I. Crouslé, Ij p
LES PREMIERES ANKÈES DE FÈNELON 49
luérite-t-elle ce respect tant vanté? Oui, quand même la conscience se tromperait, il faut la respecter. Si des hommeSj rois, évêques, empereurs, ministres ou moines furent^ dans la suite des temps, assez imprudents pour violenter lasile inviolable et sacré de k consciencej il est de la dignité humaine de venger ces abus de pouvoir.
Ce principe indiscutable étant admis^ que de difficultés se lèvent dans la pratique ! La vérité et Terreur existent, et les respecter^ que dis-je ? les tolérer également, ce serait tomber dans le scepticisme philosophique qui n'est rien moins qu'une aberration de Tesprit j mon intelligence ne peut aimer de la même façon la vérité et son contraire. Dans les discussions humaines, il n'est pas toujours aisé de connaître la vérité, qtiid est veritas ? et il n*est pas rare aussi de voir les apôtres de la tolérance jeter i'anathème sur des voisins qui ne demandaient que vivre en paix au nom de îa tolérance. Le philosophe spiritualiste rira de son collègue matérialiste, Tidéaliste s'enorgueillira dans son ciel élevé et le phénoméniste sera tout étonné des sourires d'autrui. Ils sont tous heureux de posséder la vérité, et bien sot qui tenterait de les convertir. ■— A quoi ? diraient-ils, à votre opinion > Mais la mienne vaut la vôire^ elle lui est supérieure, écoutez mes raisons — et la chute du ciel ne les arrêterait pas dans leurs discussions* Il est entendu, par tolérance philosophique j que toutes les opinions contraires sont respectables*
Cependant la vérité est une* Dire qu'une chose peut être et ne pas être à la fois^ que la vérité et
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l'erreur, le juste et rinjuste, le beau et le laid, le bien et le mal sont également dignes de respect, cela s'appelle déraisonner; si des philosophes ont pu faire ces alliances insolites, on ne peut que déplorer les errements de l'esprit humain et renvoyer tous ces sophistes à l'école du bon sens^ substratum de toute philosophie sérieuse. Saint Vincent de Paul et Néron ne sont pas également respectables.
La vérité sera toujours intolérante. Nons comprenons les hésitations des hommes devant les théories humaines; l'humanité est sujette à Terreur: « vérité en deçà des Pyrénées, erreur au delà » ; tout dépend souvent de la latitude ou des degrés de froid < La tolérance est le lest qui nous permet de vivre en paix dans un océan d'idées contraires. Supposons un instant que la vérité existe quelque part ; prenant con* science d'elle-même, peut-elle être tolérante ? Non, La vérité a des droits imprescriptibles j supérieurs à la conscience même. La vérité est incompatible avec l'erreur qui devient son ennemie en naissant. Supposons encore que l'Église catholique romaine possède la vérité ; c'est une question d'apologétique qui n'a pas sa place ici, mais supposons la question résolue ; TÉglise ne peut pas voir les autres Églises d'un œil favorable, sous peine de manquer à son devoir. La tolérance serait ici une défaillance. Pas plus que Dieu, qui ne saurait favoriser des religions qui se contredisent, l'Église catholique ne peut accepter les Églises différentes qui la combattent. Les ministres de cette Église catholique, convaincus jusqu'à la mort de la vérité, ne peuvent être tolérants. De tout