MADAME DE LA MAISOKFORT
de Fénelon, Gobelin, Ti berge et Brisacier. Après avoir pesé les raisons contraires^ examiné le pour et le contre, ils décidèrent que Dieu appelait la chanoiiiesse à être Dame de Saint-Louis, Fénelon ne décida pas seul cette grave question, et s'il donna un avis favorable, ces personnages pieux, savants et consciencieux, furent une garantie précieuse de la vérité.
M""' de Maintenon désirait vivement ia vocation de M'"'= de La Maisonfort. Quoi d'étonnant? Conclure que le jugement a été rendu par ordre; que les juges écoutèrent les désirs de cette femme pour décider de la question si terrible de h vocation religieuse d'une jeune fille; c'est méconnaître le caractère et de M'"*' de Maintenon et des examinateurs. Fénelon n'eût pas supporté ces transactions de la conscience, lui qui brisa sa carrière dans la querelle du Quiétisme, par sa docilité envers le Pape et son indépendance vis-à-vis du roi ?
Voici la plus forte objection ; « Dans le temps de } rassemblée, ajoute Phelipeaux \ la Maisonfort m'a raconté qu'elle se retira devant le Saint Sacrement^ I dans une étrange angoisse, et quand elle sut la décision de ces Messieurs, elle pensa mourir de douleur et versa dans sa chambre toute la nuit un torrent de larmes. » Cest la preuve, dit-on, la plus convaincante que M"*' de La Maisonfort fut une religieuse 1 malgré elle.
Je voudrais qu*il fût donné à tous de lire dans le cœur des jeunes gens qui vont se donner à Dieu pour
I, Phelipeaux^ Relation du Qi^Uthme, t. I, p. 58,
toujours. Ils verraient chacun plein de bonne volonté faire les plus grands sacrifices ; celui-ci ira plein de gaieté, le front radieux, l'âme tranquille, celui-là, et le cas n'est pas rare, se livrera tremblant, triste et le cœur brisé. Tous deux cependant répondent à l'appel du ciel. Pourquoi cette diflFérence d'attitude ? cela est un fait quotidien. La question est résolue.
Sans doute le bonheur d'être à Dieu est un bien inestimable, la paix de l'âme, ce trésor du sage, sera la récompense du sacrifice de tout son être. Mais qui dit sacrifice, dit lutte sanglante, ici le sacrificateur est lui-même victime, et comme par nature nous tenons à notre fonds intimé, c'est au milieu des larmes que nous devons accomplir notre séparation du monde.
Quand Dieu veut se choisir des amis particuliers ou des serviteurs fidèles, il les tire du monde, il leur montre la voie difficile, il les jette sanglants sur le pavé du temple et les montre à son peuple transfigurés.
Le Christ n'at-il pas pleuré au jardin des Olives ? Qui niera que son sacrifice ne fût parfait ? Une sueur de sang couvrait son visage, son âme était triste jusqu'à la mort.
Fénelon rappelle à une autre novice l'exemple de la réformatrice du Girmel : « Quand sainte Thérèse fit son engagement, elle dit qu'il lui prit un tremblement continu comme des convulsions et qu'elle crut que tous les os de son corps étaient déboîtés :