemême à la façon d'une loi. Où i! conseille^ Dieu n'ordonne pas : il ne force point quand il invite. Si Tâme n* en tend pas la voix du ciel, Jésus pourra soupirer^ mais il n'ira pas outre,
L*âme, répondant à l'appel d'en haut^ s'élance hors de la prison du corps : elle a vu, dans une mystérieuse vision^ les beautés éternelles qui lui sont réservées par-delà les sept cieux; elle a senti les jouissances indicibles qui remplissent le cœur des chérubins, elle a couru au-devant de la voix qui lui disait tout ce bonheur.
Uétat du monde avec sa vie de quelques heures.
si agitée et si tourmentée, est bien digne du mépris que lui vouent les âmes des cloîtres. Fénelon a merveilleusement exprimé cette idée : « Le monde entier n'est rien, parce que tout ce qui est mesuré va finir. Le ciel, qui vous couvre par sa voûte immense, est comme une tente, selon la comparaison de TEcriture ' : on la dresse le soir pour le voyageur et on l'enlève le matin... C'est donc une pitoyable erreur que de s'imaginer qu'on sacrifie beaucoup à Dieu, quand on quitte le monde pour lui : c'est renoncer à de vrais maux, déguisés sous une vaine apparence de bien... D'ailleurs ce monde, si vain et si fragile, est trompeur, ingrat et plein de trahisons. O combien dure est sa servitude ! Enfants des hommes, que ne vous en coûte-t-il pas pour le flatter, pour tâcher de lui plaire, pour mendier ses moindres grâces !... Oh ! si je pouvais traîner le monde entier dans les cloîtres et dans les solitudes, j'arracherais de sa bouche un aveu de sa misère et de son désespoir. Hélas ! va-t-on dans le monde l'étudier de près dans son état le plus naturel : on n'entend dans toutes les familles que gémissements de cœurs oppressés *. »
Ce tableau si sombre est vrai ; les confidences quotidiennes ajoutent un trait de plus à cette forte peinture.
Cependant la démarche du religieux est héroïque.
I. Job, xxxvi, 29. — 2. Œ, C, V^ p. 685. Ce passage est extrait de !'« Entretien sur les avantages de la vie religieuse ». Ce sermon de Fénelon a été longtemps attribué à Bossuet. Voyez la savante dissertation de M. E. Griselle dans la Revue de Lilhy mars 1901 : A propos des Sermons de Fénelon.