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LES PREMIÈRES ANNÉES DE FÎNELON JI

temps, ils ont forcé Terreur dans ses plus intimes retraites, ils Tont anathématisée ; si nous déplorons les procédés violents contre cenaines personnes, la vérité reste toujours aussi puissante et aussi maltresse des choses et des hommes. Respectueux de la conscience humaine j les premiers apologistes attaquèrent les hérésies^ en protégeant les hérétiques; si de trop zélés défenseurs de la foi profitèrent de leur puissance pour vexer les hérétiques, l'Église a fait sien cet axiome si connu : a Haïr les erreurs, aimer les personnes. »

Fénelon ne pouvait pas être tolérant dans la doctrine; il était sûr que les protestants erraient. Son devoir était de les combattre. Le secret du prosélytisme catholique romain, c'est la vérité ; la source du dévouement, de la charité et du zèle évangélique, c*est la vérité ; la récompense de toutes les injures, de toutes les haines, de tous les supplices, c'est le triomphe de la vérité.

Fénelon fut enlevé aux Nouvelles Catholiques ^ pour être envoyé dans la Saintonge ; il y accomplit detix missions, l'une, de décembre 1685 à la fin de juillet 1686; et TautrCj en 1687, dura trois mois environ^ de mai en juillet.

Louis XIV travaillait depuis longtemps à Textinction du protestantisme. En 1685, il révoqua Tédît de Nantes. Ce n'est pas le lieu de discuter cet acte important. Que nous le jugions impolitique à notre époque, nous ne sommes pas loin de la vérité ; mais ridée d'une monarchie unie sous un même roi, une même foi et une même loi devait sourire à Tomnipûtence de Louis XIV.

n est vrai que les moyens de conversion, alors employés, furent quelque peu violents et que le départ pour d'autres terres de plusieurs milliers de k protestants nuisit au commerce et à l'industrie.

L'éloignement des protestants fut même pour les [ catholiques une source de relâchement. Quand on

1^ voyage dans les pays mi-catholiques, mi-protestants,

I on est étonné de voir l'entraînement des fidèles aux

I pratiques religieuses dans les deux confessions.

Chaque chrétien affirme d'autant sa foi que son voisin pratique la sienne avec plus de rigueur. La critique excite à mieux faire, l'émulation est le meilleur stimulant pour le bien : l'exemple entraîne les plus faibles. Le départ des protestants allait laisser toutpuissant et maître absolu ce clergé, plein d'ardeur et régénéré par les Olier, les Bérulle et les Vincent de Paul. Quand Rome eut vaincu le monde et que la paix régna dans l'empire, le luxe et l'oisiveté rendirent les Romains plus ennemis d'eux-mêmes que I les barbares qu'ils avaient vaincus. Tant est puissant

chez l'homme le goût du repos que l'esprit dépérit^ s'il n'est tenu en éveil.

La révocation de l'édit de Nantes fut en somme malheureuse. Richelieu n'eût pas commis cette faute. Il ne voulait pas que les protestants fussent un État dans l'État; c'est ce qui le décida à les attaquer et à faire ce fameux siège de La Rochelle, prodige d'art militaire et de persévérance ; le grand ministre voulait une France politique une, et, dans ses plans, les protestants ne devaient pas empêcher cette unité, pas plus que les catholiques ne nuisent à l'unité politique de l'empire protestant d'Allemagne.

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A la vérité, il ne faut pas comparer, dans cette

quesuoû, le gouvernement de Richelieu à celui de Louis XIV; celui-ci fut poussé par une pensée religieuse et politique ; celui-là ne pensa qu'à la seule politique- On le vit bien dans la guerre de Trente Ans, dans laquelle le catholique Ferdinand II eut à lutter contre tes armées protestantes du prince palatin, des rois de Danemark et de Suède, toutes secourues par l'or de Richelieu, On vit un spectacle étrange : les protestants, battus en France et secourus en Allemagne par un cardinal de TÉglise romaine; la prépondérance de la France en Europe» obtenue par rafFaiblissement du catholicisme en Autriche, Richelieu gagnait en Allemagne la cause de Luther! Tant il est vrai que la politique a des raisons que la religion ne peut pas toujours expliquer.

Quoi qu'il en soit^ les protestants ne furent pas mieux convertis après la révocation de Tédit de Nantes qu auparavant. Les dragons sont toujours de médiocres missionnaires. Les gouverneurs de province écrivaient au roi que les populations huguenotes se convertissaient en foule. Les peuples, terrifiés par les soldats du roi, surtout après quelques exécutions, faisaient leur soumission, mais la conscience n'abdiquait pas* En croyant avoir diminué le nombre des protestants j on avait augmenté celui des hypocrites et des révoltés. Les ministres d'État et d'Église s'en aperçurent et il fallut penser ^ faire de vrais chrétiens ; c'est alors que commencèrent des missions aux quatre coins de la France. On s'adressa aux hommes les plus habiles; Bourdalouc

renonça à son Avent à la Cour pour se rendre à Montpellier « où tant de gens se sont convertis sans savoir pourquoi », dit M"* de Se vigne, le 28 octobre 1685. Fléchier partit pour la Bretagne; Fénelon, sur la demande de Bossuet, fut désigné pour aller en Saintonge.

Tout d'abord, on s'étonne de ne surprendre dans la bouche de Fénelon aucune plainte contre la révocation du célèbre édit. Un tel blâme eût été assez inopportun. Qui donc n'approuva pas cet acte de Louis XIV ? Tous célébrèrent la gloire et la piété du roi, non seulement les clercs, mais les laïques : c'est Fontenelle, c'est La Fontaine \ c'est M"* de Scudéry qui confesse que toute voix humaine est impuissante à célébrer dignement ce grand acte; c'est M™* de Sévigné, qui écrit à Bussy-Rabutin * : « Vous avez su sans doute l'édit par lequel le roi révoque celui de Nantes. Rien n'est si beau que ce qu'il contient, et jamais aucun roi n'a fait et ne fera rien de plus honorable. » C'est Bossuet qui s'écrie dans Toraison funèbre de Le Tellier : « Touchés de tant de merveilles, épanchons nos cœurs sur la piété de Louis; poussons jusqu'au ciel nos acclamations, et disons à ce nouveau Constantin, à ce nouveau Théodose, à ce nouveau Marcien, à ce nouveau Charlemagne, ce que les six cent trente Pères dirent autrefois dans le concile de Chalçédoine : « Vous avez affermi la foi, « vous avez exterminé les hérétiques : c'est le digne

I. Lanfrey, P Eglise et les philosophes au XVIII^ siècle, p. 35a. 28 octobre 1685.

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